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Publié par Jean-Patrick Grumberg le 30 octobre 2010

 

A l’issue de l’émission Ce soir ou jamais du mercredi 27 novembre, l’un des invités présents sur le plateau m’a demandé où je me situais politiquement en France, j’ai dû lui répondre : « En France, nulle part ». Frédéric Taddeï qui est un homme intelligent et cultivé l’a, d’ailleurs, très bien compris depuis longtemps, et me présente en général comme « le plus Américain des intellectuels français », ce qui me convient très bien, et comme un « néo-conservateur », ce qui me convient aussi parfaitement.

Je n’ai strictement rien en commun avec le Front National, dont je rejette les discours xénophobes, les allusions parfois antisémites, les positions anti-américaines, anti-israéliennes, favorables à l’Iran, mais aussi le discours économique teinté de dirigisme et de protectionnisme. Je comprends et j’analyse pourquoi des gens votent Front National : je vois en ce parti un symptôme. Je vois en lui le réceptacle de diverses crispations. Rien de plus.

Je n’ai rien en commun avec l’extrême gauche, bien sûr, dont les discours économiques relèvent de l’analphabétisme dogmatique et obstiné, et dont la vision du monde relève davantage de la psychose paranoïaque, que de l’analyse politique et géopolitique.

Je peux trouver acceptables certaines positions du Parti Socialiste concernant les institutions juridiques, mais mes points d’accords s’arrêtent strictement là. Le Parti Socialiste a des réponses économiques qui multipliaient déjà les pauvres et les assistés à l’ère industrielle, et qui, aujourd’hui, ne peuvent que conduire vers une accélération du déclin d’ores et déjà en cours. « Tous ruinés dans dix ans », tel est le titre d’un des livres de Jacques Attali, ancien conseiller de François Mitterrand et qui, aujourd’hui, fait des heures supplémentaires chez Nicolas Sarkozy. Ce titre n’est pas un pronostic : on pourrait y voir le constat de ce qui se produirait si les socialistes français revenaient au pouvoir en 2012, ou si les « solutions » proposées par Attali étaient reprises.

Je peux, parfois, trouver des idées intelligentes à l’UMP, mais elles sont distillées à dose si homéopathiques, qu’elles n’ont aucune chance de produire un effet. J’ai décrit, dans plusieurs articles, le programme de l’UMP, et les mesures prises par Nicolas Sarkozy depuis qu’il est arrivé au pouvoir, comme un puzzle dont les pièces ne s’assembleraient pas : je m’en tiens à cette définition. Reprendre quelques notions aux écologistes, se situer constamment sur le terrain du parti socialiste, en proposant seulement des réponses qui semblent un peu plus « modernes », y ajouter des clins d’œil à l’électorat de la famille Le Pen, cela fait un mélange indigeste, sans forme précise ni contenu définissable et, dans l’ensemble, plutôt indigeste.

Je ne peux citer aucune autre formation, car les autres formations sont des groupuscules invisibles à l’œil nu ou, telles le Modem, la tentative de créer un parti socialiste modéré qui s’insèrerait entre le Parti Socialiste et l’UMP, telles les Verts, une tentative de repeindre l’extrême-gauche sous une autre couleur et un autre vernis.  

Je suis fondamentalement un libéral classique, en matière d’économie et de droit. Je pense que l’économie de marché a été et reste le plus extraordinaire dispositif permettant de créer de la richesse, et de la disséminer sur terre. Je pense que la liberté d’entreprendre est la continuation logique et nécessaire de la liberté de parler, d’agir et de créer. Je suis attaché à l’idée que l’être humain a des droits en tant qu’il est un être humain, et que ces droits ne peuvent lui être retirés par quiconque. Mes références essentielles en ces divers domaines sont nombreuses : elles vont d’Adam Smith à Ludwig von Mises , de Friedrich Hayek à Israël Kirzner, de Samuel von Pufendorf à John Locke, Leo Strauss ou George Gilder.  

Je suis proche du courant néo-conservateur américain, parce que je pense que le libéralisme classique, en matière d’économie et de droit, n’est pas suffisant : il implique d’être associé à un ancrage dans une réflexion sur les cultures, et sur ce que des penseurs tels que David Landes, Thomas Sowell ou Peter Berger ont défini comme « capital culturel ». Certaines cultures, et certains traits au sein de ces cultures, sont plus propices que d’autres à l’initiative individuelle, à la projection dans le futur, à la prise en compte de la durée, à la possibilité de comprendre et penser ce que Friedrich Hayek appelait la « grande société ». Les dimensions de stratégie, de confrontation aux dangers totalitaires, d’anticipations des risques, et de recours à la défense et à la dissuasion, ne peuvent non plus être laissées de côté. Il peut y avoir des « guerres justes » et des actes de dissuasion légitimes. Si Hitler avait été arrêté avant 1939, le visage du monde dans les années qui ont suivi eut été différent : et si on me répond qu’il n’y aurait pas eu Hitler sans le traité de Versailles, ou pas de traité de Versailles sans  la Première Guerre Mondiale, je répondrai qu’à chaque situation des réponses plus adéquates auraient pu être apportées, mais que cela ne change rien à ce qui devait être fait ou ne pas l’être, une fois qu’il était avéré qu’Hitler était au pouvoir, et faisait ce qu’il faisait.  

Je pourrais me reconnaître dans une bonne part du conservatisme américain, en soulignant qu’il n’a rien à voir avec ce qu’on appelle conservatisme en France, ou avec la façon dont le conservatisme américain est décrit en France. Le conservatisme américain conserve et préserve les idées des pères fondateurs : celles de Thomas Jefferson, aussi bien que celles de John Adams, George Washington, Alexander Hamilton ou Patrick Henry. Il est multiple. Il peut se retrouver dans une cérémonie religieuse évangélique, aussi bien que dans un concert de rock où le public scandera « USA » à la fin d’une chanson parlant de l’Amérique, ou reprendra une phrase telle que « Everybody has to fight to be free » (Tom Petty). Chacun doit se battre pour être libre.  

Dans un pays où on colle des étiquettes sur les gens de façon à jeter l’anathème sur eux, je sais que la gauche et l’extrême-gauche me situent à droite et m’accusent d’être « pro-américain », ce qui à mes yeux, ou bien ne veut strictement rien dire, dès lors que les Etats-Unis sont un pays pluraliste où il y a régulièrement des changements d’orientations politiques, ou bien signifie, puisque ces changements se font dans le cadre d’un respect global (ou, au moins d’un respect affiché) pour ce que Michael Novak a appelé le « capitalisme démocratique », une hostilité au capitalisme démocratique lui-même.  

Mais tout comme la gauche et l’extrême-gauche me situent à droite, l’extrême-droite m’invective régulièrement en me traitant elle aussi de « pro-américain », « d’ultra-libéral » (mot qui sert aux ennemis du libéralisme classique à désigner celui-ci), ou, de « sioniste ». Et des gens de l’UMP m’adressent eux-mêmes des reproches divers.

Si j’ai titré le livre que j’ai rédigé en anglais, et que je ferai paraître dans les mois à venir « Dissident », c’est parce que je pense être, dans le contexte français et, au delà, dans le contexte européen, un dissident : quelqu’un qui diverge, propose des analyses différentes en s’appuyant sur des principes intellectuels précis et rigoureux, et qui n’est guidé que par ces principes, et par aucune allégeance.  

Les dissidents au temps de l’Union Soviétique étaient dans une situation bien plus inconfortable que la mienne, mais ils ne pouvaient se situer nulle part sur l’horizon soviétique.  

La France est un pays libre, à la différence de l’Union Soviétique, direz-vous. Disons que c’est un pays où existent encore des interstices de liberté, mais où l’essentiel des réflexions, du discours politique et économique, de l’édition et des médias, se disposent sur un horizon dont l’ouverture et la largeur se rétrécissent année après année.  

Un seul livre en langue française est porteur d’une analyse pertinente de la crise financière : il s’agit de « Revenir au capitalisme, pour éviter les crises », de Pascal Salin. Ce livre a été très peu commenté, et encore moins pris en compte, alors que des charlatans et des idéologues sont invités à débiter sans cesse des inepties qui ne résisteraient pas au débat avec un économiste digne de ce nom.  

Aucun livre n’est porteur des moyens d’une compréhension de la mondialisation accélérée dans laquelle nous sommes, hors mon livre « La septième dimension »,  et, dans une moindre mesure « La terre est plate  » de Thomas Friedman. « La septième dimension » a été largement ignoré lors de sa sortie, alors que des âneries altermondialistes se font entendre sans cesse, et que, lors d’événements tels les grèves récentes, on a vu des politiciens et des syndicalistes emmener vaillamment des cohortes d’aveugles, monter à l’assaut des circuits financiers planétaires : le regard porté dans le monde qui parle anglais, sur ce qui s’est passé en France, était porteur d’un mélange d’hilarité et de consternation. Lorsque « La terre est plate  » est sorti en librairie (et il a été largement ignoré aussi), certains commentateurs français réputés sérieux y ont vu un livre très réactionnaire : lorsqu’on sait que Thomas Friedman est un journaliste de gauche aux Etats-Unis, on ne sait s’il faut rire ou pleurer.  

Aucun livre n’analyse la trajectoire d’Obama comme je le fais avec « La résistible ascension de Barak Obama  », mais ce livre est lui-même largement ignoré encore. 

Une seule émission de télévision est porteuse encore d’un pluralisme et d’un esprit d’indépendance, et c’est "Ce soir ou jamais". La règle du jeu est que l’émission reflète l’état de la pensée en France, et invite, de temps en temps, des gens placés en position de « dissidence ». Cela peut sembler peu. Dans le contexte français tel qu’il est, c’est déjà beaucoup. Outre qu’il est intelligent et cultivé, Frédéric Taddeï est un homme respectueux des autres, et il a su composer autour de lui une équipe porteuse de ce respect. Je me dois de lui rendre hommage sur ce point.  

Je sais que certains n’ont pas compris mes propos le 27 octobre au soir. Certains se sont même dit déçus. Je dirai :

a) je n’ai dit que ce que je pensais, sans jamais modérer ou moduler mes propos. Si j’avais dû parler d’Obama ou du Proche-Orient, je n’aurais pas modéré ou édulcoré mes propos non plus,

b) je pense effectivement que la société française est parcourue de pathologies diverses et inquiétantes, et je pense effectivement que les grèves, les émeutes, sont des symptômes qui doivent être analysés comme tels,

c) je pense effectivement que je n’aimerais pas avoir vingt ans et naître de famille maghrébine en Seine Saint Denis aujourd’hui, et je sais que si c’était le cas, je pourrais me trouver soumis à des tentations gauchistes ou islamistes. J’analyse, je ne justifie pas. Je fais mon métier de penseur.

d) je pense effectivement que nous sommes en situation de guerre civile froide, et je l’ai d’ailleurs écrit ici. Je pense aussi que Nicolas Sarkozy n’a su créer aucun élan, aucun souffle, aucun espoir, et a suivi une ligne politique qui ressemble à un gribouillis. Je pense aussi, et je l’ai écrit ici, là encore, que s’en prendre aux roms comme cela s’est fait l’été dernier n’était pas digne du tout, et constituait une gesticulation destinée à attirer les xénophobes, sans régler en quoi que ce soit le problème que posent l’existence de zones de non droit, et la situation d’impasse dans laquelle se trouve enfermée chaque jour davantage une génération entière,

e) je pense effectivement que les débats sur les retraites et la crise ont été consternants de myopie, et qu’il faudrait tenter de dessiner des perspectives, un amour de la réussite et un dynamisme, sans lesquels nous nous enliserons dans un ressentiment délétère (si nous n’y sommes pas déjà enfermés),

f) casser l’attitude de confrontation de gens occupant une position ennemie, relève de ce qui se nomme aux Etats-Unis le « judo verbal ».

g) ceux qui auraient attendu de moi un discours xénophobe ou un discours rejetant toutes les populations musulmanes, en bloc, n’ont pas dû lire mes écrits de près, et, entre autres, les textes que j’ai publié ici sur l’islam, ni mon livre « Qui a peur de l'islam », ou la préface que j’ai écrite pour le livre de Daniel Pipes « L'Islam radical à la conquête du monde ».

h) adopter l’attitude que j’ai adoptée, et qui est de toutes façons la mienne, rend audible un discours libéral classique, mais aussi des analyses géopolitiques telles celles que j’ai développées ensuite. Cela rend audible aussi un discours tel celui que j’ai tenu sur le régime de Saddam Hussein, ou sur l’armée américaine. Et tout comme, dans la première partie, le débat s’est situé largement sur l’horizon du constat d’une situation par rapport à laquelle la seule issue, autre que le ressentiment et la destruction, est celle que j’ai énoncé, dans la deuxième partie, le débat n’a pas été un procès contre l'impérialisme américain », mais, essentiellement, un débat sur les crimes de Saddam.

Guy Millière

 

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