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Publié par Guy Millière le 2 novembre 2010

 

La grille de lecture des élection américaines va être biaisée par les médias français. Les plus sanglants échecs démocrates seront minimisés voire même passés sous silence, et leurs succès seront longuement applaudis. Pour les républicains, ce sera tout l'inverse : on parlera surtout des pertes et très peu des victoires. Guy Millière, dans cet article, livre les clefs, sans fard ni langue de bois, pour comprendre les résultats du scrutin.
Jean-Patrick Grumberg

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Les Etats-Unis sont un pays vaste. Lorsqu’il est huit heures du soir à New York et en Floride, ce n’est que la fin de l’après-midi en Californie. Les résultats des élections du 2 novembre seront donc connus peu à peu : ceux de la côte Est viendront d’abord, puis ceux du centre du pays et du Texas. Et enfin ceux de l’Ouest, qui n’arriveront, heure française que tard dans la nuit, voire au petit matin. 

 

J’ai, dans un précédent article, expliqué le sens global du basculement qui se dessine en direction des Républicains et de la régénération de ce parti par le mouvement des Tea Parties.

J’entends donner ici quelques repères permettant de voir ce qui se passe et ce qui se joue.  

Commençons par la Chambre des représentants. Là, le changement de majorité semble acquis. Et il devrait être très net. L’emporter de quarante sièges suffirait pour que les Démocrates soient vaincus. Les dernières estimations, les plus fiables en tout cas, donnent un gain de soixante dix à soixante et onze sièges aux Républicains.  

Les résultats de certaines circonscriptions seront très intéressants à observer. En Floride, où les résultats devraient être disponibles parmi les premiers, il est vraisemblable qu’on assiste à un raz-de-marée républicain. La 22eme circonscription de Floride est très digne d’intérêt puisque se présente là Allen West, dont les discours clairs et nobles ont suscité une vague d’enthousiasme dans tout le pays : Allen West se présente contre un candidat juif, dans une zone à électorat juif nombreux. Sa victoire ne pourra être obtenue que si une part notable de cet électorat cesse de voter démocrate et choisit de voter pour un non juif, conservateur, et ami d’Israël. Je pense qu’Allen West gagnera : avec un écart significatif.  

Si toute la Floride devrait basculer (les démocrates y sauveront vraisemblablement un seul siège), ce ne sera pas le cas dans d’autres Etats : la Virginie occidentale, pauvre, ouvrière, sinistrée, devrait rester démocrate. Le vote sera un vote défensif, mû par la crainte de perdre des allocations sociales qui, pour certaines familles, sont tout ce qui reste.

La Nouvelle Angleterre, région de bourgeoisie patricienne et de bobos vote traditionnellement démocrate et continuera dans l’ensemble, mais une érosion des écarts devrait s’y dessiner qui devrait permettre aux Républicains de remporter deux des cinq circonscriptions du Connecticut et l’une des deux circonscriptions du Maine. Le Massachussetts et ses dix sièges devraient, eux, rester aux mains de Démocrates : si cela est présenté par un commentateur comme un triomphe, on pourra répondre d’emblée que c’était un triomphe attendu. Une vache laitière à qui on mettrait l’étiquette démocrate autour du cou l’emporterait sans difficultés dans cet Etat. Le rééquilibrage du New Jersey, où un Républicain a emporté le siège de gouverneur lors d’une élection partielle, devrait se poursuivre : treize circonscriptions, sept d’entre elles devraient rester ou passer aux mains de Républicains. L’Etat de New York est un bastion démocrate et devrait le rester : même un candidat confronté à des élections de corruption tel Charles Rangel devrait retrouver son siège, confirmant une réalité qui restera immuable : la persistance d’un vote ethnique au sein de la communauté noire. Un noir conservateur a infiniment plus de chances d’être élu par des Juifs et des Chrétiens blancs que par des noirs, ceux-ci restant, avec la bourgeoisie patricienne, les bobos, les universitaires et les ouvriers pauvres et sinistrés des régions minières, l’électorat le plus fidèle aux Démocrates.  

Ce que je viens d’écrire s’appliquera en Illinois où dans des circonscriptions massivement noires, Bobby Rush, situable politiquement à l’extrême-gauche, et Jesse Jackson Junior, retrouveront leur siège sans difficultés. Il y a actuellement six Républicains sur dix neuf représentants en Illinois, le chiffre devrait passer à neuf. Trois des quatre sièges du Kansas étaient républicains : il y en aura sans doute quatre sur quatre : le Kansas est un Etat qui a perdu de la population suite à une désertification rurale. Des gens reviennent y habiter, grâce à des abattement fiscaux, et ces gens ont l’esprit d’entreprise, ce qui ne les pousse pas du tout vers les Démocrates. La Louisiane est solidement républicaine : la gestion désastreuse de la récente marée noire par Obama n’y a apparemment pas créé beaucoup d’amis pour les démocrates : six des sept sièges seront Républicains mardi soir. Un seul siège, tenu par un républicain aujourd’hui, devrait repasser chez les démocrates, en raison de la multiplication de candidats « indépendants », celui de Joseph Cao. J’aimerais penser que joseph Cao préservera son siège, car il est le premier vietnamien réfugié aux Etats-Unis, et devenu citoyen américain à avoir été élu à la Chambre des représentants : il a en outre pris des positions courageuses et dignes de louanges après le désastre Katrina. Le Texas, avec vingt cinq républicains sur trente deux sièges continuera à être un Etat conservateur : c’est l’Etat qui a connu ces dernières années la plus forte croissance et qui a l’économie la plus saine.  

Dans l’Ouest, un autre Etat, après la Floride, devrait connaître un raz-de marée républicain : l’Arizona. Là, c’est l’attitude des démocrates, qui ont soutenu la plainte déposée par le gouvernement du Mexique contre le gouvernement d’Arizona, qui a sans aucun doute mobilisé contre les Démocrates, ce que je comprends amplement : sur huit sièges, les démocrates, au mieux, en garderont deux. Ils en garderont deux sur sept aussi dans le Colorado, et un sur trois dans le Nevada : c’est un Etat où le chômage est élevé, mais où les valeurs conservatrices sont très ancrées, je peux en attester. Avec, vraisemblablement, trente représentants démocrates sur cinquante trois, la Californie restera le principal et le plus important Etat démocrate du pays : outre Nancy Pelosi qui retrouvera son siège à San Francisco, la ville la plus à gauche des Etats-Unis, celle qui fait qu’on parle de « gauche de San Francisco » dans tous les Etats-Unis pour désigner la gauche la plus folle, Maxine Waters, élue de South Central Los Angeles, et adepte de la lutte des classes, retrouvera le sien aussi.

 

*** 

Pour ce qui concerne le Sénat, j’aimerais pouvoir être plus optimiste. Je crains que les Républicains ne passent à côté de la majorité à un ou deux sièges près, et que le décompte final soit : quarante neuf sièges républicains, cinquante et un sièges démocrates. Un tel décompte ne permettra, cela dit, pas à Obama de faire voter la moindre loi supplémentaire. Démanteler la loi sur la santé sera plus difficile, mais pas impossible du tout.   

Dès lors qu’un tiers des sièges de sénateurs étaient soumis à renouvellement, un changement de majorité était bien plus difficile à obtenir qu’à la Chambre des représentants. Le résultat final devrait se traduire par un gain de huit sièges. L’un des résultats les plus marquants sera sans aucun doute l’élection en Floride de Marco Rubio, républicain, conservateur, d’origine cubaine, qui constitue l’étoile montante latino parmi les Républicains. Autre résultat à observer et méditer, celui du Delaware, où un démocrate qui aurait pu être battu gagnera sans aucun doute. Son adversaire, Christine O’Donnell a toute ma sympathie : elle est clairement conservatrice et issue des Tea Parties. Mais une campagne négative menée contre elle, et dont des échos sont parvenus jusque dans la presse française, a détruit l’avance qu’elle a eu à un moment donné. La leçon à tirer est que les Démocrates sont prêts à utiliser tous les moyens, strictement tous, pour détruire leurs adversaires. Sarah Palin m’est très sympathique aussi, mais je crains fort que si elle envisageait de se présenter en 2012, la curée de la gauche à son encontre ne puisse reprendre.  

Avec l’élection de Marco Rubio, l’autre résultat que j’attends personnellement avec joie, est la défaite de Harry Reid, et la victoire de Sharon Angle dans le Nevada. Harry Reid était jusqu’à présent à la tête de la majorité républicaine au Sénat, celle qui va le vaincre était une inconnue jusqu’à ces derniers mois. Elle a fait l’objet de campagnes odieuses, visant elle aussi à la traîner dans la boue. La presse française la présentera comme une imbécile, ce qui est normal puisqu’elle est conservatrice. Je dirai seulement que c’est une femme remarquable, qui a mené une campagne remarquable, avec bien moins de moyens que son adversaire. On ne peut pas tout avoir, mais sur les trois têtes qui incarnent la gauche américaine en furie qui déferle sur Washington depuis deux ans, l’une va tomber. Ce sera un début.  

J’espérais que Barbara Boxer, l’arrogante et très à gauche Barbara Boxer, tombe en Californie : je crains fort que ce ne soit pas le cas. Son adversaire, Carly Fiorina, était compétente, et avait un passé pour montrer qu’elle était à même de faire son travail, puisqu’elle a dirigé avec succès Hewlett-Packard. Cela n’a pas été suffisant.

 

***

Pour ce qui concerne les postes de gouverneurs, les Républicains devraient en gagner huit de plus qu’aujourd’hui, ce qui fera les deux tiers. J’attends et j’anticipe la victoire de Rick Scott en Floride, et celle de Nikki Haley en Caroline du Sud. J’attends aussi la réélection triomphale de Rick Perry au Texas. Le résultat qui me réjouira le plus, sera la victoire de Brian Sandoval dans le Nevada. D’une part parce que c’est un républicain et un conservateur, d’autre part parce que son adversaire est le fils de Harry Reid : c’est donc toute la famille Reid qui va se trouver éjectée de la politique. J’hésite encore parfois sur l’Etat dans lequel m’installer d’ici quelque temps, mais les trois Etats vers lesquels mon cœur balance votent dans une direction qui me conforte dans mes choix : Floride, Texas, Nevada.  

Un résultat m’attristera : la défaite prévisible de Meg Whitman en Californie. Son adversaire démocrate est Jerry Brown. Il a été gouverneur de Californie voici plus de vingt ans.  Il va succéder à Arnold Schwarzenegger. Arnold avait promis de changer le gouvernement de Californie : c’est le gouvernement de Californie qui l’a changé, et a montré qu’il n’avait pas l’étoffe d’un héros politique. Jerry Brown rappelle-t-il aux Californiens les jours heureux d’après Reagan, qui fut le dernier grand gouverneur de Californie ? Son élection sera conforme à ce que devient l’Etat. La Californie est d’ores et déjà en situation de faillite. La faillite va s’aggraver. La Californie montre qu’un Etat qui a tout pour lui : des activités économiques prospères, des entrepreneurs géniaux, une vallée agricole parmi les plus fertiles du monde, des villes superbes, peut se détruire lui-même. La Californie se redressera, un jour ; elle a tant d’atouts qu’elle ne peut que se redresser. Ce jour n’est pas venu. Il sera intéressant de voir ce qui se passera, si le gouverneur de Californie demande une aide d’urgence au gouvernement fédéral, dans les prochains mois. Obama sera sans doute favorable à cette aide : entre gens décidés à ruiner le pays, on peut se sentir des affinités. Les Républicains seront, je pense, moins, vraiment moins favorables.

Je continuerai à aimer Los Angeles et à y séjourner. Je sais pourquoi je ne pourrai y résider. C’est une ville belle au crépuscule. Je souhaite qu’après le crépuscule, le soleil se lève à nouveau.

Guy Millière

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