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Publié par Michel Gurfinkiel le 16 novembre 2010

 


Pourquoi la France ne peut-elle mener à bien des réformes nécessaires ?
On peut blâmer Sarkozy et les socialistes.
Le vrai problème, c’est la Ve République, régime dysfonctionnel.

 

 

Cortèges, semaine après semaine, dans les rues de Paris et des autres grandes villes françaises. Grèves dans les secteurs les plus sensibles, y compris les transports, l’évacuation des déchets ménagers et l’approvisionnement en essence. « Grèves » et manifestations de lycéens, ce qui autorisait leurs maîtres à débrayer sans perte de salaire, l’arrêt du travail n’étant pas de leur fait, mais entraînait également l’irruption de jeunes casseurs et autres pillards, dans un climat de guérilla urbaine…

C’est le spectacle que la France aura donné en octobre 2010. Motif : une réforme du régime des retraites, qui contraindrait les salariés à travailler jusqu’à l’âge de 62 ans, contre 60 ans actuellement, ne leur accorderait la pleine jouissance de leurs droits qu’à partir de 67 ans, contre 65 ans, et surtout imposerait un régime unique, alors que le  système en vigueur comporte, à côté d’un régime dit « général », une quarantaine de régimes« particuliers », aux conditions plus favorables.

Les partis de gauche, pour des raisons électorales, et les syndicats, en raisons de rivalités acharnées et donc de surenchères permanentes, ont présenté ces changements comme une « régression sociale ». Le crime absolu dans la France du début du XXIe siècle, où, après l’implosion de la religion et de la famille, la désintégration du système éducatif, la suppression du service militaire, la disparition de la monnaie nationale au profit de l’euro, l’oblitération du drapeau tricolore par le drapeau bleu européen, il n’y aurait plus qu’un seul facteur d’identité collective : la protection sociale mise en place après 1945.

Il n’y a que trois systèmes de retraite au monde. Le système par capitalisation, en usage aux Etats-Unis et dans d’autres pays acquis à l’économie de marché, consiste à prélever sur les salaires une somme qui sera ensuite gérée par un fonds spécial, dans un but de rentabilité maximale. Le capital ainsi constitué est reversé au retraité dans des conditions définies par contrat : soit sous la forme d’un versement unique, soit à travers une pension viagère. Ce système présente deux défauts. Premièrement, il incite les gestionnaires des fonds de pension à une gestion rigoureuse mais à court terme de leurs investissements. Deuxièmement, il n’y pas de recours en cas d’erreur de gestion. Les fonds de pension qui ont investi chez Madoff ne reverront jamais leur argent. Les retraités non plus.

Le système par répartition, en usage en France, consiste à financer la retraite des anciens par les contributions des plus jeunes. Deux défauts : le retraité ne retire aucun bénéfice supplémentaire des périodes de prospérité ; et surtout, la répartition dépend d’un bon ratio entre salariés et retraités. Quand le système a été créé, en 1945, on comptait cinq Français actifs pour un retraité. Aujourd’hui, le ratio est de deux pour un. Demain, il sera de un pour un. Il est évident que les salariés de l’an 2030 ne voudront pas consacrer 100 % de leurs revenus à la génération précédente. Et donc que le système se sera effondré sous son propre poids.

Le troisième système consiste à combiner les deux premiers. Les cotisations sont affectées à la fois à un fonds public de garantie et à des investissements privés. Ce système mixte a notamment été mis en place au Chili sous la dictature d’Augusto Pinochet, entre 1973 et 1990 : il a assuré le décollage économique du pays, qui est aujourd’hui le plus développé d’Amérique latine. Après la restauration de la démocratie, il a été maintenu tel quel.

On ne peut pas dire que les Français n’ont pas été prévenus de l’impasse dans laquelle ils s’enfermaient peu à peu. Dès les années 1990, les meilleurs économistes publiaient des livres et des articles à ce sujet. Au début des années 2000, Michel Godet, professeur au CNAM, prédisait une crise majeure dans Le Choc de 2006. L’attitude de la classe politique a été d’autant plus inacceptable.

On s’attendait à ce que Sarkozy fasse voter d’emblée les réformes nécessaires pendant l’été 2007, après sa double victoire : son élection à la tête de l’Etat et, dans la foulée, celle d’une Assemblée nationale dominée par son parti, l’UMP. Dans ce domaine comme dans d’autres, il a perdu du temps, tergiversé, donné l’impression d’une grande confusion doctrinale. La réforme des retraites qu’il a finalement fait voter par le Parlement maintient le système de répartition, alors qu’il eût été relativement facile de lui substituer un système mixte.

Mais à gauche, au-delà même du rejet de toute réforme, on est allé jusqu’à dire que le gouvernement devait s’incliner devant les manifestations. « Sarkozy fait la loi, la rue la défait », a-t-on pu lire sur certaines banderoles. Faut-il le rappeler ? La démocratie ne reconnaît qu’un seul pouvoir légitime, celui qui procède d’élections régulières, à bulletin secret. Une loi peut être rapportée par un autre président et un autre parlement, issus de nouvelles élections. Mais ce n’est pas à la rue de la révoquer. Il y a un lien évident entre ce mépris des formes de la démocratie et d’autres nécroses, comme la multiplication des enclaves de non-droit dans les grandes agglomérations, la généralisation des boycotts, les campagnes d’intimidation contre tel ou tel autre intellectuel, d’Olivier Petré-Grenouilleau hier à Pierre-André Taguieff aujourd’hui…

Mais pourquoi la Ve République tourne-t-elle ainsi à la République de Weimar ? C’est un dogme en France que Charles de Gaulle a légué à la France d’excellentes institutions. Rien n’est plus faux.

Au delà de la constitution de 1958, plus ou moins démarquée d’un livre fort intéressant d’André Tardieu paru en 1934, La Réforme de l’Etat,  De Gaulle rêvait d’une monarchie élective, ou plutôt adoptive, où des chefs d’Etat adoubés par leurs prédécesseurs auraient gouverné à l’aide de grands commis. Un système plus proche, en fait, du franquisme, que de la démocratie occidentale classique (On s’est étonné et même indigné que de Gaulle, après son abdication, ait tenu à rencontrer le Caudillo.)

La réalité a eu raison de ces fantasmes. La  « légitimité » quasi-capétienne dont se targuait le fondateur de la Ve République a volé en éclats quand il a été mis en ballotage, au premier tour de la présidentielle de 1965. L’élection du chef de l’Etat au suffrage universel, qui aurait du renforcer son autorité, l’a mis en concurrence avec le premier ministre (à la rivalité de Gaulle-Pompidou ont succédé les couples infernaux Pompidou-Chaban, Giscard-Chirac, Miterrand-Fabius, Mitterrand-Rocard, et même Sarkozy-Fillon, sans parler de l’épisode Chirac-Balladur – rébellion d’un premier ministre contre son président virtuel – ni des « cohabitations » Mitterrand-Chirac et Chirac-Jospin). Quant aux grands commis, issus de l’Ena et d’autres Grandes Ecoles, ils ont rapidement usurpé le pouvoir politique qu’ils devaient servir, en cumulant, en violation du texte et de l’esprit de la constitution, leurs fonctions administratives ou gouvernementales avec des responsabilités électives, de la députation à la présidence régionale, en passant par la mairie ; puis investi le pouvoir économique, à travers les « pantouflages » et autres privatisations « à noyau dur »…

Dans un régime aussi dysfonctionnel, la politique, au sens de débat entre les citoyens, arbitré par des élections, est de moins en moins crédible. D’où l’irruption périodique de la rue, aux grèves et aux cortèges : de mai 1968 à octobre 2010. Et les concessions répétées de l’Establishment – fausse fermeté ou vraie démagogie -, prêt à acheter sa pérennité ou sa survie à n’importe quel prix.

© Michel Gurfinkiel, 2010

L'article original peut être consulté sur le blog de Michel Gurfinkiel

 

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