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Publié par Guy Millière le 18 novembre 2010

Je ne connaissais pas la société Carmignac Gestion. Si on se rend sur son site internet, elle apparaît comme ayant « un seul métier : la gestion d’actifs financiers ». Ce qui m’a conduit à m’intéresser à elle est qu’elle ne s’est pas limitée à son seul métier. Elle s’est aussi décidée à faire du mécénat en matière artistique, et je ne pourrais, en soi, y trouver quoi que ce soit à redire : il existe une longue tradition menant des gens fortunés à permettre l’épanouissement du génie de créateurs divers.

Là où les choses commencent à me gêner, et devraient à mes yeux gêner aussi Carmignac Gestion, c’est que cette activité de mécénat s’est trouvée placée au service d’une action de propagande. Il existe, semble-t-il, un prix Carmignac Gestion du photojournalisme. Ce prix est allé en 2009 à un certain Kai Wiedenhöfer, un photographe allemand très impliqué dans le militantisme « pro-palestinien ». Les photos de ce Kai Wiedenhöfer sont exposées en ce moment au musée d’Art moderne de la Ville de Paris. L’exposition s’appelle Gaza 2010. Le sous-titre est « un an après l’opération de l’armée israélienne Plomb durci ». On y voit une succession de scènes de décombres et de gros plans sur des enfants mutilés.

 

Le message n’a pas à se trouver inscrit explicitement : les Palestiniens de Gaza sont des victimes. Les ignobles israéliens les condamnent à vivre dans des ruines. Ils n’épargnent rien ni personne, pas même les enfants.

Rien n’explique ce qu’est le Hamas, ce que sont ses actions, ce qu’est l’endoctrinement totalitaire qu’il fait subir à la population de Gaza. Rien ne montre la réalité de la vie à Gaza en 2010. Aucun document n’expose les visées explicitement génocidaires du Hamas. Nulle mention n’est faite où que ce soit des attaques incessantes subies par Israël de la part du Hamas, des actes de barbarie subis par des soldats israéliens aux mains de cette même organisation.

Cela s’appelle non pas du photojournalisme, mais de la falsification. Cela pourrait aussi s’appeler utilisation de documents pornographiques aux fins d’inciter à la haine, car il y a une véritable pornographie dans l’utilisation des mutilations. Et il y a une authentique obscénité à montrer des gens qui sont les victimes d’un mouvement qui leur lave le cerveau, puis les utilise lâchement comme boucliers humains, comme s’ils étaient en réalité les victimes d’Israël.

Le dénommé Kai Wiedenhöfer, indique sa courte notice biographique, a étudié la photo à Essen dans son pays natal, puis l’arabe à Damas, capitale de la dictature antisémite syrienne. Ayant apparemment découvert son amour pour les dictatures antisémites, il semble avoir passé son temps ensuite à faire des photos dans les « territoires occupés » par Israël : c’est ainsi que chez ces gens-là, on désigne la Judée-Samarie et Gaza. Il en a ramené deux albums de photos édités en Allemagne, l’un est consacré au « mur », cet affreux mur qui empêche tant de djihadistes antisémites de finir dans un attentat suicide en un endroit où il ne resterait plus d’enfants à photographier puisqu’ils seraient totalement déchiquetés, l’autre, plus divers, est appelé « Paix parfaite », et en le feuilletant, on discerne rapidement de quelle « paix parfaite » il s’agit et que les gens que fréquente Kai Wiedenhöfer rêveraient aisément de « solution finale » à la guerre qu’ils mènent contre l’existence d’Israël. Un Allemand qui fréquente des gens qui rêvent de solution finale ? Cela existe toujours. On le voit. Cet Allemand fait éditer ses livres de photo en Allemagne. Il semble fier que les Palestiniens l’appellent Habib al-Shaab, ce qui en arabe signifie « l’ami du peuple ». Inutile de dire de quel peuple il s’agit.

Cet Allemand a reçu un prix d’une organisation d’extrême gauche, la Alexia Foundation, qui soutient les « photographes agissant comme agents du changement » : on a là incontestablement un photographe agissant comme agent du changement.

Il a été jugé digne d’être primé et récompensé par Carmignac Gestion, puis d’être exposé sous l’égide de Carmignac Gestion. Que le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris ait accepté d’héberger une pareille exposition est répugnant, mais ne me surprend guère. La Ville de Paris n’a plus à démontrer qu’elle épouse la « cause palestinienne ». Qu’une société qui affirme n’avoir qu’« un seul métier : la gestion d’actifs financiers », se fourvoie de cette manière conduit à s’interroger. S’agit-il d’un choix délibéré ? S’agit-il d’un moment d’égarement ? Si j’étais responsable de Carmignac Gestion, je n’aimerais pas voir mon nom associé à une telle opération, mais je ne suis pas responsable de Carmignac Gestion.

Le Crif s’est indigné publiquement. La réponse de la Fondation Carmignac Gestion a été de dire qu’elle soutenait « le photojournalisme… dans le but de contribuer à préserver son rôle de témoignage, à vocation humaniste universelle ». Habib al-Shaab est donc un humaniste universel : voilà qui est clair. Le communiqué continue : « la Fondation Carmignac Gestion n'a pas vocation à prendre parti dans le conflit israélo-palestinien » : il est évident que récompenser et exposer Habib al-Shaab signifie qu’on ne prend pas du tout parti.

Vivons-nous une époque nauséabonde ? Il me semble que la réponse est : oui.

Guy Millière

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