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Publié par Guy Millière le 23 novembre 2010

Samedi dernier, je suis descendu, de Paris jusqu’à Nîmes. Pour une soirée.  Il s’agissait de lever des fonds et il s’agissait d’Israël. Je ne pouvais pas hésiter. A chaque fois que je dois m’adresser à un auditoire juif, je suis touché par la qualité de l’accueil et de l’attention. Je suis touché aussi par l’inquiétude. Comment est-il possible qu’en ce pays tant de Juifs craignent pour leur futur et se disent qu’il leur faudra peut-être s’en aller ? Que se passe-t-il ? Soixante cinq ans après la shoah, les rafles et le pétainisme, se pourrait-il qu’il y ait dans l’atmosphère des senteurs de recommencement ? Je voudrais ne pas le penser. Mais je le pense néanmoins.  

Lorsque je parle d’Israël, je parle d’un pays où je suis allé et que je connais, mais quand je regarde les reportages sur Israël à la télévision, j’ai, comme ceux qui viennent m’écouter, le sentiment qu’on me parle d’un pays où je ne suis jamais allé et que je ne connais pas du tout. On évoque des policiers, des soldats hautains et brutaux : j’ai vu, moi, bien moins de policiers qu’en France et quasiment aucun soldat, même en longeant le Jourdain, entre la Jordanie et la Judée-Samarie.

J’aimerais ne pas accuser les journalistes de partialité, mais l’accusation pourrait aisément venir à mes lèvres. J’aimerais ne pas penser qu’il y a de mauvaises intentions derrière cette façon de procéder, mais je ne peux faire autrement que voir les conséquences et percevoir ce qui a des allures d’incitation à la haine.

Est-ce conscient de la part de ceux qui font les reportages ? Si ce n’est pas conscient, c’est encore plus grave, car cela signifie que sur l’horizon d’évidence d’un nombre certains de professionnels de l’information, Israël est le pays qu’il faut haïr, et qu’on hait avec autant d’aisance qu’on respire. Sur l’horizon d’évidence d’un certain nombre de professionnels de l’information, l’idée qu’inciter à la haine envers le seul Etat juif sur la terre, conduit à inciter à la haine envers les Juifs ne semble, en tout cas, pas avoir sa place. Et ces mêmes professionnels de l’information parleront le lendemain, de manière faussement candide, d’agressions antisémites en banlieue parisienne : comme s’il n’y avait pas la moindre relation de cause à effet.  

Lorsque je parle des Etats-Unis, je parle d’un pays où je suis très souvent et que je connais particulièrement bien, depuis plus de trente ans, mais quand je regarde des reportages sur les Etats-Unis à la télévision en France, j’ai le sentiment, là encore, qu’on me parle d’un pays où je ne suis jamais allé, et que je ne connais pas. Et parfois, même quand je parle à un auditoire juif, je peux me retrouver face à des gens qui pensent que ce qu’ils voient à la télévision sur les Etats-Unis est vrai. J’en déduis seulement que le pouvoir d’influence de ce qui est présenté comme de l’information est immense, et qu’on peut modeler l’esprit d’une population.  

Les non juifs en France détestent souvent Israël parce qu’ils croient ce qu’on leur dit, et qu’ils prennent pour de l’information.  

Même parmi mes auditeurs juifs, il en est qui ont une idée fausse des Etats-Unis parce qu’ils croient eux-mêmes ce qu’on leur dit sur les Etats-Unis.

Cela me conduit à m’interroger.

Est-ce que c’est utile de faire un travail scrupuleux d’intellectuel, et de chercher à se doter de connaissance, et à transmettre la connaissance dont on s’est doté. Ou est-ce une tâche vaine ? Que sont les mots que je dis et que j’écris, face à des images que voient dix millions de gens ? Celui qui peut montrer des images à dix millions de gens a un avantage immense sur moi : il s’adresse à un auditoire immense. Et le fait qu’il mente n’a dès lors guère d’importance. Ma parole n’est qu’une goutte d’eau face à un océan. Et une goutte d’eau se dissout vite dans l’océan.  

Une démocratie est une société dans laquelle on est censé choisir en connaissance de cause. Que reste-t-il de la démocratie, si la connaissance s’efface et si on la remplace par des falsifications que des gens prendront pour de la connaissance ? Je le dis : il ne reste plus grand chose. Un glissement graduel vers un fonctionnement totalitaire.  

En France, en tout cas, l’information n’est pas libre et pluraliste, et laisse souvent place à ce qu’il me faut appeler de la propagande. La connaissance s’efface, parce que la propagande vient la submerger. Ceux qui, comme moi, font scrupuleusement leur travail et qu’on exclut comme on excluait les dissidents en Union Soviétique, ou lors de la montée du nazisme en Allemagne, ont de quoi avoir envie, parfois, de passer à autre chose.  

C’est pour combattre cette envie que je me rends à des soirées comme samedi dernier, à Nîmes.  Que ceux qui les organisent en soient remerciés, et qu’ils soient assurés de ma gratitude.

Guy Millière

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