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Publié par Michel Garroté le 4 décembre 2010

 

Or donc, WikiLeaks aurait volé des télégrammes diplomatiques présumés. WikiLeaks qui a – en fait – obtenu ces télégrammes diplomatiques présumés de la part de Bradley Manning, un jeune hacker Américain paumé de 23 ans. Ensuite, WikiLeaks aurait donné, gratuitement s’entend, les télégrammes diplomatiques qu’il aurait volés. WikiLeaks aurait notamment donné – les télégrammes diplomatiques qu’il aurait volés – au quotidien français Le Monde.

Le problème, c’est que le quotidien français Le Monde, sur la base de télégrammes diplomatiques présumés, télégrammes dont on nous raconte qu’ils auraient été volés par WikiLeaks, le problème, écrivais-je, c’est que le quotidien français Le Monde publie, ces jours-ci, des appréciations, que nous publions, sur ce blog, depuis plus de trois ans… Autrement dit, non seulement le quotidien français Le Monde publie ces jours-ci des appréciations que nous publions sur ce blog depuis plus de trois ans déjà.

Mais en plus, le quotidien français Le Monde publie ces appréciations en les faisant passer pour des révélations. Pire, le quotidien français Le Monde publie de soi-disant révélations qui auraient été volées par WikiLeaks. Le quotidien français Le Monde estime donc, par-là, qu’il utilise son « expertise » et qu’il fait correctement son travail « d’information », malgré le fait que sa seule et unique source se limite à des télégrammes diplomatiques présumés qui auraient été volés par WikiLeaks (qui les a en fait obtenus de la part de Bradley Manning, un jeune hacker Américain paumé de 23 ans).

Ainsi, à propos des éléments balancés par WikiLeaks (qui a en fait obtenus ces éléments de la part de Bradley Manning, un jeune hacker Américain paumé de 23 ans), je lis, avec amusement, ça et là, sur le wire et sur le net, que Sarkozy aurait donné un virage atlantiste à la politique étrangère de la France et que ceci ne serait pas une révélation ( ?). Les Américains lui auraient, paraît-il, rendu son affection. Cet attrait réciproque serait reflété dans les télégrammes diplomatiques que Le Monde et le Guardian auraient tirés des éléments mis en ligne par WikiLeaks.

Je note, à ce stade, que Le Monde essaye de nous faire croire que Sarkozy est un atlantiste, un pro-américain. Et je signale, à ce propos, que sur le présent blog, j’ai eu maintes fois l’occasion de démontrer, preuves à l’appui, que Sarkozy n’est ni atlantiste, ni pro-américain.

Selon Le Monde (qui cite WikiLeaks, qui lui cite Bradley Manning), Sarkozy apparaîtrait – dans des télégrammes diplomatiques présumés – comme impatient, irritable, autoritaire et imprévisible. Son caractère irascible serait même perçu par les Américains. Avec Sarkozy (allègueraient les éléments de WikiLeaks), il faudrait toujours prendre des pincettes et ses conseillers seraient tyrannisés. Là je ne peux que rire aux éclats. Car mes amis et moi écrivons tout cela depuis trois ans et il n’y a donc – dans Le Monde – aucune révélation.

En décembre 2009, l'ambassadeur Charles Rivkin aurait ainsi écrit, dans un télégramme, à la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton (la Ministre américaine des « Affaires étrangères ») : « Des contacts à l'Elysée nous ont rapporté en long et en large qu'ils évitent de le désapprouver ou provoquer son déplaisir, allant jusqu'à dérouter l'avion présidentiel pour lui éviter de voir la tour Eiffel illuminée (par le maire de Paris…) aux couleurs de la Turquie, lors de la visite du Premier ministre Erdogan ».

Sarkozy, aurait, paraît-il, tout fait pour bloquer l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. Rien, « aucun frein », ne serait en mesure de limiter les ambitions mondiales de Sarkozy, constate l'ambassadeur Charles Rivkin dans son télégramme. D'autant que Sarkozy ferait la promotion de ceux qui sont prêts à suivre ses politiques et qu’il marginaliserait ceux qui ont des vues divergentes. Fort bien.

Sauf que tout ceci a déjà été régulièrement signalé, sur le présent blog, sans qu’il nous ait été nécessaire, de racoler, du côté de WikiLeaks et de Bradley Manning ; il nous a suffit d’analyser scrupuleusement les paroles – et les actes – de Sarkozy depuis 2007 pour comprendre qu’il a des ambitions nationales et mondiales ; et pour comprendre que rien, aucun frein, n’est en mesure de le limiter dans ses ambitions ; nous avons même détaillé cette pathologie sur la base de témoignages de son entourage…).

Les télégrammes, nous dit-on encore, s'intéresseraient aussi à la vie privée du président français : son divorce et son remariage. Six mois après le début de son mandat, un télégramme « anonyme » s'inquiétait, paraît-il, de l'impact du divorce sur le caractère du chef d'Etat français. Le divorce de Sarkozy, un homme déjà très tendu quand tout va bien, ce divorce aurait soulevé des questions sur sa capacité à maintenir son équilibre et à se concentrer.

Sarkozy avait en effet mentionné sa dépendance envers Cécilia – ma force et mon talon d'Achille, comme il disait lui-même. Sarkozy serait décrit par les diplomates américains (par quels diplomates américains et de quel niveau hiérarchique ?) comme le président français le plus pro-américain (pas difficile vu ses prédécesseurs…), au point qu’il aurait, soi-disant, envisagé en 2006 (avant son élection…), l'envoi de troupes françaises en Irak.

Certes. Excepté que ce qui nous intéresse en 2010, c’est l’influence de Carla et la présence française en Afghanistan. Cécilia en 2007 et la non présence française en Irak en 2003, on s’en tape.

Cette possibilité (l'envoi de troupes françaises en Irak) aurait été « évoquée » (?) par Sarkozy lors d'une rencontre à Paris (avec le ministre de la Justice de George W. Bush, Alberto Gonzales) l'année précédant son élection à la présidence française (ce qui n’engageait à rien vu que ce n’était qu’une rencontre hypothétique entre un homme qui était chargé de la justice et un homme qui était désireux de devenir président).

L'ambassadeur des États-Unis en France, en 2006, Craig Stapleton (à ne pas confondre avec l'ambassadeur Charles Rivkin en 2009…), dans un ‘compte-rendu’, aurait écrit : « Sarkozy a déclaré que la France et la communauté internationale allaient devoir aider les États-Unis à résoudre la situation en Irak. Peut-être en remplaçant l'armée américaine par une force internationale ».

Or, d’autres allégations, publiées par le site Internet du quotidien français Le Monde, sur la base d’éléments provenant de WikiLeaks, montreraient que, selon les diplomates américains, Sarkozy  aurait été hostile à l'invasion de l'Irak par les États-Unis en 2003. Selon ces mêmes éléments, cependant, Sarkozy aurait aussi désapprouvé l'opposition frontale manifestée contre cette opération par le président français de l'époque, Jacques Chirac, et par son ministre des Affaires étrangères de l’époque, un certain Dominique de Villepin.

Selon un câble du 1er août 2005, Sarkozy aurait affirmé que c'est quelque chose que lui ne ferait jamais et Sarkozy aurait qualifié l'utilisation, par Chirac et Villepin, du veto de la France au Conseil de sécurité de l'ONU contre les États-Unis en février 2002 comme une réaction injustifiable et excessive. Sarkozy, qui était, à l’époque, ministre de l'Intérieur aurait rencontré, à Paris, le conseiller de la Maison-Blanche pour les questions économiques, Alan Hubbard. Un ministre de l'Intérieur rencontre un conseiller de la Maison-Blanche pour les questions économiques : et alors ?

WikiLeaks ou les révélations qui n’en sont pas.

Michel Garroté

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