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Publié par Dreuz Info le 4 décembre 2010

L’illusion fut de croire que la chute du mur de Berlin et la fin du communisme signaient la fin des idéologies. C’était sans compter avec ces ruses dont l’histoire a le secret, celle dont Malraux avait entrevu le retour, c’est à dire le triomphe du religieux au XXIeme siècle. Là où certains prédisaient la « fin de l’histoire », d’autres clairvoyants annonçaient « le choc des civilisations ». Bien sûr, tout ce que la planète compte d'âmes généreuses s’est efforcé de conjurer ce mauvais présage : confondant « Mein Kampf » et une projection politique, les grands esprits, heureux de la promesse du métissage planétaire, (après avoir été heureux de la promesse d’avenir radieux), n’ont pas voulu voir venir ce que la mondialisation charrie aussi dans ses soutes : les dieux des uns et les dieux des autres, avec l’apocalypse en prime. Parallèlement, le marché devenu roi imposait sa règle: les bourses, si expertes en économies virtuelles autant qu’en crises réelles, sont aveugles devant les effets malicieux que leur vacuité civilisationnelle génère : dieu y pourvoira. Si, en Occident, dieu est mort depuis longtemps, empêtré dans sa dénatalité, ses prêtres pédophiles et ses préservatifs suspects d’impiété, il n’en est pas de même en Orient ni surtout au Moyen Orient. Tandis qu’à La Mecque, on lapide Satan, ou on décapite au sabre la femme adultère, dans le même temps, les flux financiers des pétroles arabes circulent sur le net. Les gardiens de la foi conjuguent simultanément prédication moyenâgeuse et modernité clinquante, et tant pis si parfois, l’une de ses progénitures égarées fait exploser les tours du capitalisme mondial. Cela fait aussi parti de ce jeu sans règle à l’intérieur de l’irrationnel contemporain, Allah oblige.

     

     Plus grave est notre incapacité, ici, en Occident, à se saisir de cette nouvelle donne historique. En effet, ça n’est pas une mince affaire pour l’Occident de penser sa défaite annoncée. Les temporalités politiques à l’œuvre dans les pays démocratiques interdisent de lire le long terme. Cinq ans pour un mandat présidentiel, alors que c’est l’éternité pour un mandat de droit divin. Qui ose penser, en Occident, à la défaite démographique que sa dénatalité impose ? Avec ce recul du « genre blanc », c’est tout le modèle que l’Europe, puis l’Amérique WASP, avait su imposer ou proposer qui se trouve en recul. L’apogée de cette puissance européenne a atteint sa cime au XIXeme siècle, colonial s’il en fût. L’autodestruction qui suivit au travers des deux guerres mondiales, dans un premier temps européo européennes, puis l’illusion communiste, née en Occident, ont épuisé sa capacité novatrice, quelqu'en fut la qualité ou la nocivité. Désormais, la puissance est ailleurs : à l’extrême Est pour le long terme, et au Moyen Est pour le court terme, tant que du désert jaillira du pétrole. Dans cet entre deux se situe la menace : celle qui précipite les peuples dans des délires salvateurs : tuer le diable plutôt que se transformer. Incapable de penser l’après pétrole, le monde arabe et la sphère musulmane désignent la raison de leur incapacité imaginative : le diable se nomme Israël, l’agent perturbateur. Pour nous, Israël est désormais la ligne de front. « Que tombe Israël et nous tomberons tous » prédit José Maria Aznar. Près de mille ans après son arrêt historique, voilà l’Islam reparti à la conquête du monde. Cette « reconquista » à l’envers commence par l’Europe. Elle ne s’y arrêtera pas.

 

         Avec une myopie assumée, certains n’y voient qu’un juste retour des choses, tant l’impérialisme occidental ne reçoit en retour que la monnaie de sa pièce coloniale. Pour autant, et pour leur plus grand malheur, les gueux de la planète ne s’y retrouveront pas davantage libérés qu’ils ne le furent par les lois de la République de Jules Ferry ou les charmes de la Reine Victoria. Voilà que la mollahrchie réprime les libertés en Iran de manière bien plus sanglante que ne le fit le Shah, et voilà que le goulag islamiste impose dans la oumma, une terreur aussi grande que fut celle de la colonisation, fut elle celle de Gordon Pacha, de Stanley ou du général Bugeaud. Cette réalité, certains ici refusent de la voir, tant leur prisme de lecture du monde obéit à des règles idéologiques, établies une fois pour toute depuis les années 60. Déjà, pendant la seconde guerre d’Algérie, la question était « qui tue qui ? », refusant de nommer les égorgeurs islamistes. Le monde occidental ne peut être que LE coupable, sans oublier bien évidemment son maléfique implant israélien en terre d’Islam. C’est ainsi qu’Alain Badiou ou Stéphane Hessel attribuent des vertus émancipatrices au Hamas ou au Hezbollah, et on peut s’interroger sur le récent voyage à Gaza de Régis Debray : avait il pour objet de vérifier les mérites de la critique par la bombe humaine, plutôt que son retour aux armes de la critique par la plume ? De Cuba à Gaza, la vie intellectuelle française fourmille d’itinéraires surréalistes : Roger Garaudy, célèbre contorsionniste, en est le modèle indépassable, avec Jean Edern Hallier en première dauphine, mais quel dommage que ce cirque, toujours funèbre, retombe sur le dos des mêmes, à croire que la haine d’Israël est devenue aujourd’hui la dernière religion d’une grande partie de l’humanité.

    

      Tandis qu’en Iran un apprenti Hitler perse met au point sa bombe islamique, sous nos latitudes, on feint de ne pas considérer son projet comme une menace prioritaire. Dans nos banlieues, tandis que des jeunes femmes, de culture musulmane, refusent quotidiennement leurs divers enfermements grillagés ou voilés, nos fins esprits font la promotion de la respectabilité de leurs bourreaux à Gaza. Ce sont ces mêmes fins esprits qui estiment que la promotion du boycott d’Israël fera progresser la paix dans la région. Avec une bonne conscience assurée, ces partisans de la myopie estimaient déjà que l’abandon des Sudètes allaient garantir la paix, comme ici on estime que la paix civile passe par la complaisance avec la charia. Les époques diffèrent mais les comportements restent les mêmes. Tandis qu’on s’est gargarisé jusqu’à l’indigestion de « plus jamais ça », de « devoir de mémoire », de « vigilance républicaine », nous voilà confrontés au « ça ». « ça » est devant nous, avec sa bombe à l’essai, son jihad comme discours de la méthode, et sa burqa comme marque de fabrique. Il n’est pas interdit d’identifier l’ennemi avant de le combattre. A moins que nous préférions une retraite anticipée : « plutôt verts (d’islam) que morts ».

 

Jacques Tarnero

 

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