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Publié par Guy Millière le 16 janvier 2011

Certains, qui s’enthousiasment rapidement, s’attendent à ce que les événements en cours en Tunisie depuis un mois, et qui ont débouché sur le départ de Ben Ali, conduisent à la liberté et à la démocratie. J’espère que la réalité leur donnera raison. Je ne puis, pour autant m’empêcher d’adopter une position plus modérée et plus circonspecte. 

Il ne fait aucun doute que Ben Ali était un dictateur, que son entourage vivait de prébendes et de corruption, que la liberté de parole n’existait pas en Tunisie et que tout mouvement d’opposition était sévèrement réprimé : il n’empêche. Je ne puis oublier que voici une décennie, les islamistes étaient très actifs dans le pays, et auraient pu aisément l’emporter à ce moment. Parfois, il n’existe pas de choix entre une bonne et une mauvaise solution, mais le choix entre deux mauvaises solutions, et, face aux islamistes, Ben Ali a représenté à l’époque, je le pense, la moins mauvaise solution. 

L’équation aujourd’hui est différente, dit-on. J’attends une démonstration, et j’attends que vienne la suite des choses. Je sais qu’il existe des gens qui veulent que la Tunisie devienne une société ouverte. Je n’ignore pas, pour autant que, sur l’ensemble du pourtour de la Méditerranée, l’islamisme n’est pas éteint. Il suffit, pour s’en convaincre, de regarder ce qui se passe au Liban ou en Egypte. Il suffit, pour en être persuadé, de lire les études d’opinion réalisées dans l’ensemble du monde musulman par de multiples instituts. Dans l’instabilité tunisienne, des islamistes commencent à faire entendre leur voix.  

De surcroît, l’étincelle qui a allumé l’incendie repose sur trois facteurs qui vont continuer à peser et ne vont pas s’effacer miraculeusement.

Le premier est l’existence d’un grand nombre de jeunes gens diplômés  que le marché du travail ne parvient pas à absorber et qui sont, dès lors, en situation de frustration : la conjoncture économique mondiale en général, et la configuration économique autour du bassin Méditerranéen en particulier, ne devraient pas s’améliorer dans l’immédiat, et les frustrations devraient durer, voire s’exacerber.

Le deuxième est l’impossibilité pour nombre de ces jeunes gens de traverser la Méditerranée pour tenter de mieux gagner leur vie en Europe. La conjoncture européenne ne devrait, dans l’immédiat, pas inciter les gouvernements à permettre des flux d’immigrants plus nombreux, au contraire.

Le troisième, qui a joué un rôle non négligeable, est l’augmentation des prix des denrées alimentaires. Cette augmentation est due à des récoltes insuffisantes découlant d’hivers trop rudes, d’intempéries après l’hiver en de nombreuses régions du globe. Au cours de l’année 2011, les prix de toutes les denrées alimentaires devraient continuer à augmenter, créant des situations propices à des émeutes de la faim bien au delà de la Tunisie. Un gouvernement tunisien quel qu’il soit n’aura aucune influence sur cette augmentation des prix et ne pourra inventer de solution magique. Si une fuite en avant enclenchée par des démagogues et des gens promettant que demain on rasera gratis ne s’enclenche pas, ce sera un moindre mal, mais j’avoue avoir des craintes : combien d’opposants au régime Ben Ali sont-ils adeptes de cette doctrine qui promet beaucoup aux pauvres, mais qui les multiplie très vite, le socialisme ? 

Des pillages ont eu lieu et ont encore lieu dans tout le pays qui vont, en outre, coûter très cher. Certains d’entre eux peuvent être attribués à la police, mais pas tous. Le désordre, par ailleurs, même s’il s’interrompait immédiatement, va nuire pendant des mois à un secteur crucial pour le pays, le tourisme.  Des emplois risquent non pas de se créer, mais de disparaître.

Je ne regrette aucunement la dictature, bien sûr. Je comprends la souffrance de millions de gens. Je ne doute pas que ces gens aspirent effectivement à être libres. Je ne doute pas que la dictature leur était devenue insupportable. Mais je crains, oui, qu’il n’y ait des lendemains qui déchantent. J’espère me tromper. 

Je me souviens encore de ces étudiants iraniens qui venaient me dire exaltés et souriants au moment de la chute du shah en Iran: à Téhéran, c’est 1789. Je leur répondais qu’ils devaient se souvenir qu’après 1789, il y avait eu 1793. C’est ce que je dirais à mes amis tunisiens, à qui je ne veux que du bien. Vous parlez de 1789 aujourd’hui ? N’oubliez pas qu’après 1789, il peut y avoir 1793. Regardez au delà de vos frontières l’état du monde et, tout spécialement, l’état du monde musulman. 

Ce que je dirais à mes amis tunisiens vaut pour tous ceux qui observent la situation. J’ai trop vécu et trop étudié l’histoire pour céder à des élans d’enthousiasme irraisonnés et pour ne pas rappeler que, simplement, la réalité existe. 

Disons qu’en cet instant, je donne une chance sur dix à l’émergence d’une démocratie paisible, et neuf chances sur dix à une reprise en main par l’armée, ou à l’entrée dans une période chaotique avec possibilité d’influence islamique. 

Et puis, lorsque je vois des gens de toute la gauche française célébrer la chute du dictateur, je me dis que ces gens sont sans vergogne : Zine Ben Ali fait partie de l’Internationale socialiste. Et ils feraient aussi bien de manifester pour que tombent d’autres dictateurs autrement plus féroces et d’autres régimes autrement épouvantable, le régime algérien, par exemple.  
 

Ce qui a fait tomber Ben Ali, c’est, certes, la brutalité, l’absence de liberté de parole, la corruption, mais  c’est aussi que la Tunisie, par rapport aux pays voisins, a été ces dernières années un pays où le niveau de vie s’élevait plus vite, où le nombre de jeunes gens éduqués était plus élevé, et où l’économie était en croissance. La population voudrait, sans aucun doute, une contrepartie politique à ces divers facteurs. 

Ce qui a fait tomber Ben Ali, aussi, c’est l’ouverture du pays au monde et une répression qui, bien qu’elle ait été sanglante, n’a pas été absolument féroce. Le régime des mollahs en Iran, celui du FLN en Algérie sont des régimes féroces. Je ne m’attends pas à voir brûler de sitôt les effigies d’Ahmadinejad, Khamenei ou Bouteflika en place publique à Paris. 

Ce qui a été lamentable, lâche et opportuniste en ces circonstances a été l’attitude des dirigeants français. Un homme d’Etat sait rappeler certaines choses. Un politicien retourne sa veste en n’oubliant pas de veiller à ce que le portefeuille reste à l’intérieur. Il y a beaucoup de politiciens en France.  
 

Quand on l’accusait d’être une girouette Edgar Faure disait que ce n’est pas la girouette qui tourne, mais le vent. Le vent a tourné au-dessus de l’Elysée.

Guy Millière

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