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Publié par Guy Millière le 18 janvier 2011

La banque HSBC vient de rendre public un rapport sur l’évolution de l’économie planétaire au cours des quarante prochaines années. Ce rapport va dans le sens des analyses de tous les spécialistes mondiaux de la prospective, ce qui n’a rien de surprenant puisqu’il s’appuie sur leurs travaux, ainsi que sur ceux de nombre d’économistes et de géopolitologues. Il ne me surprend pas, puisqu’il recoupe les analyses que j’ai énoncées dans mon livre La Septième dimension. 

Il en ressort un point fondamental.

Deux pays auront une position d’hégémonie sur la planète en 2050 : la Chine et les Etats-Unis. Leur produit intérieur brut sera sans doute, à ce moment, équivalent, mais la Chine aura cinq fois plus d’habitants que les Etats-Unis, et sera marquée alors par une tendance à la stagnation et par de multiples problèmes qu’elle devra résoudre, qui vont du vieillissement à un système politique inadéquat et à un passage difficile à l’ère post capitaliste qui s’ouvre. Elle sera dominante en Asie, mais pas à l’échelle planétaire, où les Etats-Unis resteront la puissance majeure, avec un produit intérieur brut par habitant supérieur à tout autre pays sur terre, un pyramide des âges plus équilibrée, un système politique pleinement adapté à l’ère dans laquelle nous venons d’entrer et, surtout, ce qui s’appelle en anglais the leading edge, la marge de compétitivité qui fait toute la différence : une aptitude à attirer et stimuler la créativité sans laquelle la croissance et le dynamisme ne sont pas possibles. Les Etats-Unis, est-il ajouté, resteront le seul pays à pouvoir garantir un ordre planétaire par ses capacités technologiques et ses moyens militaires. 

Le pays qui arrive en troisième position est l’Inde, qui devrait connaître un essor net et puissant, mais qui verra cet effort entravé par les pesanteurs du système de castes. Les projections permettent pour l’heure de situer son produit intérieur brut global à la moitié de celui de la Chine, avec des disparités très nettes entre les zones urbaines très développées et les campagnes. 

Ce qui donne à penser, et qui correspond à mes propres analyses, est ce qui est anticipé pour le reste du monde. L’Afrique subsaharienne restera dans les profondeurs des classements : le passage à une ère où les matières premières n’auront plus guère d’importance en fera une région marginale du monde. L’Amérique latine se situera à peine au-dessus de l’Afrique : le Brésil surnagera. Mais l’ensemble du continent restera limité à des activités de sous-traitance industrielle ou de production agricole extensive, l’écart entre une minorité de nantis peu inventifs vivant de rentes prélevées sur le travail des autres et une majorité de pauvres risque fort de rester ce qu’il est. 

Le monde musulman, qui bénéficie d’un chapitre entier, devrait lui-même stagner et glisser à nouveau vers l’insignifiance :  le blocage, là, étant l’islam, qui devrait, dit le rapport en termes feutrés, rester ce qu’il est : un dogme incitant au fatalisme, à la non expression de l’initiative individuelle et donc à l’absence d’esprit d’entreprise. Cela devrait être une région de dictatures de pauvreté, de radicalisation, qui n’aura pas les moyens de peser sur le cours de la planète, même par l’usage de la violence. 

Avec la Turquie, présentée comme le seul pays du monde musulman à tirer son épingle du jeu, Israël est l’un des deux pays de la région qui devraient échapper à la stagnation, et Israël devrait rejoindre le peloton de tête des pays qui auront les PIB globaux les plus élevés et les PIB par tête les plus hauts, malgré les sommes importantes qui doivent être consacrées à la défense. L’hypothèse des auteurs est que la Turquie, après avoir flirté avec l’islamisme, s’éloignera de lui, ce qui reste, à mes yeux, à démontrer. 

J’ai laissé l’Europe hors de ce tour d’horizon, car ce qui en est dit n’incite pas du tout à l’enthousiasme. Et je  dois le dire : l’analyse rejoint là encore mes propres analyses. L’Europe verra un décrochement majeur qui la fera sortir du rang des acteurs majeurs du monde.

Les raisons ? La démographie, bien sûr. L’ensemble de l’Europe devrait être la seule région du monde à perdre des habitants : l’hypothèse basse retenue ici est une diminution de l’ordre de cinquante millions. Comptent aussi les flux migratoires : l’Europe devrait voir partir des gens bien formés et arriver des gens peu ou mal formés qui auront des difficultés d’intégration. Comptent l’économie et la politique : l’Europe devrait connaître une croissance beaucoup plus faible que les régions dynamiques du monde, et connaître un décrochement par rapport à elles. Politiquement, les auteurs voient, comme moi, une difficulté de l’Europe à sortir des rigidités et des structures sclérosées mises en place au lendemain de la Deuxième Guerre Mondiale. Les données semblent indiquer que le pays européen qui s’en tirera le moins mal sera le Royaume-Uni, en raison de sa démographie et de son secteur financier. Les pays européens qui connaîtront les chutes les plus spectaculaires, et dramatiques, seront l’Espagne, l’Italie, la Pologne, l’Allemagne. La France déclinera, et sortira de la liste des dix premiers pays en termes de PIB et de PIB par tête, mais sa chute sera un peu moins brutale. En périphérie de l’Europe, la Russie connaîtra un déclin très net, elle aussi.

En Asie, hors de la Chine et de l’Inde, certains pays devraient eux-mêmes connaître un déclin assez fort : la Corée du Sud et le Japon, où le vieillissement est très fort et qui reste très fermé à toute immigration. 

En termes géopolitiques, si on ajoute à cette configuration une bonne tenue du Canada et de l’Australie, il devrait en résulter un monde dont le centre de gravité aura pleinement basculé vers l’océan Pacifique autour duquel seront les trois principales puissances économiques. Un recentrement des priorités de défense des Etats-Unis vers l’Asie. Une zone Europe- Méditerranée où resteront des îlots de prospérité (Royaume-Uni, Israël) menacés, et survivant par leurs liens aux Etats-Unis, et où la culture dominante devrait être l’islam, au sein duquel la Turquie reviendrait occuper une position de relative prépondérance. L’Europe continentale ne comptera plus. Les civilisations européennes seront au crépuscule.

Guy Millière

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