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Publié par Guy Millière le 19 janvier 2011

La Freedom House est une organisation qui évalue la liberté dans les différents pays de la planète, et qui établit un rapport annuel d’évaluation. Elle prend en compte, pour composer ses indices, la liberté économique, la liberté politique, mais aussi la liberté de parole et de la presse, ainsi que la liberté religieuse. Elle vient de publier son rapport pour l’année écoulée. Au regard des événements qui se déroulent en Tunisie et dans d’autres pays du monde arabe en ce moment, et sur lesquels je reviendrai, il est intéressant de voir à quelles conclusions aboutit ce rapport.

On peut résumer celles-ci en une phrase simple : en 2010, la liberté a, globalement reculé. C’est, en fait, la troisième année consécutive que la liberté recule, et la tendance s’est accentuée au cours des deux dernières années. Les années 2005-2007 avaient été des années de stagnation. Les années 2001 à 2005 avaient vu s’opérer des avancées : elles avaient été celles du premier mandat de George W. Bush. Le rapport le dit, mais je pense utile de le souligner. Les deux premières années de la présidence Obama ont été, par contre, globalement, des années de recul, les faits sont là, pour l’heure, et ne me surprennent pas. 

Sans surprise, les régions du monde les plus sinistrées en matière de liberté sont le monde arabe, et le monde musulman en général, où quatre pays seulement se trouvent classés comme partiellement libres : le Maroc, l’Indonésie, la Turquie et le Liban (on peut se demander si l’an prochain le Liban sera toujours dans cette catégorie). L’Afrique subsaharienne a connu, elle, une régression d’ensemble, particulièrement marquée au Zimbabwe, au Nigeria, en Mauritanie, mais aussi au Sénégal. Une autre région a connu une régression forte : les anciennes républiques qui constituaient l’Union soviétique. Seuls les pays Baltes font exception à cette triste règle. Une régression se constate aussi en Amérique latine, tout particulièrement au Venezuela, au Nicaragua et au Mexique, qui chute fortement. 

La liste des pays les plus liberticides est donnée. Elle inclut la Corée du Nord, Cuba, la Birmanie, le Laos, le Turmenistan et l’Ouzbekistan, le Belarus, la Libye, l’Arabie Saoudite, la Syrie, l’Iran, le Pakistan, le Soudan, la Guinée Equatoriale, la Somalie, le Tchad, le Sahara Occidental. La Chine est à peine moins liberticide et continue à figurer en queue de liste. 

La liste des pays classés comme libres ne change pas, puisqu’elle inclut l’Europe, l’Amérique du Nord, l’Australie, la Nouvelle Zélande, le Japon, la Corée du Sud, Taïwan, l’Inde et Israël. 

La liste aura-t-elle changé dans un an ? Il est, bien sûr, beaucoup trop tôt pour le dire. Comme je l’ai dit, j’attends de voir ce qui va se passer en Tunisie, en gardant en moi une dose de pessimisme. Je doute vivement que ce qui s’est passé en Tunisie puisse survenir dans d’autres pays du monde arabe, et les enquêtes d’opinion réalisées au cours des dernières années dans des pays tels que l’Algérie, l’Egypte, la Jordanie montrent que si des événements semblables à ceux de Tunisie se produisaient, cela déboucherait sur un renforcement de l’islam radical. 

Ce qui sépare ces pays de la Tunisie est ce qui a fait, pendant les années Ben Ali, la différence de la Tunisie : une répression de l’islam radical. Une absence de liberté de la presse, mais une presse ne reprenant pas les délires antisémites et les propos haineux qui caractérisent la presse des pays arabes du Proche-Orient. Une forte croissance économique qui a permis l’émergence d’une classe moyenne. Un secteur touristique important qui a facilité les contacts avec des populations occidentales. La différence tunisienne persistera-t-elle ? Je le souhaite. En un temps où il de bon ton de traîner Zine Ben Ali dans la boue, je dirai qu’en termes de corruption, il était aussi coupable que les autres chefs d’Etat du monde arabe, qu’en termes d’irrespect de la liberté de parole et de brutalité, il était coupable, mais moins coupable que les autres chefs d’Etat du monde arabe, qu’en termes de liberté économique, il était coupable, mais moins coupable aussi que les autres chefs d’Etat du monde arabe. En ayant permis un développement économique et l’émergence d’une classe moyenne, en ayant facilité la modernisation technologique du pays, Ben Ali a créé les conditions qui ont suscité les frustrations qu’on a vu s’exprimer. Bien qu’il soit issu de l’armée, il n’avait pas non plus une armée pleinement à ses ordres : dans des pays tels que l’Algérie, l’Egypte, la Syrie, l’armée est aux ordres du dictateur. Et les journaux de ces pays ironisent d’ailleurs en ce moment sur Ben Ali. Aux yeux de gens tels qu’Assad, Bouteflika ou Moubarak, Ben Ali était un mou. Aux yeux de Khamenei ou Ahmadinejad, c’était un laquais de l’Occident qui a découvert l’ingratitude des infidèles que sont Sarkozy, Obama et quelques autres. Aux yeux d’Olivier Besancenot, de Jean-Luc Mélenchon, de Marie-Georges Buffet, il était trop capitaliste, et tous ces gens qui ont fait partie du fan club de Saddam Hussein en 2003, et des supporters du Hamas en 2009, ne pouvaient que se retrouver en tête des cortèges de célébration de la chute du dictateur. Je ne me mélange pas à ces gens-là. Je suis, par contre, inquiet pour la communauté juive de Tunisie, et inquiet aussi pour l’avenir d’un pays qui, ne disposant pas de matières premières, n’a, pour vivre, que le tourisme, et quelques industries et activités de service. Ce ne sont ni les communistes, ni les islamistes, ni les syndicalistes qui permettront à la population de vivre mieux, au contraire.

Guy Millière

 
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