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Publié par Guy Millière le 21 janvier 2011

Nul ne peut encore savoir exactement comment et pourquoi le régime Ben Ali est tombé en Tunisie. Le moment d’écrire l’histoire n’est pas venu. Tous les discours énoncés jusqu’à présent sont des constructions hypothétiques et ont la consistance du sable et du vent. On peut juste dire que le mécontentement populaire n’est pas une explication suffisante. On ne peut pleinement adhérer à l’idée que c’est un peuple qui a chassé tout seul un dictateur. On peut noter que l’armée a refusé d’obéir, et que des gens ont décidé qu’il fallait un changement de régime ou, plus vraisemblablement, un changement dans le régime. 

Nul ne peut encore savoir  qui sont ces gens, quelles ont été leurs motivations exactes, et s’il y a eu des influences étrangères. Il se dit que l’administration Obama aurait décidé de lâcher Ben Ali et de le pousser à partir. C’est une réelle possibilité. Jusqu’à présent, l’administration Obama n’a pas du tout pratiqué une politique de défense des droits de l’homme, et n’a évoqué la nécessité de changements dans le monde arabe que le jour de la chute du dictateur tunisien. Bien qu’il soit membre de l’Internationale socialiste, Ben Ali pouvait apparaître comme un modéré et un allié de l’Occident, donc pas vraiment le genre d’homme qu’on peut avoir envie d’apaiser ou de protéger à la Maison Blanche ces temps-ci, où on préfère tendre la main à des gens plus à gauche, et plus hostiles à l’Occident. 

Nul ne peut savoir non plus ce qui se déroulera dans les semaines à venir. On peut juste constater que, parmi les gens qui reviennent en Tunisie, il y a des femmes et des hommes épris de démocratie, mais, surtout, essentiellement, des gens de gauche ou d’extrême-gauche et, aussi, des islamistes.

On doit dire que c’est une période très dangereuse et très délicate qui s’ouvre. 

Le risque de contagion, dont on parle beaucoup, s’il n’est pas inexistant, me semble assez faible : même si le mécontentement gronde dans d’autres pays du monde arabe, ces pays sont très différents de la Tunisie pour des raisons que j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer. Absence de classe moyenne, moyens de répression plus féroces, censure plus stricte, armée intégrée pleinement à l’appareil du pouvoir. Cela dit, si une contagion se produisait néanmoins, elle, pourrait prendre rapidement les allures d’un cataclysme. En Tunisie, la menace incarnée par l’islam radical existe, sans être intense (l’enseignement de l’islam en Tunisie est sécularisé : cf.Lafif Lakhdar, « Moving From Salafi to Rationalist Education »,Meria, vol.9, mars 2005) ; dans les autres pays du monde arabe, elle est bien plus vive. 

Si le risque de contagion me semble faible, le risque intérieur à la Tunisie, lui, me paraît beaucoup plus grand. Je crois peu, je l’ai dit, à l’émergence d’une démocratie, qui aurait  besoin de bien plus de temps pour s’implanter. Je songe plutôt que ce qui se passe débouchera sur l’émergence d’une dictature assouplie reposant sur un nouvel homme fort. Mais je ne peux pas du tout exclure une détérioration de la situation, découlant des difficultés économiques qui se font d’ores et déjà sentir, et d’une poursuite du désordre. La population tunisienne s’est soulevée, au départ, en raison de hausses des denrées alimentaires, et cela est devenu une révolte contre le régime entier où toutes les rancoeurs accumulées sont venues se déverser : le prix des denrées alimentaires va encore monter, le chômage va monter aussi. Des difficultés financières vont venir : et si les clans Ben Ali et Trabelsi ont détourné des sommes énormes, on sait aussi que la facture provisoire d’un mois d’émeute dépasse le milliard et demi d’euros, ce qui est énorme pour un petit pays sans ressources énergétiques.  En ce contexte, toutes les dérives sont possibles, y compris les pires : celles incarnées par En-Nahda (la renaissance) qui, bien sûr, dans un premier temps, se dira « démocratique », très « démocratique ».

Comme le note Daniel Pipes dans un article consacré au sujet, on ne peut compter sur l’Europe, et particulièrement la France, pour gérer  ou tempérer d’éventuelles dérives. L’attitude des gouvernements européens et, en particulier, du gouvernement français, ces derniers jours, a été dictée par la peur de la « rue arabe » sur le sol européen, et c’est surtout en raison de cette peur que les dirigeants politiques ont, d’un seul coup, chargé Ben Ali de tous les péchés du monde. L’Europe et la France sont aujourd’hui très gravement touchées par l’aveuglement volontaire, l’opportunisme et l’esprit de soumission préventive. Les médias y sont largement aux mains d’idiots utiles et de compagnons de route de l’islam radical. 

On ne peut pas compter non plus sur l’administration Obama, sauf si elle changeait d’orientations du tout au tout. Si Obama devait adopter une stratégie à la Clinton en 1994, ce ne serait pas totalement impossible, mais je reste dubitatif. Un Congrès républicain pourrait inciter Obama à aller dans cette direction ? Peut-être. Mais il faudrait que les incitations soient fortes, très fortes. 

Dans divers articles, dont ma chronique dans le dernier numéro d’Israël magazine, j’ai défini l’année 2011 comme celle de tous les périls, cela reste plus que jamais exact.

Pour qu’on prenne la mesure des périls, je soulignerai une fois de plus ce qui doit l’être : le prix des produits agricoles et des matières premières énergétiques va s’accroître au cours des mois à venir sur toute la planète. L’Europe va être encore plus profondément déstabilisée par la crise de l’euro. La situation en Côte d’Ivoire, où l’idée d’organiser des élections pour réunifier un pays profondément clivé entre zones chrétiennes et zones musulmanes était une absurdité totale (sauf si on imaginait que les Chrétiens du Sud se soumettraient sans combattre), et toute action armée embraserait la région entière, où plusieurs pays, à commencer par le Nigeria, connaissent le même type de clivage. La situation au Soudan n’est pas du tout réglée : un vote a eu lieu au Sud Soudan, et  si l’abominable, à savoir un massacre, a été évité pour le moment (il semblerait que l’administration Obama ait arrêté le bras du général Bashir en lui faisant des promesses d’oublier ses crimes, de lui apporter des aides financières, et de le réintroduire dans la « communauté internationale », avec tous les honneurs dus au sang qu’il a déjà sur les mains), on peut se demander combien de temps  s’écoulera avant que revienne la violence. 

Au Liban, le Hezbollah accroît son emprise sur le gouvernement, et continue à amasser des armes. En Irak, le vide laissé par les Etats-Unis a permis le retour du très radical Moqtada al Sadr. La situation en Afghanistan est très instable, tout comme en Egypte, en Iran et au Pakistan. L’intérêt de la Russie et de la Chine est d’instrumentaliser ce désordre général pour continuer à placer leurs pions et à avancer vers un monde plus sûr pour les dictatures. 

Le tort essentiel de Ben Ali n’a pas été la corruption, la brutalité, la censure, non : tout cela, je l’ai écrit, est monnaie commune, et en bien pire, dans tout le monde arabe. Le tort essentiel de Ben Ali a été d’être l’allié du camp le plus faible en ce moment : le monde occidental. Son tort est aussi de n’avoir pas été ouvert à la propagande anti-israélienne et antisémite qu’on apprécie tant dans les autres dictatures  arabes, et qui leur valent la sympathie de tant de gens très à gauche en Europe et en Amérique du Nord.

Si les chances d’émergence d’une démocratie sont minces en Tunisie, dans toute la région qui va du Pakistan au Maroc, ces chances sont nulles. Les potentialités de chaos  sont, par contre, intenses. Un monde dominé par un cartel de dictateurs anti-occidentaux soufflant sur les braises du djihadisme, vous en avez rêvé ? Il n’est pas impossible que ce monde advienne.  

Vous avez aimé l’Obama de 2008 et des deux années qui ont suivi ? Vous devriez apprécier le monde en 2011. Il y a, entre l’Obama de 2008 et le monde en 2011 une relation de cause à effet. 

Guy Millière

 

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