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Publié par Jean-Patrick Grumberg le 2 février 2011

Mon ami Avram Miller n'a pas de gros penchants pour la géopolitique. Il fait partie de ceux qu'il nomme lui même "les grands pères de l'internet" : ceux qui ont contribué à sa création. Sa participation, en tant que vice président d'Intel, fût de développer le modem et l'internet à haut débit, qu'on appelle aussi broadband, et sans lesquels l'internet n'aurait pas décollé.
 
Une fois n'est pas coutume, Avram vient de publier un article (1) sur l'Egypte ou il décrit l'extrême cruauté des faits, pour lesquels les journalistes français ont un mépris absolu.
 
"L'âge moyen en Egypte est 24 ans. Bien que l'économie égyptienne ait une croissance de 5% par an depuis plusieurs années, ce n'est pas suffisant pour absorber le nombre de jeunes qui arrivent sur le marché du travail. En fait, aucun pays développé à forte population, dans des conditions similaires, ne pourrait offrir d'opportunités économiques aux jeunes qui veulent trouver un travail, se marier et avoir des enfants."
 
"Bien que Moubarak était probablement plus intéressé à rester au pouvoir qu'à offrir un futur à sa population, je pense qu'aucun leader (note de JPG : pour les raisons mentionnées ci dessus), en Egypte, ne peut y arriver."
 
"Les jeunes égyptiens ont des smartphones, Facebook et Twitter, tandis que ceux qui détiennent le pouvoir ne savent même pas se servir d'un ordinateur". (note de JPG : et l'avenir économique réside dans les nouvelles technologies, dans la dématérialisation et le service)
 
En trois points, Avram Miller plante son projecteur sur la triste réalité égyptienne et plus largement, sur celle du monde arabe tout entier. Mettons nous un instant à la place de la population, dans la peau de la jeunesse. L'aide des Etats Unis, 1.3 milliard de dollars chaque année, une manne, ne leur rapporte aucun bénéfice. Leur avenir est bouché, sans aucun espoir d'éclaircie. Le présent est fait de misère, de chômage, et de désoeuvrement.
 
A coté tout près, le petit Israël prouve qu'on ne peut pas accuser la fatalité. Les israéliens vivent la prospérité économique, culturelle, démocratique et sociale. Israël incarne l'énergie créative du monde. Les jeunes travaillent, créent, se construisent une vie, font des enfants, et s'épanouissent, tout en contenant deux hordes terroristes à ses frontières.
 
J'imagine assez bien pourquoi la rue égyptienne est tentée d'éliminer Israël, cette preuve de son terrible échec, ce miroir insoutenable de sa médiocre existence. On appelle ça la jalousie. Je peux comprendre aussi que la nullité économique et créative des égyptiens les pousse vers la tentation spirituelle, vers l'Islam. Après tout, n'avons nous pas souvent nous mêmes tendance à blâmer les autres pour nos propres déficiences, n'est il pas plus facile de souhaiter que notre voisin n'ait pas cette si belle voiture plutôt que de tout faire pour en avoir une nous même ? N'a t-on pas, dans les moments de désespoir, la tentation de demander son aide au tout puissant.
 
Jean-Patrick Grumberg
 
(1) http://twothirdsdone.com/2011/01/31/the-macro-meaning-of-the-egyptian-revolt/
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