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Publié par Guy Millière le 11 février 2011

Nul ne peut anticiper ce qui surviendra ce vendredi et dans les jours qui viennent. Des émeutes et une vague de violence sont probables. Il n’en reste pas moins que ce qui s’est passé ce jeudi soir est un moment très important de la crise égyptienne. Ce moment avait été anticipé par fort peu d’analystes. Seuls ceux qui ont une connaissance réelle et profonde de la région ont vu juste : en l’occurrence, Barry Rubin, David Pryce-Jones, Daniel Pipes. Les autres se sont lamentablement trompés.

  1. Contrairement à ce qui n’a cessé d’être énoncé ces derniers jours, Hosni Moubarak ne part pas. Il reste, dans la position de chef suprême. Il délègue le pouvoir exécutif au général Soleimane, son fidèle bras droit.
  2. Des élections seront organisées, des réformes engagées, mais conformément au processus prévu par Hosni Moubarak.
  3. Les pressions exercées par l’administration Obama et par Obama lui-même se sont révélées vaines, voire, sans doute, contre-productives.

On peut ajouter à tout cela que la position dans laquelle s’est placé Obama est embarrassante, honteuse et légèrement au delà de la limite du ridicule : être Président de la première puissance, s’ingérer dans les affaires intérieures de l’Egypte jusqu’à exiger le départ du chef de l’Etat « immédiatement » et se voir répondre que l’Egypte n’a de leçons à recevoir de personne est une performance digne d’un disciple appliqué de Jimmy Carter. Avoir menacé de couper toute aide financière à l’Egypte et s’être vu répliquer par le monarque saoudien que si les Etats-Unis cessaient de payer, c’est l’Arabie Saoudite qui prendrait le relais, montre que le disciple dépasse le maître, et que Jimmy Carter est détrôné. Il y a désormais à la Maison Blanche un Président pire que le pire des Présidents. 

Un départ d’Hosni Moubarak dans la précipitation, un retournement de l’armée, auraient signifié un revers majeur pour le monde occidental, pour les Etats-Unis, pour Israël et pour tous les défenseurs de la liberté. Ce départ n’a pas eu lieu. L’armée garde sa place. Les islamistes ne passeront pas au pouvoir. La paix avec Israël ne sera pas menacée dans l’immédiat. L’Egypte n’abritera pas des foyers de terrorisme. La violence est néanmoins probable, disais-je, et, par ses propos, Obama a, au cours des dix derniers jours, mis sans cesse de l’huile sur le feu et parlé comme un irresponsable. 

Il est très vraisemblable qu’il fait désormais l’objet d’un mépris sans bornes d’Hosni Moubarak, du général Soleimane, mais aussi de l’armée égyptienne en son ensemble, mais je ne serais pas surpris que ce mépris soit partagé par tous les dirigeants politiques du Proche-Orient. Obama est un dogmatique aux idées dangereuses, mais c’est aussi un faible et un myope et, dans cette région du monde, on ne pardonne pas la faiblesse et la myopie, surtout quand elle s’accompagne d’une volonté d’humilier l’autre, et Obama a voulu humilier Hosni Moubarak. 

Les manifestations continuent alors que j’écris ces lignes. L’armée adoptera sans doute une attitude répressive si la violence vient. Et elle viendra, je pense. Il y aura des morts. 

Il n’y aura donc pas de démocratisation ? Je crains que non, il n’y en ait pas beaucoup en ces conditions.

Il aurait pu y en avoir si Obama avait contribué à gérer la situation de manière humble, discrète, et pas en donnant l’impression de vouloir jeter un allié fidèle des Etats-Unis, un homme qui, quels que soient ses défauts, a préservé la paix avec Israël et a combattu l’islamisme, comme une serpillière usagée. Obama a cru que l’armée égyptienne plierait à la façon de l’armée tunisienne, que Moubarak serait un deuxième Ben Ali, et qu’en faisant basculer l’Egypte dans un chaos propice à l’islamisme, il allait réussir un coup extraordinaire. Il n’a fait que se montrer comme un « organisateur de communautés » qui a dépassé son seuil de compétence, comme un calculateur cynique qui se trompe dans ses calculs, et comme quelqu’un qui sait attiser les flammes, mais pas du tout les éteindre. 

Si Obama n’avait pas encouragé les manifestants, les manifestations auraient cessé depuis longtemps. Il portera une très lourde responsabilité dans ce qui va se passer. Plutôt que la construction patiente de ce qui aurait pu aboutir à une démocratisation, il a choisi l’insurrection et les Frères Musulmans : il portera une lourde responsabilité aussi dans la non démocratisation, désormais probable. 

Comme l’a écrit Barry Rubin , Hosni Moubarak a montré qu’il était un guerrier, pas un collégien gauchiste attardé. Le collégien gauchiste attardé lui, a montré qu’il n’était pas un guerrier. A ce stade : Moubarak un – Obama zéro. La suite sera en train de se jouer quand vous lirez ces lignes. Elle risque d’être tragique.

Guy Millière

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