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Publié par Alexandre Del Valle le 8 mars 2011

Toute révolution doit être achevée faute de quoi elle tourne à la guerre civile ou finit par être récupérée par les extrêmes, comme on l’a vu en Iran en 1979 avec l’Ayatollah Khomeiny.

En Egypte encore plus qu’en Tunisie, le chaos qui s’installait n’était pas viable longtemps. Le pire scénario pour la stabilité au Proche-Orient serait le basculement de ce pays, officiellement allié à Israël, dans le camp islamiste radical. Le Raïs ne pouvait pas faire autrement que de transmettre ses pouvoirs à l’armée, seule structure de pouvoir organisée et encore populaire au sein des populations. Hosni Moubarak ne devait pas être plus « humilié » comme l’a requis son ami le roi d’Arabie saoudite qui a accusé les Etats-Unis d’avoir exercé des pressions "inacceptables et humiliantes" sur le président égyptien.

Cet argument a d’ailleurs permis à Moubarak et à d’autres dictateurs arabes d’accuser les manifestants d’être des « agents » de l’Occident. En fait, chaque camp accuse l’autre d’être celui des « mauvais égyptiens » et autres « impérialistes ». Mais en fait, l’Occident n’est pas responsable de la pérennité des dictatures arabes instaurées par ceux-là mêmes qui combattaient les puissances coloniales.

L’argument consistant à accuser l’étranger de tout et son contraire ne tient plus.

Par contre, ce qui est clair, c’est que les militaires égyptiens ont convaincu le raïs de partir avant de l’y contraindre par la force, le laissant ainsi quitter la capitale avec sa femme. L'armée n'est pas prête à laisser cette révolution être récupérée par les Frères musulmans, alliés du Hamas terroriste qui attend son heure à Gaza.

La crainte formulée par Nicolas Sarkozy estimant qu’une « dictature religieuse » ne serait pas mieux que celle de Moubarak a choqué certains mais elle était en fait réaliste prémonitoire. Et cette crainte n’est pas imposée par l’Occident mais satisfait pour le moment tous ceux qui ne veulent pas se se faire voler leur révolution.

Quelques bémols tout de même : l’Iran totalitaire, le Hezbollah libanais, les Frères musulmans ont laissé éclater leur joie. Cela annoncerait-il un futur régime militaro-islamiste ? L’avenir le dira.

Ensuite, en Libye, chez le « Guide » mégalo et psychopathe Muammar Kadhafi, les choses sont en train de se gâter sérieusement : le sang a déjà beaucoup plus coulé qu’en Tunisie ou en Egypte. Pourquoi ? car les révolutions démocratiques pacifiques ne peuvent pas réussir sans des carnages là où les despotes se contre-fichent de la communauté internationale, empêchent les journalistes de circuler, comme en Corée du Nord ou en Iran, et ont instauré de « vraies » dictatures ».

Enfin, dans des pays comme Bahrein, les « révolutions de velours », comme on les a appelées, peuvent libérer des forces d’opposition plus dangereuses encore, puisque dans ce pays, l’opposition est en grande partie chiite et islamiste, et risque d’être instrumentalisée par l’Iran, qui revendique d’ailleurs ce pays, dirigé par une minorité de sunnites. Rendez-vous donc dans quelques jours… En attendant, ce nouveau mai 68 des pays du Sud gagne à présent l’Inde et même l’opposition chinoise.

Alexandre del Valle.

L'article original peut être consulté sur le blog d'Alexandre del Valle.

 

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