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Publié par Michel Garroté le 21 mars 2011

Nos musulmans ne doivent pas prier dans nos églises

Michel Garroté à Tel Aviv

Certes, je me trouve actuellement à Tel Aviv. Cela dit, j’observe, aussi, ce qui se passe en Europe en général ; et en France en particulier. Il y a peu, j’ai publié un article sur le Collectif banlieues-respect selon lequel les musulmans en France devraient pouvoir occuper régulièrement nos églises – lorsque nous n’y sommes pas – pour effectuer leurs prières mahométanes. En clair, les musulmans en France voudraient prier dans les églises de France.

Pour ce qui me concerne, la réponse à cette demande est : non.

A ce propos, voici une analyse du Père Khalial Samir Samir, islamologue, qui appelle l'islam en Europe à devenir plus "européen" et moins "arabe". Une analyse à lire, à relire et à diffuser. Ci-après, je reproduis des extraits (adaptés) de l’analyse du Père Khalial Samir Samir.

Mercredi 11 Mars 2011, par un communiqué de presse, le Collectif banlieues-respect a demandé aux structures responsables de l'organisation de l'Eglise de France, la "mise à disposition des églises vides pour la prière du vendredi" des musulmans. Hassan Ben Barek M., porte-parole du Collectif, a déclaré que cette mesure permettrait "d'éviter que les musulmans prient dans la rue" et qu'ils ne soient pas "otages des politiciens".

En effet, depuis plusieurs années, tous les vendredis, à côté des dizaines de mosquées en France, les musulmans bloquent les rues environnantes pour une heure ou deux, étendant un tapis sur le sol pour prier. Dans de nombreux cas, les autorités locales ferment les yeux sur cette infraction et, dans certains cas, la police est là pour assurer la sécurité de ceux qui bloquent les rues. Cette situation s'amplifie de plus en plus en France (par exemple, Lyon, Marseille, Montpellier, Montreuil, Nice, Paris, Puteaux, Strasbourg, Torcy …). Une situation que l'on trouve partout dans le monde (Athènes, Bruxelles, Birmingham, Cordoba, Moscou, New York) et aussi en Italie (Albenga, Canicattì, Côme, Gallarate, Milan, Modène, Moncalieri, Naples, Rome). Dans le monde musulman, ce phénomène est bien présent, en particulier en Egypte. En Décembre 2010, à Lyon, Marine Le Pen (Front National) avait dénoncé la "prière de rue" des musulmans, conduisant à des réactions négatives à l'égard de la communauté musulmane en France.

Je ferai 3 observations : 1. La première sur la cause de cette demande, à savoir le manque d'espace dans les mosquées; 2. La seconde sur une des conséquences de ce manque d'espace, à savoir bloquer les rues près des mosquées; 3. La troisième sur la solution proposée pour résoudre ce problème, à savoir "la mise à disposition des églises vides pour la prière du vendredi". Il y a à Paris quelque 75 lieux de culte musulmans, dont on peut trouver le détail pour chacun des 20 arrondissements (Ici). Mohammed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman (CFCM), professeur de mathématiques à l'Université d'Avignon depuis Juin 2008, dans une intervention très modérée et réfléchie le 15 Décembre 2009 sur Europe 1 affirma que si l'on estime le nombre de musulmans en France à cinq millions (certains disent quatre millions) et en supposant que 17% d'entre eux vont à la mosquée le vendredi, il y aurait environ 850’000 personnes. En supposant que pour chaque personne, on ait besoin d'un espace de 1×2 mètres, il faudrait une capacité des lieux de culte musulman de 850 mille m². Il y a actuellement environ 250’000m². Il faudrait donc trois fois plus d'espace dans les mosquées. Les chiffres sont évidemment variables. Il est pratiquement impossible d'estimer le nombre de musulmans en France puisqu'aucun document français n'indique la religion. Quant à la proportion de pratiquants, elle est encore plus difficile à évaluer. D'autre part, il est inhabituel que les femmes musulmanes aillent à la mosquée pour prier, celles qui veulent prier le font plus facilement à la maison, ce qui réduit l'espace requis pour les lieux de culte.

Un an plus tard, dans une autre interview du même Moussaoui, datant du 22 Décembre 2010, on lit ce qui suit: "Une étude sur la surface cultuelle musulmane affirme que 300 000 m² sont actuellement disponibles en France. Il en faudrait le double, selon le CFCM. Aujourd'hui, 150 projets seraient en construction dans tout le pays. Ce qui est "un rattrapage indéniable" pour Moussaoui. (source). Même en supposant qu'il faille le double d'espace, c'est la communauté musulmane qui doit résoudre le problème. L'Etat ou l'Eglise n'ont rien à voir là-dedans. Le même Moussaoui affirmait en décembre 2009 dans une interview à la télévision, que ce n'est pas l'Etat français qui doit financer les mosquées, mais les musulmans avec l'aide de fonds de l'étranger. D'autre part, si on ne veut pas alimenter les réactions négatives envers la communauté musulmane, il faudrait réexaminer la pratique généralisée des maires de consentir des baux à long de la terre (le plus souvent pour un euro par an) pour la construction de mosquées. L'ordonnance du 21 avril 2006 a permis de telles concessions "en vue de l'attribution à une association de culte d'un édifice religieux ouvert au public". Dans de nombreux cas, le tribunal administratif a estimé que ces pratiques sont "assimilables à une subvention déguisée", qui est contraire à la loi de 1905.

Comme nous l'avons dit, cet usage est commun dans les pays musulmans. En effet, la croissance démographique, ainsi qu'une ferveur religieuse renouvelée, ont fait que les mosquées et les lieux de culte existant ne sont pas suffisants pour contenir tous les fidèles le vendredi à midi. Puisqu'on se trouve dans les pays musulmans et que la séparation entre religion et politique est quasiment inexistante, les fidèles ont pris l'habitude d'occuper les trottoirs et les rues à proximité des mosquées, et de détourner le trafic. Depuis une bonne dizaine d'années, ce phénomène s'est également développé en Europe, même s'il est parfaitement illégal, puisque la rue appartient à tous, les passants et les automobilistes. Cette situation est reconnue comme totalement inacceptable par tous les gens raisonnables, indépendamment du principe de laïcité. Elle le devient encore plus si l'on tient compte du fait que ces exceptions n'ont plus rien d'exceptionnel, car elles lieu tous les vendredis. Et puisque qu'elle ne s'applique qu'à une religion spécifique, l'islam, l'impression d'un grand nombre est qu'il s'agit d'une "invasion" de la terre, une sorte de "conquête" du territoire national par les "musulmans. "Il n'y a pas de motif pour justifier cette occupation.

Au contraire, si un groupe de personnes (musulmans, chrétiens ou d'autres religions) demandait de façon exceptionnelle l'occupation de la rue pour un temps limité, une fête ou une cérémonie, cela ne poserait pas de problèmes. Il me semble que la situation actuelle ne fait que renforcer la réaction d'islamophobie et la justifie. Et cela me semble un point fondamental. Il est devenu banal de parler à tort et à raison d' "islamophobie". Il peut y avoir certes des raisons plus ou moins racistes, ce qui est totalement inacceptable, même si cela se produit partout. Mais si des personnes, au nom de leur groupe d'appartenance se comportent d'une manière contraire aux lois et règles ou tout simplement aux traditions et aux coutumes, ces personnes sont responsables des réactions de rejet qui en ont résulté.Dans ce cas précis, les musulmans sont en partie responsables de l'islamophobie qui tend à grandir dans toute l'Europe. Il appartient aux musulmans eux-mêmes de protester contre ceux qui prêtent le flanc à ces réactions secondaires et d'éduquer leurs coreligionnaires.

En outre, le fait que le phénomène de la prière dans la rue est né et se maintienne le plus souvent dans les pays musulmans, signifie que le problème n'est justement pas de l'Occident, mais de l'islam. Je m'explique: beaucoup justifient ce comportement aberrant (l'occupation d'un lieu public par un certain groupe) avec le fait qu'il n'y a pas de place pour ce groupe. Ceci laisse donc entendre que ce groupe (dans ce cas les musulmans) est maltraité ou victime de discrimination. Ce n'est pas le cas, parce que dans les pays musulmans la situation est identique, et encore plus répandue. L'explication est que le "système de la prière musulmane" n'a pas été repensé pour la ville moderne. Si on appliquait ce système pour les chrétiens, par exemple, les rues seraient complètement bloquées. Si tous les chrétiens étaient tenus de se réunir dimanche à midi, il est certain qu'aucune église ne pourrait les contenir. Ce fut autrefois un problème, et cela l'est encore pour l'Eglise copte. Il n'y a qu'une seule église pour la célébration de la messe le dimanche, qui réunit toute la communauté.

D'où la nécessité de construire deux lieux de culte superposés (pour l'Église copte) ou accepter d'avoir un grand nombre de messes par église. En outre, au cours du Concile Vatican II, l'Eglise  catholique a autorisé à anticiper la messe du dimanche au samedi soir, contrairement à toute la tradition, pour permettre au plus grand nombre de fidèles de participer à l'Eucharistie. C'est un problème interne à la communauté, qui, si elle est vivante, doit trouver des solutions pour s'adapter au monde et non pas demander au monde à s'adapter à elle.

Enfin, dans les dizaines de vidéos qui montrent des musulmans en prière dans la rue, qui peuvent être vues sur Youtube, par exemple, je n'ai jamais vu des femmes dans la prière. De deux choses l'une : soit c'est parce que ce n'est pas convenable, et donc, ça ne l'est pas non plus pour les hommes ; soit la prière du vendredi dans la mosquée n'est pas une obligation, et alors cela s'applique à tout le monde. A moins que ce ne soit parce que la prière publique est "une affaire d'hommes", probablement parce qu'elle a quelque chose de "politique".

La proposition du Collectif du 11 mars, demandant à l'Eglise de France, la "mise à disposition des églises vides pour la prière du vendredi" des musulmans, est surprenante. Ces "églises vides" sont des lieux consacrés et il ne viendrait pas à l'idée à un chrétien de les utiliser pour autre chose que des cérémonies liturgiques ou de la musique sacrée, même si une exception toujours possible. Il serait impensable de les utiliser pour célébrer un culte non chrétien.

D'autre part, une église qui servirait de mosquée devrait nécessairement être réadaptée pour les besoins de la prière musulmane. Il faudrait éliminer de nombreux éléments typiquement chrétiens et ajouter d'autres typiquement musulmans. Et par-dessus tout, ces "églises vides" ne sont pas destinées à rester vides, mais au contraire à être occupées dès que possible par une communauté chrétienne ou une communauté monastique, comme cela arrive de plus en plus dans toute l'Europe. Or, il semble peu probable qu'un tel local, une fois plus ou moins converti en mosquée, puisse être "repris" et redevienne une église. Ce serait alors un grand dommage pour la communauté musulmane et pourrait conduire à beaucoup d'amertume et de conflits interreligieux. Les chrétiens seraient alors accusés d'être islamophobes, revanchards, irrespectueux des sensibilités musulmanes, peu fraternels envers les autres et ainsi de suite.

Enfin, pour un instant, imaginons le contraire. Si dans un pays musulman (l'Egypte ou l'Algérie, par exemple) les chrétiens autochtones (en Egypte) ou émigrés (en Algérie) demandaient aux musulmans de leur donner une mosquée, car ils ont beaucoup, ou de prêter pour le dimanche, ou seulement pour les grandes parties: Noël, l'Épiphanie, le début du Carême, Pâques, Pentecôte et l'Assomption, quelle serait la réaction des musulmans ?

En conclusion, il me semble important que soit établi en France et en Europe une nouvelle relation entre la communauté musulmane et la population européenne, une relation fondée sur la coopération, l'amitié et l'estime mutuelle. Il existe des deux côtés des franges extrémistes, qu'il faudrait aider à dé-fanatiser. Les musulmans français représentent moins de 10% de la population ; ailleurs en Europe la proportion est plus faible. L'islam pose un problème à l'Europe car il n'est pas vécu simplement comme une religion, mais aussi une culture qui pénètre tous les domaines de la vie quotidienne. Par conséquent, il peut y avoir un conflit de cultures. L'Europe a travaillé pendant des siècles pour séparer la religion et la société et tout y est marqué par une culture chrétienne sécularisée. Je pense que la communauté musulmane doit faire un sérieux effort pour accepter que le phénomène religieux reste, autant que possible, une affaire privée. Plus l'islam ira dans cette direction, moins il trouvera d'opposition. Cela ne signifie pas être moins musulmans, mais l'être plutôt d'une manière différente, plus intérieure.

Demander à l'Église de mettre à la disposition des musulmans les églises actuellement inutilisées, c'est mettre l'Eglise catholique dans un grand embarras, au moment même où l'effort des croyants est de ré-évangéliser ceux qui se sont éloignés de la pratique chrétienne. Demander à l'Etat et à la population des subventions publiques, c'est mettre dans l'embarras le gouvernement et la population. Mieux vaut compter sur ses propres forces et la solidarité des fidèles musulmans. Selon le président du CFCM, il y aurait actuellement environ 150 lieux de culte en construction. À mon avis, pour que les musulmans et l'islam ne soient pas vécus comme un corps étranger, un grand effort doit être fait dans la formation d'imams français, qui soient parfaitement intégrés dans la culture et la mentalité françaises et européennes.

Tant que l'islam sera culturellement "arabe", aussi longtemps que les musulmans auront le sentiment que pour être un vrai musulman, il faut se rapprocher de la culture d'origine arabe, il y aura un malaise. C'est, selon moi, la vocation des musulmans européens : créer une interprétation occidentale (française, européenne) de l'islam, qui harmonise la foi et la spiritualité musulmanes avec la modernité occidentale, à savoir, avec la laïcité et les droits de l'homme. Je suis convaincu que cela est possible – et c'est en route – mais cela nécessite un effort de tous pour arriver à destination ; et, surtout, cela nécessite le désir de vouloir un islam ainsi conçu. Enfin, comme suggéré au point N°3, il faut peut-être se demander comment maintenir le principe de la "prière de communauté" (salât al-jumu’ah), en repensant peut-être ses modalités pour tenir compte des réalités pratiques et culturelles. En d'autres termes, s'il y a conflit d'intérêts, il faut, avant tout, chercher l'objectif voulu dans la loi, la shari’ah (maqâsid al-shari’ah), plutôt que dans la lettre de la loi, de la shari’ah (Fin des extraits – adaptés – de l’analyse du Père Khalial Samir Samir).

Correspondance de Michel Garroté à Tel Aviv.

Source :

http://benoit-et-moi.fr/2011-I/0455009e5f0781801/0455009eac1002301.html

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