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Publié par Guy Millière le 24 mars 2011

 

(Troisième extrait de mon livre « Comme si se préparait une seconde Shoah ») 

En 1945, les dirigeants de l’Europe d’après-guerre ne pensaient pas qu’un Etat juif naîtrait et vivrait au Proche-Orient. On pourrait même dire qu’ils ne le souhaitaient pas vraiment.  

La « solution finale » venait tout juste d’être interrompue et brisée, l’Europe était face aux disparus, aux cadavres et aux rescapés, et les dirigeants de l’Europe songeaient déjà à regarder plus loin.  

Garder quelques Juifs sur le sol européen, peut-être, ils pouvaient l’envisager. Laisser partir les autres, éventuellement. Mais les laisser se rendre au Proche-Orient ?  Leur permettre de rejoindre d’autres Juifs, et de (re)créer un pays ? 

La région proche-orientale était alors en train de quitter les mains de la France et du Royaume-Uni qui s’étaient partagés les restes de l’Empire ottoman après 1918, et elle avançait vers l’indépendance. Celle-ci était acquise pour le Liban depuis 1943, et pour la Syrie depuis 1944, l’Irak allait la trouver en 1947.  

Il y avait eu la déclaration d’Arthur James Balfour, ministre des Affaires étrangères de Sa Majesté, transmise au mouvement sioniste de Grande-Bretagne et d’Irlande en 1917, promettant la création d’un « foyer national juif », bien sûr. Et celle-ci avait constitué un engagement formel. 

Il y avait eu un territoire appelé Mandat palestinien qui avait été confié au Royaume-Uni en 1920, à la conférence de San Remo, par la Ligue des Nations, pour y créer le dit « foyer national ».  

Mais il y avait eu aussi l’odeur âpre et prenante du pétrole, des intérêts concrets à gérer…   

Le Royaume-Uni allait créér, sur quatre vingt pour cent du territoire du Mandat, l’émirat de Transjordanie qui allait devenir le Royaume de Jordanie.

Sur les vingt pour cent restants, il allait œuvrer pour qu’il y ait le moins possible d’immigration juive, et le plus possible d’immigration arabe.

Il avait entériné, dès 1921, l’accès à la position de mufti de Jérusalem d’Amin al-Husseini, antisémite notoire, organisateur de massacres de Juifs, qui était ensuite allé travailler pour Adolf Hitler et Heinrich Himmler à Berlin.  

Les vingt pour cent restant pourraient devenir un Etat arabe de Palestine. C’est ce qu’aurait voulu le Royaume-Uni. C’est ce que les dirigeants européens, d’une manière générale, étaient prêts à accepter.   

Il y avait les populations juives sur place, certes, et elles s’étaient, pour ne pas tomber sous les coups de hordes arabes de plus en plus nombreuses, organisées en milices d’autodéfense, la Haganah, l’Irgoun, puis, le Lehi (Lohamei Herut Israel) beaucoup plus radical.  

Il fallait régler le problème.  

On laissa le Royaume-Uni fermer le territoire aux Juifs tentant d’échapper aux nazis entre 1942 et 1945, puis s’en prendre aux bateaux emplis de rescapés d’Auschwitz qui faisaient route vers la côte à hauteur de Haïfa. On lui permit, même, de renvoyer ces rescapés derrière les barbelés à Chypre, voire dans les camps nazis tout juste désaffectés.  

On s’entendit avec lui pour qu’il remette ensuite le dossier aux Nations Unies sitôt celles-ci furent instituées, et on contribua à l’élaboration d’un plan de partage des vingt pour cent restant.  

La motion qui fut adoptée le 29 novembre 1947 parlait d’un Etat juif et d’un Etat arabe. L’Etat juif était tracé sur trois lambeaux de désert. Les pays arabes de la région ne seraient pas très contents et ne se contenteraient pas de quatre vingt dix pour cent des terres du Mandat. Mais ils géreraient la situation. A leur manière. Et nul n’avait de difficulté à imaginer ce que serait leur manière.

     Guy Millière

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