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Publié par Guy Millière le 31 mars 2011

Bernard-Henri Lévy l’a décrété, et il vient de le répéter dans un entretien donné en anglais à Global Viewpoint Network : la campagne menée contre Muammar Khadafi est belle et bonne puisqu’il la soutient et puisqu’elle repose sur un mandat de l’ONU.

En somme, l’ONU, au Conseil de Sécurité de laquelle la Chine et la Russie, pays très démocratiques, ont droit de veto, et au sein de laquelle existe un conseil des Droits de l’Homme qui ne cesse de fouler aux pieds la notion de droits de l’homme, est, dit Lévy, légitime. En somme aussi, c’est ce qu’il ajoute aussitôt, le texte promulgué à l’ONU n’interdit pas une campagne contre Muammar Kadhafi.

Le texte, certes, ne parle que de création d’une zone de non survol, et de rien d’autre, mais Lévy, tout en disant le respecter, l’outrepasse allègrement. En somme, il invoque le caractère sacrosaint de la légitimité de l’ONU et, aussitôt, se moque comme d’une guigne de celle-ci. Par contre, il dénonce le caractère illégitime du changement de régime en Irak, car l’ONU, là, n’a rien ratifié.

Mieux vaut, selon Lévy, une campagne menée sous l’égide de l’ONU, et outrepassant allègrement ce qui se dit à l’ONU, qu’une campagne menée sur des bases claires et nettes, hors du cadre de l’ONU. La philosophie rend plus intelligent, je n’en doute pas. J’en vois les résultats.   

Nicolas Sarkozy, bien sûr, parle comme Bernard-Henri Lévy, devenu soudain, dans l’atmosphère de débâcle qui règne à l’Elysée, son principal conseiller, et s’obstine à évoquer des « civils » qu’il fallait « protéger ». Il semble penser que nul ne s’apercevra que des opérations militaires sont menées, en Libye, qui vont bien au delà de la protection de « civils », et que les « civils » en question sont bien armés et en pleine offensive militaire contre l’armée libyenne, dans le cadre de ce qu’il faut bien appeler une guerre civile.

Nicolas Sarkozy invoque lui-même la légitimité conférée par les Nations Unies, et s’attend à ce que nul ne lui pose de questions gênantes telles que : pourquoi prendre partie dans une guerre civile ? quels sont les objectifs réels des opérations ? qui sont vraiment ces « civils » et pourquoi ces « civils » mènent-ils une guerre offensive ?  

Officiellement, répondrait-il, il n’y a pas de guerre civile en Libye, la France ne prend pas partie, même si elle souhaite visiblement un changement de régime, car elle n’intervient pas pour qu’un changement de régime s’opère : lisez le texte proclamé à l’ONU ! Officiellement, il n’y a pas d’objectif différent de celui indiqué à l’ONU, et les « civils » sont vraiment des « civils ». Comment peuvent-ils mener une guerre offensive ? Nul ne le demandera. Est-ce qu’il n’y a pas des civils à Tripoli et Syrte ? Nul ne le demandera non plus.

David Cameron, lui, parle comme Nicolas Sarkozy, et semble recopier ses discours sur ceux de son compère français, ce qui lui évite les risques de l’improvisation qui, lorsqu’on est en plein mensonge, deviennent vite périlleux.  

Barack Obama, enfin, tente de calquer ses paroles sur celles de Nicolas Sarkozy et de David Cameron, ce qui lui permet de mener à bien l’une des tâches qu’il s’était fixée en entrant à la Maison Blanche : effacer la position des Etats-Unis en tant que principale puissance du monde libre, les faire rentrer dans le rang comme s’ils étaient un pays insignifiant, une sorte de grande Belgique, les soumettre aux desiderata des Nations Unies (ce qui doit mettre Bernard Henri Lévy en extase), les placer sous les ordres d’un général canadien ou d’un ministre danois.

Nul ne dira, en France, que Barack Obama viole la constitution des Etats-Unis qui stipule que si le Président est le chef des armées en cas de guerre, c’est le Congrès qui déclare la guerre. Barack Obama dira, c’est vrai, qu’il ne viole rien parce que les Etats-Unis ne sont pas en guerre, bien sûr, et il ajoutera qu’il a à répondre à des volontés autrement plus fortes et plus importantes que celles du peuple américain et de ses représentants : les Nations Unies, bien sûr, mais aussi la Ligue arabe, la France, le Royaume-Uni, Bernard-Henri Lévy, l’émir du Qatar, l’Organisation de la Conférence Islamique. 

Nul ne dira, en France, que c’est la première fois dans l’histoire qu’un Président américain place l’armée de son pays en position de subordonnée et de prestataire de service d’une cohorte aussi hétéroclite, la place en situation de guerre sans parler de guerre, et l’expose au danger en mentant sur les buts poursuivis.  

Nul ne dira en France que lorsque George W. Bush est intervenu en Irak, il s’est adressé au peuple américain d’emblée, et au Congrès, qui a déclaré la guerre. Il n’a pas placé l’armée américaine en position de subordonnée et de prestataire de service. Il a parlé de guerre et a énoncé explicitement les buts poursuivis. 

Nul ne prêtera attention au fait que l’une des accusations les plus souvent portée contre Kadhafi chez ses ennemis libyens est d’être juif, vendu aux sionistes et à l’impérialisme : si des « civils »insurgés n’étaient pas antisémites, anti-sionistes et anti-impérialistes, ce ne seraient plus des « civils » insurgés, je sais.    

Nul ne prêtera attention non plus au fait que les appels au combat à Benghazi sont, pour l’essentiel, des appels au djihad, ou au fait que ceux qui dirigent les opérations militaires des « civils » insurgés sont des anciens du djihad en Afghanistan ou en Irak. On dira, au contraire, qu’il faut leur fournir des armes en plus grande quantité et des « conseillers spéciaux ».

Nul n’accordera foi aux propos de chefs d’Etat africains qui parlent de l’implication dans les combats d’al Qaida au Maghreb Islamique, ou qui disent que ce qui se passe en Libye risque d’être une catastrophe pour l’Afrique subsaharienne, qui n’a pas besoin de catastrophes supplémentaires, ou d’un renforcement d’al Qaida au Maghreb islamique.   

On insistera sur le fait que c’est une vaste coalition : pensez, cinq pays ! Si ce n’est pas une vaste coalition. George W. Bush, lui était intervenu en Irak de manière unilatérale, avec une coalition de quarante pays. Si vous ne comprenez pas en quoi cinq pays constituent une vaste coalition et quarante pays une action unilatérale, demandez l’explication à un journaliste français.  

Certes : en Irak, l’armée américaine était sur le terrain, avec pour objectif l’installation d’une démocratie. Ce qui était une honte et justifiait les vociférations indignées qu’on a entendu alors, et le dédain méprisant de Bernard-Henri Lévy. En Libye, l’armée américaine bombarde et n’a absolument pas pour mission l’installation d’une démocratie, ce qui explique pourquoi nul ne s’indigne, et pourquoi Bernard-Henri Lévy est aussi lyrique.  

En Irak, en outre, les Etats-Unis menaient la guerre « pour le pétrole », éructait-on : pas une seule goutte de pétrole irakien n’a fini aux Etats-Unis, mais si ce qu’on dit était la vérité, à quoi la propagande servirait-elle ?  

En Libye, nul n’accusera les Etats-Unis de mener la guerre pour le pétrole. Surtout pas en France et en Grande-Bretagne. Car le pétrole libyen est censé approvisionner, précisément, la France et la Grande-Bretagne.

Il est même avéré que, lorsque les « civils » insurgés ont semblé sur le point de l’emporter, la France et la Grande-Bretagne se sont engagées auprès d’eux, ce qui explique qu’au moment où Kadhafi a semblé inverser la situation, il y eut à Paris et à Londres un moment de panique. Mince ! Le pétrole libyen risquait d’être vendu ailleurs. Chic ! On pouvait utiliser le motif de la crise humanitaire pour intervenir militairement, et choisir le bon camp dans la guerre civile qui se dessinait : le camp prêt à vendre le pétrole à la France et au Royaume-Uni.  

Il restait à entraîner Obama dans l’aventure.

Obama ne tenait pas spécialement à renverser Kadhafi. Mais lorsqu’on lui a expliqué que face à Kadhafi, il y avait des gens soutenus par les Frères musulmans et al Qaida, lorsqu’on lui a dit que ces gens bénéficiaient du soutien de la Ligue arabe, de l’Organisation de la Conférence Islamique, son esprit changea. Lorsqu’on lui expliqua que cela permettrait une avancée décisive de l’islam radical, et que cela pousserait l’opinion à penser à autre chose qu’au totalitarisme iranien, son esprit changea davantage encore. Lorsqu’on lui expliqua qu’en invoquant la « responsabilité de protéger », il deviendrait possible d’incriminer Israël, voire d’agir militairement contre Israël, il fut convaincu.  

Il laissa la France et le Royaume-Uni se mettre en avant, et il prit la pose de la modestie. Il se conduit aujourd’hui comme si les Etats-Unis étaient devenus un pays insignifiant et soumis. Sa pose plait beaucoup en Europe. Elle plait beaucoup aussi chez les tenants de l’islam radical, qui savent toujours quoi faire lorsqu’un dirigeant occidental prend la posture du crétin ou du paillasson. Elle plait bien moins en Israël, mais qui s’intéresse encore au sort d’Israël ?  

Le fait que Kadhafi, sans aucun doute par opportunisme, ait coopéré depuis huit ans à la lutte anti-terroriste menée par le monde occidental ne compte pas pour les imposteurs qui pérorent. Comme les taureaux devant lesquels on agite un chiffon rouge, on leur dit « dictateur » et ils foncent tout droit.  

Kadhafi est un dictateur abominable ? Sans aucun doute, mais il y a parfois pire qu’un dictateur abominable : un pays en état de chaos, ou un dictateur abominable et soutenant le terrorisme et le djihadisme. Avec la folle équipée inspirée par Bernard-Henri Lévy, on peut être sûr du résultat : ou bien un Kadhafi qui sauvera sa peau et redeviendra un soutien du terrorisme et du djihadisme, ou bien un autre dictateur qui soutiendra le terrorisme et le djihadisme, ou bien un chaos durable, propice au terrorisme et au djihadisme. Il me semble qu’il y a un point commun dans tous ces résultats possibles : je me demande lequel…  

Si vous me dites : le terrorisme et le djihadisme, vous avez gagné.  

Vous parlez d’une issue démocratique ? Vous voulez rire.  

En parallèle, le Yemen bascule peu à peu vers al Qaida et les Frères musulmans, l’Iran d’Ahmadinejad est à l’offensive au Bahrein, la Syrie s’agite, mais Assad sait qu’il peut faire tirer dans la foule. Comme l’ont dit Obama et Hillary Clinton, c’est un « réformiste ». Cela va de soi, non ? Ils devraient même ajouter l’adjectif « modéré », qui sied parfaitement à quelqu’un qui soutient le Hamas et le Hezbollah.  

En décidant en 2003 de se rapprocher du monde occidental, Kadhafi avait demandé des assurances, et s’était fait promettre qu’on ne le trahirait pas. Il a cru aux promesses. La leçon de sa mésaventure va être tirée par les dictateurs de la région et de la planète entière : restez du côté du djihadisme et du terrorisme, c’est plus sûr.

Si la conférence qui vient de se tenir à Londres avait débouché sur des paroles franches, elles auraient dû être celles-ci : « nous conseillons aux dictateurs de la planète de ne jamais coopérer avec l’Occident, de soutenir le terrorisme et le djihadisme, car cela constitue pour eux une assurance vie. Nous leur conseillons aussi de s’allier à l’Iran, à la Chine et à la Russie, c’est pour eux une garantie de stabilité ».  Nul n’a tenu ces paroles. Nul ne les tiendra. La franchise n’est pas de mise en certains cénacles.  

En lieu et place de franchise, on a entendu ces mots : « mise en œuvre d’un cessez-le-feu immédiat, la fin des attaques contre les civils, et un accès humanitaire immédiat ». Il n’a pas été dit qui devait cesser le feu : l’armée libyenne ? Les « civils » ? Il n’a pas été dit quels « civils » devaient cesser d’être attaqués. Ceux qui mènent une offensive militaire ? Ceux vivant à Syrte et qui soutiennent le régime ?

Quant à l’aide humanitaire : elle repose sur des mots, seulement des mots. La guerre en cours a déjà coûté très cher. Elle va coûter plus cher encore. La conférence de Londres visait à ravaler la façade diplomatique des plus compromis et à limiter les dégâts, déjà considérables. Comme le Ministre de la défense américain l’a reconnu : il n’y a aucun objectif stratégique pour les Etats-Unis en Libye, et le régime libyen ne représentait pas un danger immédiat, à la différence d’autres régimes qui, eux, peuvent croître et multiplier en toute quiétude.    

Guy Millière

PS. Sachant que certains lisent les titres des articles, mais pas leur contenu précis : je précise à leur intention que je considère Kadhafi comme un dictateur sanguinaire, et que ma préférence va à la liberté, et pas au djihadisme. Et je laisse ici, en guise de sujet de méditation, une phrase de Nick Clegg, vice-Premier ministre britannique : « L’Occident devra peut-être accepter l’arrivée au pouvoir d’un régime islamiste en Libye ». L’Occident doit-il faciliter l’arrivée au pouvoir d’un régime islamiste en Libye. That’s the question.

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