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Publié par Guy Millière le 16 avril 2011

Le dernier livre de Michel Gurfinkiel a été publié récemment. Il a été entouré du silence médiatique qui accompagne dans ce triste pays la sortie des livres qui, plutôt que d’enfoncer des portes grandes ouvertes et de disséminer des lieux communs débiles et débilitants, apportent connaissance et lucidité. Et c’est effectivement un livre qui apporte connaissance et lucidité.  

Son titre est porteur, en ces heures où la dissémination de la haine anti-israélienne et le renouveau de l’antisémitisme avancent à grands pas, d’une gravité particulière. Et il pose une question qu’il semble effroyable de devoir poser, mais qui doit l’être néanmoins : Israël peut-il survivre ?  

La réponse se trouve énoncée en vingt-six chapitres clairs, incisifs, documentés.  

Michel Gurfinkiel commence par expliquer la situation particulière d’Israël : le pays n’a pas connu un moment de paix véritable depuis sa (re)naissance. Et les années qui ont précédé celle-ci n’ont elles-mêmes pas été des années de paix, très loin de là.  Si une guerre devait éclater, ce serait, à proprement parler la douzième. Cette situation est particulièrement douloureuse pour un peuple qui, en son histoire, a autant souffert que le peuple juif.  

Mais, poursuit Gurfinkiel, Israël, malgré cette situation, n’en est pas moins un pays dynamique, extraordinaire, un « miracle » permanent fait d’une myriade de miracles, porteur d’une expansion démographique sans pareille accompagnée d’une expansion économique elle-même sans pareille, tournée particulièrement désormais vers le domaine des hautes technologies.  

Peut-être, en un monde où l’envie est bien plus répandue que l’amour de la réussite, ce miracle explique-t-il pour partie la diffamation et les campagnes de haine, les falsifications de l’histoire et les incriminations malveillantes que subit Israël. Il faut en tout cas dissiper les mensonges, et c’est ce que fait, ensuite, Gurfinkiel.  

Expliquant qu’Israël n’est ni un Etat « colonial » ni un Etat « artificiel », il rappelle le passé, long et riche, la désertification imposée par les conquérants, l’exil, l’espoir du retour vers une terre qu’il a fallu abandonner et qui n’offrait plus aux visiteurs du dix-neuvième siècle qu’un visage de désolation. Il souligne la pleine légitimité, en droit international, du Mandat palestinien, l’inexistence d’un « peuple palestinien » selon les critères qui permettent de définir un peuple, l’évolution du discours des dirigeants arabes, passant de propos énonçant que le rapprochement entre le monde arabe et le monde israélite ne peut être que fécond, à une haine que le clan Husseini saura vilement attiser.  

La suite est connue, mais, avec brio et érudition, Gurfinkiel, apporte de nouveaux éclairages.

Sur le départ des Arabes qui quittent le territoire d’Israël, au moment de ce qu’ils appelleront la Naqba, terme forgé au départ pour désigner l’année 1920, et non la (re)création d’Israël.

Sur le départ forcé des Juifs du monde arabe.

Sur le sort des populations chrétiennes au Proche-Orient.

Sur les crimes et destructions commis par les pays arabes vis-à-vis des villages juifs situés dans les terres prises par la prédation armée en 1948-49.

Sur la pérennisation du statut des réfugiés arabes et la création de cette agence très particulière qu’est l’UNRWA qui, dit Gurfinkiel, a conduit la société palestinienne à une culture de l’irresponsabilité et  de la duplicité. 

Dissiper les mensonges, poursuit Gurfinkiel implique de comprendre aussi que la détestation d’Israël a des dimensions métaphysiques qui renvoient à l’antisémitisme chrétien et musulman. Dans l’islam comme dans le christianisme, le « déni des origines juives » de la religion joue un rôle essentiel.  

Les mensonges, si répandus, rendent le passage de la guerre à la paix particulièrement complexe et difficile. L’organisation politique du monde arabe, les alliances dont celui-ci dispose dans le camp dit « anti-impérialiste », complexifient encore la situation.  

Israël, note Gurfinkiel, reste l’Etat « qu’on aime haïr ». Mais, continue-t-il, il n’en sera pas toujours inéluctablement ainsi. Les intérêts pétroliers dans le monde occidental ont joué un rôle vénéneux, mais ils sont destinés à décroître. Un lobby saoudien existe aux Etats-Unis, très ancré, financé par l’argent du pétrole, et il dispose de réseaux qui infiltrent les organisations de défense des droits de l’homme et le secteur des affaires, mais le peuple américain est très attaché à Israël pour des motifs qui tiennent à ce qui a fait l’Amérique : « américanisme » et judaïsme sont très proche, dit Gurfinkiel.  

L’élection d’Obama a constitué un danger majeur, car Obama est un ennemi absolu d’Israël, mais, pense Gurfinkiel, Obama a échoué largement dans sa volonté de détruire l’Etat du peuple juif. Cette volonté n’a pas disparu chez Obama et au sein de la gauche américaine. Elle est très présente au Proche-Orient où l’Iran est particulièrement menaçant. Elle est très ancrée en Europe.  

Gurfinkiel pense qu’Israël a néanmoins les moyens de l’emporter et de vivre.  

Je partage ce message final. Et je ne doute pas qu’Israël vivra. Ce message est, bien sûr, très « politiquement incorrect » en France.  

Raison de plus pour lire Gurfinkiel. Dès que possible.

Guy Millière

Michel Gurfinkiel, Israël peut-il survivre ?*, Hugo et Compagnie, 2011, 304p., 19€ 50.

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