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Publié par Alexandre Del Valle le 23 avril 2011

Selon plusieurs observateurs, l'envoi d'instructeurs français, anglais et italiens et de drones américains en Libye, l'acheminement d'armes aux insurgés, via des Etats comme le Qatar, puis la reprise de places stratégiques par les rebelles, laissent penser que le régime libyen vacille. Si ce scénario se confirme, le choix – au départ fort risqué – de Nicolas Sarkozy de soutenir la rébellion constituera un succès de la diplomatie française. Il est vrai que le président français a beaucoup misé sur la Libye et a pris de court ses alliés, y compris les Etats-Unis, enlisés en Irak et en Afghanistan. La crise libyenne a marqué le retour des puissances ouest-européennes sur la scène internationale, surtout le couple franco-anglais (appuyé par l'Italie), même si le président de l'Union européenne, Herman Van Rompuy, et la haute représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la Sécurité, Catherine Ashton, en sont les grands absents…

 
Mécontents de cet activisme franco-anglais, certains annoncent un enlisement, tel le ministre des Affaires étrangères russe, Serguei Lavrov, qui a dénoncé l'envoi d'instructeurs européens en Libye, assimilé à une "opération terrestre". De son côté, le chef d'état-major interarmés américain, l'amiral Mike Mullen, parle de risque d'enlisement. Mais il a lui-même reconnu que les frappes aériennes ont réduit de 40 % les forces terrestres de Kadhafi. Certes, l'envoi d'officiers instructeurs français et anglais pose un problème d'interprétation de la résolution onusienne 1973, qui ne prévoit pas d'intervention au sol ou de changement de régime.
 
Mais, les insurgés étant très mal équipés et peu formés face aux forces pro-Kadhafi (qui ont su s'adapter aux bombardements aériens en adoptant des techniques de guérilla et en misant sur leur supériorité au sol), que proposent les pacifistes qui exigent une stricte application de la résolution de l'ONU ? Empêcher les insurgés de s'armer et de bénéficier d'instructeurs et laisser les mercenaires de Kadhafi les écraser au nom de la « neutralité » et de la « légalité » ? Ce scénario est connu. Tant de massacres ont été commis à la barbe des soldats onusiens « neutres », au Liban, en Afrique ou ailleurs. En réalité, une fois « qu'on y est », on est condamné à agir jusqu'au bout. Et si l'on n'aide pas les insurgés au sol, la situation finale sera bien pire qu'avant l'intervention. On peut donc saluer la position, certes risquée, de la France en vue d'un règlement rapide de la crise libyenne, qui aura valeur d'exemple pour les autres despotes tentés de massacrer leurs oppositions, notamment en Syrie. 
 
Alexandre del Valle
 
L'article original peut être consulté sur France Soir
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