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Publié par Rachel Franco le 1 mai 2011

Ce n'est pas la première fois que je visite le musée de Yad Vashem et ce ne sera pas la dernière fois. Ce n'est pas qu'il faille cultiver la morbidité et la tristesse, mais il ne faut surtout jamais oublier la force et l'intensité de la nuit noire qui paralyse les consciences et finit par enterrer les cœurs libres. Dreuz.info nous permet de le rappeler.

C'est un labyrinthe qui s'ouvre sur la nuit. La pyramide semblait pourtant être suspendue sur les montagnes de Jérusalem et les journées, ici, sont le plus souvent bien ensoleillées.  Mais l'obscurité est là, à chaque pas que foule le visiteur, pris au piège de ses propres défaillances, de ces oublis, de son désir de vivre loin de toutes ces malédictions qui frappent ces pauvres êtres sans une seule sépulture.

Je ne pourrai, avec vous, partager la totalité des pensées et des sentiments qui ont été les miens durant cette visite ; c'est impossible. Cependant, puisque d'ici quelques heures, nous allons commémorer en Israël le jour de la Shoah, voici ma contribution de quelques-uns des moments forts de cette visite dans les entrailles de la nuit des hommes.

Yad Vashem est comme une pyramide dont les couloirs s'enfoncent et se rétrécissent et génèrent ainsi un sentiment d'étouffement ; ce n'est que vers la fin de la visite que l'horizon s'élargit peu à peu et s'ouvre sur une vue splendide des montagnes de Jérusalem comme si le visiteur était lui – même entre le ciel de Jérusalem, lieu de tous les espoirs et la terre des hommes, lieu de tant de désenchantements.

Le premier mur animé qui s'offre au regard est un mur triangulaire d'une vidéo des juifs dans l'Europe d'avant la mort programmée de plus de six millions d'entre eux. La camera erre de village en village et nous voyons les porteurs d'eau, les étudiants de yeshiva, les professeurs de musique et tout ce monde vivant qui ne sait pas encore la tourmente qui d'ici peu, va les emporter. Ces femmes et ces hommes, ces enfants et ces vieillards apparaissent puis disparaissent pour réapparaitre sur le mur, comme des fantômes vivants qui refusent de mourir devant nous. L'un des moments forts de cette vidéo est celui d'une chorale de jeunes enfants juifs qui chantent la Tikva, « l'espoir », qui deviendra quelques années plus tard, l'hymne choisi par Israël. Cette Tikva est d'ailleurs chantée à nouveau à la fin de la visite comme pour nous signifier que plus fort que la mort, c'est bien l'espoir qui est la force maitresse dans l'échiquier des relations humaines.

Puis les couloirs se suivent sans jamais se ressembler ; ici ce sont les vociférations d'Hitler et de ce peuple allemand dont on disait qu'il était le plus cultivé et le plus lumineux de tous les peuples civilisés. Qui a dit que la culture nous protège du Mal ? Qui peut dire qu'aimer la musique classique, les arts ou la philosophie peut être une garantie d'éthique et de moralité ? Nombre de juifs allemands ont été pris par les filets de cette illusion de l'esprit selon laquelle un peuple civilisé ne saurait faire de mal aux juifs.

La montée du nazisme en Allemagne est ressentie comme une oppression qui ne veut dire son nom, un malaise qui prend aux tripes et ne vous lâche plus. Les pancartes allemandes qui limitent aux juifs le droit de traverser les parcs, de prendre les transports en commun et qui, mesure après mesure, font d'eux les parias de la société, sont suspendues au dessus de nos têtes et sont visibles aussi sur les photos qui agressent nos regards de juifs… survivants de toutes les oppressions de l'histoire.

Les drapeaux allemands, les insignes, les outils de mesure des oreilles et des nez des juifs, les photos de ces pauvres hommes et femmes « mesurés » savamment par des docteurs en blouses blanches ajoutent au dégout qui s'installe durablement tout au long de cette visite.

Puis vient la nuit de cristal ! Un si joli nom pour une tuerie collective où un peuple entier est appelé à se lâcher pour tuer du juif. Je suis restée quelque temps en ce lieu où les vitrines s'effondrent dans un bruit de joie, où les hommes et même de bien jeunes personnes s'installent sur les balustrades pour mieux jouir du spectacle de cette nuit cristalline. Puis j'ai fait quelques pas pour reprendre de l'air loin de ces enregistrements hallucinants.

Mais le couloir ne laisse aucune autre issue que la poursuite de ce chemin dans la nuit des hommes. L'invasion de la Pologne, les synagogues incendiées, les hommes et les femmes humiliées devant un public en fête.

Mon Dieu, Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob… pourquoi tant de haine et tant de mal ? Pourquoi faut-il vivre sous la main d'Amaleck puisque notre fidélité T'est éternelle ?

Je ne sais plus si c'est à cet endroit qu'avec Eva, la plus jeune de mes filles, nous avons vu les tresses d'une enfant que sa mère lui a coupées avant d'être emportée avec sa fille dans les trains de la mort. Les Allemands n'auront pas tes jolies nattes, avait-elle dit et ces longues nattes sont là devant nous. Insupportable.

J'ai lu aussi la lettre d'une mère française jetée d'un train en stationnement dans laquelle elle supplie que l'on prenne soin de son petit Richard, son enfant de deux ans et la photo de cette mère et de son enfant viennent témoigner d'un temps de confiance à jamais révolu.

 Et les histoires se succèdent les unes aux autres, et les visages se suivent sans jamais se ressembler. Ici, c'est une femme qui tient son enfant et derrière elle, un nazi tend son revolver et va lui tirer une balle dans la tête, à bout portant. Là, c'est une femme presque dénudée, terrifiée qui court pour se sauver des Ukrainiens qui vont l'assassiner, sous le regard amusé des nazis. Et voici que surgit une charrette sur laquelle ont dû s'entasser les biens de ces juifs qui fuient la mort qui couvre l'Europe. Voici les ghettos et la faim qui tenaille les esprits et tue les plus faibles.

Les scènes sont lourdes et tout est mis en place pour que le visiteur ne soit plus un visiteur, mais un juif dans le ghetto de la mort annoncée. Les pavés sur lesquels nous marchons sont les pavés du ghetto ; il en est de même du lampadaire, du banc, de cette autre charrette qui a transporté tant de mes frères et de mes sœurs juifs. Et puis ce petit film terrible où meurent devant nos yeux les enfants du ghetto. Une petite fille en haillons est assise par terre près de son petit frère ou de sa petite sœur. La maigreur est si forte qu'il est impossible de le savoir. L'enfant vient à l'instant de mourir ! Et cette petite fille tente de le réveiller et s'aperçoit sans doute que l'enfant est mort, mais ne veut l'accepter et toute la peur et la douleur dans ses yeux comme si elle perdait à cet instant toute raison de survivre : seule au monde pour l'éternité. Et elle refuse et bouscule encore et encore l'enfant… en vain.

La solution finale, les charniers, les tueries, tant et tant de visages emportes dans la tourmente nazie, tant de souffrances que rien ne pourra jamais réparer, tant de larmes qui refusent de sécher, tant de cris qui s'étouffent sous la cendre, tant de peurs, tant de malheurs …pourquoi ?

Je pensais que les nazis exigeaient des juifs qu'ils se déshabillent avant de les tuer pour mieux les humilier; mon ainée qui est étudiante en histoire et travaille à Yad Vashem dans le département des Justes des Nations m'a appris que cette mesure avait été décidée en haut lieu pour pallier aux sentiments désagréables ressentis par les nazis à force de tirer sur des êtres dont les habits évoquaient identité et histoire personnelle.

Les nazis, qui sont-ils? Comment ont-ils pu se laisser prendre par la vague hitlérienne? Un long débat s'est instauré pour savoir s'il fallait accoler des visages aux noms des nazis àYad Vashem. Et la réponse a été positive. Ces visages sont sur des boites noires que l'on ouvre pour lire l'histoire de ceux qui ont fait tant de mal par conviction, par lâcheté ou pour obéir aux ordres…comme ils disent.

J'ai essayé de lire quelques uns de ces visages mais je ne sais plus lire; J'ai perdu la souvenance des lettres qui m'aidaient à comprendre le monde. J'ai regardé les yeux qui ont vu et se sont détournés; Ils ne m'ont rien révélé du secret de la racine du mal qui a germéen eux.  J'ai interrogé leurs lèvres qui, devant le malheur de mon peuple, ont gardé le silence; Elles sont restées closes. Je me suis détournée des ces corbeaux de malheur.

Et l'Europe change elle aussi de visage et les chiffres des juifs gazés s'affichent par pays, les uns derrière les autres. Je me suis attardée devant la France et devant des noms et des adresses parisiennes que je connais par ailleurs. Il y avait une Rachel, bien sur, comme tant d'autres Rachel, ou Sarah ou Anna. J'ai marché plus vite et je suis arrivée devant les trains de la mort, puis dans les camps de concentration et enfin les camps de la mort. "Le travail rend libre!" ont-ils dit ! Une reproduction de la fameuse enseigne est au dessus de moi. Les rails, la porte et puis tout est de nouveau là, les lits de bois, les plans des camps, les écuelles pour la soupe, les photos insupportables, les vêtements, les numéros inscrits dans la chair aussi et dans l'âme, je crois.   Les fours, les gaz…tout est devant mes yeux de femme israélienne qui vit libre dans son pays Eretz Israël.

Puis enfin la résistance s'organise et la lumière qui habite les gens de Bien, leur donne le courage et la force de dire Non!

Non au silence! Non à la lâcheté! Non à la peur! Non au nazisme! Non au racisme! Non àla haine! Des hommes et des femmes, au péril de leurs vies, sauvent des juifs, des familles, des enfants et comprennent qu'ils ne peuvent être eux-mêmes si on les ampute d'une partie de leurs frères en humanité. Pour la première fois, je respire davantage et il me semble bien que c'est aussi à cet instant que la pyramide s'ouvre un peu plus vers la lumière du ciel.

Avant que les survivants ne se dirigent vers leur terre ancestrale, où les attendent d'autres juifs qui n'ont jamais quitté le pays, il y a eu bien des bateaux qui ont cherché une terre d'asile. Vous le savez, n'est-ce pas?  Aucun des pays qui auraient pu les sauver n'a acceptéde les recevoir et ils sont retournés vers l'enfer nazi. Insupportable. Et on vient nous donner des leçons de moralité!

La visite s'achève avec la naissance de l'Etat hébreu, et l'hymne de la Tikva chantée par ces mêmes enfants juifs qui n'ont jamais su qu'un jour ce rêve de vivre libres sur notre terre deviendrait réalité.

Au sortir de cette visite, la pyramide s'ouvre sur une vue splendide des montagnes de Jérusalem, le plus bel horizon que l'esprit puisse concevoir.

Une autre fois, je vous raconterai les autres visites de ce musée, dans ses jardins et autres pavillons de douleur.

Puisse notre mémoire garder vivant le souvenir de celles et ceux qui ont été assassinés par les Amaleks de l'histoire.

 

Rachel Franco,

Israël- le 1 er mai 2o11

 

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