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Publié par Alexandre Del Valle le 8 mai 2011

Par Alexandre del Valle, auteur de « Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? – la nouvelle christianophobie *», éditions Maxima, sortie le 12 mai prochain.

Hier samedi 7 mai 2011, de violents pogroms anti-chrétiens ont frappé une nouvelle fois les Coptes d’Egypte. Alexandre del Valle livre à Dreuz.info sa réaction à chaud.

Une centaine de fanatiques islamistes ont pris d’assaut un quartier copte d'Imbaba, district pauvre de l'ouest du Caire. Le bilan des affrontements entre chrétiens et assaillants islamistes est d’une dizaine de morts et d’une centaine de blessés. Tout a commencé lorsque des dirigeants religieux salafistes (qui distillent depuis des années la haine envers les chrétiens et les mauvais musulmans à éliminer), ont accusé les coptes d'être à l'origine de tirs et ont rameuté une foule de militants fanatiques autour du quartier chrétien, prenant d’assaut les magasins, les églises Saint-Mina et de la Vierge Marie, situées à proximité, et les maisons des chrétiens. L'armée et la police ont tenté de disperser la foule avec du gaz lacrymogène, mais les heurts ont duré durant plusieurs heures sous le regard parfois complice de policiers et de militaires. Selon les chrétiens assaillis, les forces de l’ordre n’auraient pas tenté de désarmer et de s’opposer réellement aux foules d’islamistes, malgré maintes alertes et demandes de protections vainement formulées par les chrétiens coptes régulièrement attaqués ou menacés. Ces derniers auraient par conséquent été contraints de se défendre seuls, scénario habituel en Egypte, lors des pogroms régulièrement perpétrés par les salafistes contre les coptes, véritables bouc-émissaires et « ennemis de l’intérieur » à abattre. D’après le père Hermina, cinq Coptes auraient trouvé la mort en tentant de résister à l’assaut de militants islamistes armés. Mais d’après les autorités égyptiennes, six musulmans auraient été tués par des chrétiens décidés à repousser les assaillants. Peu importe le nombre de morts de part et d’autres, car toute mort d’hommes est déplorable. Mais une chose est sure, les chrétiens coptes égyptiens ont été une fois de plus attaqués dans leurs quartiers et dans leurs églises par une masse d’islamistes armés et haineux qui ont mis à feu et à sang des rues et des églises en appelant aux cris de « Allah Ouakbar » à liquider les Coptes, ceci sans que les forces de l’ordre ne puissent faire quoi que ce soit.

 
Pour justifier leurs haines et attaques contre les chrétiens d’Egypte, les islamistes colportent depuis des années une rumeur aussi fallacieuse qu’inacceptable selon laquelle les Coptes seraient collectivement responsables de « l’enlèvement de deux musulmanes », en fait des chrétiennes coptes épouses de prêtres coptes, Camilia Chehata et Wafa Constantine, soi-disant devenues musulmanes et retenues « captives » dans différentes églises ou monastères coptes. Leur « enlèvement », jamais confirmé par les autorités, attise depuis des tensions croissantes entre chrétiens et musulmans en Egypte et même dans le reste du monde arabe. En réalité, d’après ce que l’on sait de l’affaire des « femmes musulmanes enlevées par les moines coptes », les deux femmes, chrétiennes et non musulmanes, auraient chacune quitté leur mari après une dispute conjugale, il y a sept ans pour Mme Constantine, et en 2010 pour Mme Chehata. Leur « conversion à l’islam », jamais confirmée par qui que ce soit de crédible, aurait – le cas échéant – aurait été purement formelle et motivée par le fait qu’en Egypte, l’Eglise copte n’autorise pas le divorce, comme l’Eglise catholique, tandis que la loi égyptienne, inspirée de la charià, le permet. Cela signifie que pour divorcer légalement, les chrétiens font parfois semblant de devenir musulmans, afin de passer sous la juridiction islamique qui prononce le divorce. Mais personne n’est dupe et les commandos islamistes eux-mêmes savent pertinemment que si la chose était avérée, la conversion des deux femmes n’aurait aucune signification religieuse mais n’est qu’un prétexte. Quant à l’enlèvement, il n’a pas été constaté par les autorités elles-mêmes, les deux épouses de Prêtres coptes qui avaient fui le domicile conjugal ayant été raccompagnées initialement chez elles par la police égyptienne avant de « disparaître ». D’après les Coptes, elles auraient été au contraire enlevées par des musulmans. Ajoutons que depuis le début de l’affaire, aucune des deux épouses de prêtres coptes n'est réapparue publiquement pour confirmer l'une ou l'autre thèse. Quant à Al-Qaïda, l’organisation terroriste du défunt Ben Laden s’est emparée de l’affaire depuis octobre 2010, annonçant que « l’humiliation des musulmanes enlevées par des coptes » devait être « vengée » et que cela justifierait de tuer partout en terre d’islam les chrétiens. Toujours est-il que ces rumeurs ne justifient aucunement les agressions et attaques de Coptes et d’Eglises chrétiennes régulièrement commises en Egypte. Celles-ci sont en fait l’aboutissement d’une longue série de persécutions et d’agressions christianophobes, souvent commises en toute impunité ou parfois même avec la complicité passive de l’armée et de la police. Elles constituent la mise en pratique d’un continuel enseignement de la haine envers les non-musulmans, de plus en plus visible dans une Egypte où les autorités ferment les yeux et où les Frères musulmans et les salafistes radicaux gangrènent la société et fanatisent les masses depuis des décennies. Déjà, en mars 2011, l’avant dernier pogrom anti-chrétien, survenu peu après le départ du président Hosni Moubara (février 2011), avait fait 13 morts. Là aussi, prenant prétexte de l’affaire des musulmanes ex-coptes « enlevées » par les coptes, les islamistes radicaux avaient pris d’assaut puis incendié une église copte.
 
L’interminable chemin de croix des Coptes d’Egypte
 
Victimes de discriminations, de harcèlement, de brimades, d’humiliations et d’assassinats récurrents, les Coptes quittent l’Égypte par milliers chaque année. Afin qu’ils comprennent qu’ils doivent se convertir ou quitter leur pays, où ils sont pourtant installés depuis toujours et des siècles avant les conquérants arabo-musulmans, les chrétiens égyptiens, majoritairement coptes-orthodoxes, sont régulièrement les cibles de «pogroms» plus ou moins spontanés, comme en Haute-Egypte en 2000 et à Alexandrie en 2005 ou fin 2010 début 2011. Dans toute l'histoire de l'Egypte, la violence interreligieuse n’a jamais été aussi forte et menaçante pour les chrétiens. Aux discriminations dans l’accès aux emplois publics s’ajoute la radicalisation religieuse et les assassinats. Les premiers grands pogroms anti-coptes et attentats anti-chrétiens en Egypte, remontent aux années 1980, à l’instigation des groupes islamistes dissidents des Frères musulmans, comme le Gamaà islamiyya, l’une des formations à l’origine de la nébuleuse d’Al-Qaïda : conversions forcées dans les villages, commandos punitifs dans des villages chrétiens, pillages de commerces, représailles contre les églises faisant sonner leurs cloches, attentats contre des fidèles et des moines, enlèvements des jeunes chrétiennes… Les musulmans libéraux, modérés ou laïques, sont également victimes de ce climat de haine et de réislamisation radicale.
 
Citons les principaux attentats et pogroms perpétrés depuis ceux des années 80 : le 4 mai 1992, lorsque, sur fond de tensions latentes depuis toujours et de propagande islamistes dans tout le pays, 13 chrétiens furent tués à Manchiet Nasser, village de Haute-Égypte, soi-disant en représailles de la mort, en mars, d'un musulman suite à un différend relatif à l’achat d'une maison. Le 12 février 1997, un commando islamiste perpétra un attentat contre une église à Abou Qourqas, en Haute-Égypte, tuant 9 civils coptes. Le 3 janvier 2000, 20 chrétiens furent tués dans le village d'Al-Kocheh en Haute-Égypte. Ce furent les affrontements les plus meurtriers entre musulmans et chrétiens survenus dans le pays depuis 20 ans. Le 14 avril 2006, un ouvrier musulman, présenté par les autorités comme un « déséquilibré »,  attaqua trois églises à Alexandrie. Un copte de 78 ans fut tué. En novembre 2007, 150 familles chrétiennes du village Manshat Amrou Markaz Al-Fashn, à Beni Souweif, étaient en train de prier dans leur église rénovée légalement. C’est alors que les habitants musulmans lancèrent des bombes incendiaires artisanales sur les maisons des chrétiens et déracinèrent même des arbres dans les champs des Coptes, au prétexte que ces terres étaient des « terres islamiques sur lesquelles il est interdit aux chrétiens de construire des églises »…
 
Au lieu de défendre le droit élémentaire à la propriété, la sécurité de l’Etat intervint en faveur des musulmans et arrêta les Coptes, ainsi que leur prêtre. La police et le juge local s’appuyèrent sur le témoignage du maire du village affirmant que ce furent les chrétiens eux-mêmes qui mirent le feu à leurs églises pour en accuser « injustement » les musulmans… Le 31 mai 2008, un nouvel assaut contre un monastère à Malaoui, en Haute-Égypte, entraîna la mort de 4 coptes, dont deux moines. Trois autres furent blessés par balles, et trois autres furent séquestrés pendant une nuit. En mai 2009, durant la Pâques copte-orthodoxe, trois jeunes chrétiens coptes furent tués à Nag Hammadi, dans le sud de l’Egypte. Mais plutôt que d’arrêter et de punir les coupables, en février 2010, la sécurité d’Etat arrêta une centaine de jeunes coptes afin de contraindre les Coptes à abandonner les charges civiles et criminelles contre leurs agresseurs… Dans la nuit du 6 au 7 janvier 2010, durant les célébrations du Noël orthodoxe, sept coptes furent tués à la sortie de l’église Mar Girgis, à Nag Hammadi (40 km de Louxor), par un commando de 3 islamistes sortis d’une voiture. Comme de coutume, le procès des trois accusés, identifiés rapidement, fut repoussé et l’injustice s’ajoutait à la douleur de la perte de proches. Et au lieu de chercher à mener une enquête poussée pour calmer la douleur de la communauté copte qui manifestait, les autorités refusèrent de constater le caractère confessionnel du drame, relatant le récit d’une «vendetta d’honneur », chose courante en Egypte. C’est ainsi que naquit la légende noire du soi-disant « viol d’une musulmane » par un adolescent copte, en novembre 2010, « humiliation » qui aurait « expliqué » la vengeance accomplie par les tueurs comme ceci expliquait ou pouvait justifier cela. On sait aujourd’hui que le frêle adolescent accusé par les islamistes, âgé de moins de 12 ans à l’époque, ne commit jamais ce crime sur une jeune femme physiquement plus forte que lui. Malgré les aveux ultérieurs des trois tueurs islamistes et leur condamnation, prononcée en janvier 2011, les rumeurs diabolisant les « violeurs » chrétiens qui souillent » l’honneur des musulmanes, courent toujours.
 
Le 24 novembre 2010, à Guizeh, des Coptes orthodoxes qui manifestaient face à la décision inique de l'administration de stopper la construction d'une église, furent conjointement réprimés par des islamistes et la police locale. Rappelons que la construction d'un nouveau lieu de culte exige, en Égypte, un permis de construire particulier, qui n'est accordé que de façon rarissime aux chrétiens. Les affrontements qui opposèrent la police et des islamistes aux manifestants chrétiens firent 2 morts parmi les Coptes.
 
Entre résistance et exil face aux assassinats, aux attentats et aux intimidations
 
Peu de temps plus tard, l’attentat perpétré à Alexandrie (Egypte) devant l'église des Saints Marc et Pierre (Al-Qiddissine) en pleine nuit du Nouvel an 2011 et qui tua 21 Coptes, fut, quelques mois après les attentats anti-chrétiens de Bagdad, le plus médiatisé de tous. Il fut l’occasion pour le monde entier de comprendre le sort tragique des chrétiens d’Egypte, longtemps passé sous silence par les médias occidentaux. L’attentat, qui aurait pu être encore plus meurtrier, car près de 1000 fidèles assistaient à la messe, visait clairement deux symboles de ce que les islamistes détestent et veulent anéantir : le Nouvel an, symbole du calendrier et des fêtes « chrétiens ». Puis la ville même d’Alexandrie, antique cité cosmopolite, qui vit naître les premières communautés chrétiennes du pays et fut longtemps le symbole de la tolérance intercommunautaire. Grecs, Juifs sépharades, Français, Italiens ou Arméniens y ont cohabité longtemps avec les Musulmans. Mais sur fond de guerre en Irak, depuis 2010, Al-Qaïda, accusée d’avoir trop fait couler de sang musulman, voulait resserrer les liens en appelant à l’extermination des bouc-émissaires chrétiens, « agents » des « impérialistes croisés » américains.
 
L'édifice, pris pour cible durant le nouvel an 2011, à Alexandrie, y figurait. Rappelons qu’à Alexandrie, les pogroms éclatent chaque année. D’ailleurs l'église des Saints Marc et Pierre d’Alexandrie avait déjà été attaquée en avril 2006, lorsqu’un homme armé d'un couteau avait poignardé trois fidèles à la sortie de la messe. Le coupable, connu des services de polices, avait attaqué également d’autres églises de la ville, aux cris d’Allahu Akbar. Mais comme de coutume, la version officielle consista à qualifier le criminel de « déséquilibré ». Rappelons également que, juste avant les attentats du nouvel an 2011, de violents affrontements avaient éclaté au Caire entre des manifestants chrétiens et forces de l’ordre anti-émeutes à la suite de l'arrêt d’un chantier d'une église considéré « illégal » dans le quartier al-Omraneya dans la ville de Guizeh. Le 23 février 2011, le village de Shotb, dans le Sud de l’Egypte, un prêtre copte, Abouna Daoud Boutros, fut retrouvé mort à son domicile, achevé sauvagement de 22 coups de couteau puis décapité. Les témoins virent des hommes masqués quitter l’appartement aux cris d’“Allahu Akbar”. En fait, les tensions couvaient depuis deux ans, lorsqu’un fidèle copte fut accusé de commettre un « acte sacrilège » contre l’islam, ce qui provoqua des violents heurts avec des musulmans. Pour sauver sa peau, le fidèle prétendit agir sous l’influence de son curé, le Père Daoud Boutros, qui fut menacé de mort par des sites internet islamistes l’accusant de « prosélytisme auprès des musulmans ». Comble de l’intolérance, malgré le martyr subi par le père égorgé, de jeunes égyptiens musulmans agressèrent le gouverneur local qui osa venir présenter ses condoléances lors de l’enterrement…  
 
Les révolutions arabes n’ont pas amélioré le sort des chrétiens
 
Loin d’avoir permis l’amélioration du sort des chrétiens en Egypte, le renversement de Moubarak et la reprise en main du pouvoir par l’armée n’a pas du tout rétabli la sécurité pour les Coptes. Ainsi, juste après la chute du raïs, entre le 15 et le 23 février 2011, les forces armées égyptiennes aux ordres du nouveau pouvoir issu d’une révolution démocratique et libérale très vite confisquée, ont assailli a deux reprises trois monastères parmi les plus anciens d’Egypte. L’un d’entre eux est le monastère St. Bishoy (Vème siècle), situé à 110 kilomètres du Caire, l’un des plus anciens d’Egypte, dont les icônes coptes et des manuscrits sont d’une valeur inestimable. Les soldats ont tiré avec des armes lourdes (RPG) sur le monastère copte, blessant deux moines et des travailleurs. Quatre  personnes ont été arrêtées, dont trois moines et un avocat copte qui enquêtait sur l’attaque précédente. Durant la même semaine, St. Bishoy ainsi que deux autres monastères ont été attaqués à plusieurs reprises pas des malfaiteurs, qui avaient demandé la protection des forces armées, lesquels leur ont répondu qu’ils devaient se défendre eux-mêmes. Terrifiés, les moines avaient alors construit des barrières pour se protéger. Mais l’armée égyptienne les fit détruire à coups de bulldozers et de RPG. Au Monastère de Saint Boula, encore plus ancien, IVème siècle (Mer Rouge), les militaires égyptiens ont agressé trois moines puis démoli la petite clôture qui protégeait le portail menant au monastère. Le 13 février 2011, 5 prisonniers évadés avaient assailli et dévalisé le monastère, d’où la décision du supérieur, le père Boutros Anba Boula, de construire un portail et une clôture pour protéger le monastère. En fait, le message envoyé aux monastères coptes est simple : l’unique solution pour échapper à l’insécurité est de quitter les monastères et même l’Egypte, pour les chrétiens, qui ne peuvent ni rénover leurs lieux de culte, ni même construire des protections face aux attaques et aux agressions, et qui ne sont pas défendus par les forces de l’ordre. 
 
Les pogroms meurtriers anti-chrétiens se poursuivent en toute impunité
 
Plus graves encore, les pogroms anti-chrétiens provoqués par des activistes islamistes le 9 mars 2011, qui ont fait une dizaine de morts parmi les Coptes et plus de 120 blessées, dans les quartiers déshérités de Moqattam et Qualaa du Caire, ont définitivement démontré que les violences anti-chrétiennes en Egypte ne sont pas le fruit d’un « complot étranger », mais bien le fait d’Egyptiens animés par une christianophobie similaire à la haine antisémite qui fit fuir d’Egypte, dans les années 1950, les Juifs égyptiens, victimes de pogroms similaires.
 
Les attaques anti-coptes ont été déclenchées le soir du 9 mars 2011, lorsque 500 manifestants coptes de Manshier Nasr, («Garbage City», la ville des éboueurs), située près du monastère, s’apprêtaient à rejoindre une manifestation-sit-in, organisée devant le bâtiment de la télévision égyptienne au Caire depuis le 5 mars, afin de protester contre le fait que l’armée au pouvoir n’avait pas tenu sa promesse envers les Coptes, de reconstruire une église copte Al-Chahidaine, située à Soul, à Atfif (Helwan), détruite par un incendie criminel, sous prétexte que des musulmans manifestaient toujours près de l’église. Les manifestants coptes, parfois munis de grandes croix en bois et accusant les villageois musulmans auteurs de l’incendie de l’église de vouloir construire une mosquée à sa place, furent alors attaqués par 15.000 musulmans de la région voisine de Sayeda Aïcha et de Mokattam, armés de fusils automatiques.
 
Le traitement de la presse internationale faisant état de dix morts dans des « heurts entre musulmans et coptes » relevait de la pure désinformation, car aucun des assaillants musulmans armés ne fut tué, tandis que les tués étaient tous des Coptes, pris pour cibles par des islamistes armés, protégés par l’armée…
 
Selon le père Abram Fahmy, prêtre du monastère Saint-Simon de Tanner dans les montagnes du Mokatam, dans la banlieue du Caire, l’armée égyptienne n’hésita point à tirer à balles réelles sur les Coptes. Les islamistes commencèrent par jeter des boules de feu sur le monastère du haut des collines. Les jeunes coptes en arrêtèrent cinq d’entre eux, les détenant dans l’enceinte du monastère, en attendant de les remettre aux autorités. Huit maisons et vingt usines de recyclage des déchets appartenant à des coptes furent incendiés, ainsi que trente véhicules de collecte des ordures. Les affrontements commencèrent avec des jets de pierres sur les coptes, puis se poursuivirent avec des jets de cocktails Molotov et des tirs à balles réelles. Selon des témoins, les Coptes appelèrent l’armée qui arriva sur les lieux à 15h00, avec dix chars. Au début, les militaires assistèrent passivement aux heurts, puis tirèrent en l’air et ensuite sur les coptes eux-mêmes. D’après le procureur Anwar Abou Wagih Saad, interrogé par Free Voice Copte, l’armée tira à balles réelles sur les coptes et protégea les assaillants musulmans cachés derrière les chars au lieu de secourir les victimes coptes…
 
Autre preuve d’une fanatisation anti-copte perceptible au sein-même de la population « normale », fruit d’un long enseignement de la haine, les premières aides accordées aux blessés furent dispensées par la clinique du monastère et les blessés furent transportés par des civils vers de divers hôpitaux autour du Caire, car les ambulances conduites par des musulmans refusèrent de le faire
 
Discriminations croissantes et menaces sur les premières communautés chrétiennes du monde
 
Jadis prospères et fortement impliqués et représentés dans la vie politique, les Coptes d’Egypte sont progressivement devenus des étrangers dans leurs propres pays, eux qui descendent des anciens Egyptiens et dont l’alphabet contient plusieurs lettres issus des hiéroglyphes. Ils n’ont plus que trois représentants au Parlement. Depuis une vingtaine d’années, ils réclament en vain l'adoption d'une loi qui fixerait les mêmes règles pour tous les édifices religieux, musulmans et non-musulmans. Quant à l’enseignement et à l’éducation nationale, entièrement réislamisés depuis les années 1950, ils occultent l'histoire chrétienne et l’apport des Coptes. Plus grave encore, loin d’inculquer les valeurs de tolérance ou de citoyenneté, les manuels scolaires égyptiens, tout comme la télévision publique, banalisent les propagandes xénophobes stigmatisant les Juifs et les chrétiens, complices des « sionistes » et de « l’étranger ».
 
Les rares missionnaires chrétiens étrangers autorisés à venir en Egypte, diabolisés et menacés, doivent se limiter aux strictes activités sociales et s'abstenir de tout prosélytisme s’ils veulent éviter les problèmes.
 
Les chrétiens d’Egypte souffrent de deux grandes discriminations inscrites dans la loi, inspirée de la charià : la construction des lieux de cultes soumise à des autorisations très rares et à des conditions ubuesques (notamment une distance minimale d’avec une mosquée), puis « un ‘statut personnel’ différent pour les chrétiens et les musulmans », qui fait qu’un chrétien ne peut pas épouser une musulmane, sauf s’il se convertit. Ainsi, toute relation amoureuse entre deux jeunes de religions différentes provoque des tensions, voire des violences »[1]. Par ailleurs, les discriminations sont flagrantes en matière d’études ou de travail : les chrétiens ne peuvent pas suivre certains parcours universitaires, notamment la gynécologie, et les étudiants chrétiens sont plus sévèrement notés que les musulmans. Ils ne peuvent pas devenir cadres ou avoir des postes à haute responsabilité. Dans l’armée, ils ne peuvent pas devenir officier. Il n’y a aucune politique d’« intégration » des chrétiens, mais plutôt une volonté manifeste de les exclure de la société islamique.  
 
L’enseignement de la haine : faire de l’Egypte une terre « christianrein »…
 
En fait, les différentes vagues de pogroms et d’attentats anti-chrétiens commis en Egypte, souvent en toute impunité depuis les années 1980, sont le fruit d’un long enseignement de la haine, d’une nouvelle christianophobie qui véhicule l’idée folle selon laquelle, comme les Juifs jadis sous Nasser, les chrétiens d’Egypte seraient de « mauvais égyptiens », des « agents de l’étranger », des « complices des « Occidentaux croisés », et même des « juifs-sionistes », combattus par les salafistes comme engeance de Satan qui « complotent contre l’islam et la nation », etc.
 
Pour les islamistes radicaux, qui rêvent d’instaurer un régime théocratique et de « purifier » le pays de ses « éléments non-islamiques », la présence des Coptes en Egypte est un reproche vivant, car elle rappelle que les chrétiens autochtones étaient là avant même les conquérants arabes, ce qui ridiculise le discours paranoïaque des islamistes assimilant les chrétiens d’Orient aux colons occidentaux et aux « étrangers ».
 
Dans les enceintes de la plus prestigieuse Université du monde musulman, la célèbre Al Azhar du Caire, le jihad contre les juifs et les chrétiens est dépeint comme un devoir collectif des Musulmans pour la défense et l’expansion de l’Islam. Les Imams d’Al-Azhar enseignent que les chrétiens sont des « associateurs » (mouchrikin) adorant « trois dieux » (trinité) et « mangeant » ce dernier, crime théophage et horrible sacrilège pour le très rigoureux monothéisme islamique. Pour étayer leurs accusations contre les chrétiens, naturellement « amis des diables juifs sionistes », donc coupables des fautes d’Israël autant que de celles des « croisés américains », les islamistes mentionnent la Sourate de « la Table servie » qui souligne l’hostilité et la collusion des infidèles : « Ils sont amis les uns des autres. Celui qui parmi vous les prend pour amis (juifs et chrétiens) est des leurs ».
 
Alexandre del Valle
 
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