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Publié par Jean-Patrick Grumberg le 9 mai 2011

Emmanuel Navon est né à Paris en 1971. Diplôme de Sciences-Po en administration publique, passage au Ministère des Affaires Étrangères puis au Ministère des Finances, Emmanuel Navon est un spécialiste en relations internationales. En 1993, il émigre en Israël, poursuit ses études à l'université hébraïque de Jérusalem, et obtient un doctorat en relations internationales. Professeur à l'université de Tel-Aviv en études diplomatiques, commentateur radio et télévision, conférencier international (il parle couramment anglais, français et hébreu), Emmanuel Navon est candidat au parlement israélien, la Knesset, sous les couleurs du Likoud, le parti de droite libérale.

Cher Emmanuel Navon, merci d'avoir accepté cette interview pour les lecteurs de Dreuz.info.

Emmanuel Navon : Merci de votre invitation.

Dreuz.info : Les français, je ne parle ni de l'élite ni d'une minorité xénophobe, souffrent de plus en plus de la pression islamiste et de la violence des musulmans. La France compte 10% de musulmans, le double ou le triple dans certaines villes, et il ne fait pas bon s'aventurer dans certaines banlieues. En Israël, avec 20% de musulmans, il n'y a pas de bandes de jeunes arabes qui défient les passants, pas de "zones de non droit", et aucune loi interdit la Burqa ou les minarets. Pourquoi selon vous ?

E. Navon : Les Musulmanes qui immigrèrent d’Afrique du Nord vers la France après la Seconde Guerre mondiale ne portaient pas la Burqa. Celles qui portent la Burqa sont influencées par un Islam radical importé d’Arabie saoudite et d’Iran.

Porter la Burqa en France, ça n’est pas seulement rompre avec l’Islam maghrébin. C’est aussi afficher un mépris de la République et une version extrémiste et conquérante de l’Islam. En Israël, il y aussi un mouvement islamiste radical (le Mouvement islamiste israélien). Mais la Burqa est un phénomène quasiment inexistant. Il existe un écart entre la population musulmane, dont une partie non négligeable souhaite faire partie de la société israélienne, et un leadership politique qui décourage cette intégration sociale, et incite contre Israël.

Dreuz.info : Israël est traité d'état Apartheid, diabolisé par des organisations spécialisées dans le mensonge, mais aussi par des parlementaires français dont le sous développement politique est difficilement explicable, des Jean-Paul Lecoq, des Jean-Michel Boucheron, Hervé de Charette et d'autres. Comment expliquez-vous, vous le spécialiste des relations diplomatiques, cette aberration ?

EN : Par le fait que les gens dogmatiques (comme les hommes politiques que vous mentionnez) inventent une réalité imaginaire pour confirmer leur dogme lorsque ce dogme est contredit par les faits. Comme le disait Abba Eban, « Si l’Algérie proposait une résolution [à l’Assemblée nationale de l’ONU] pour déclarer que la Terre est plate et que c’est Israël qui l’a aplanie, cette résolution passerait avec 120 voix pour, 3 contre, et 27 abstentions. » Les Marxistes par exemple, ont besoin d’un schéma victime-exploiteur pour donner un sens au monde. Leur dogme a été contredit par la réalité, mais ils refusent d’abandonner le dogme. Donc ils inventent une « réalité » qui leur convient. Dans le script du scénario « victime-exploiteur » ils prédéterminent les rôles sans rapport avec les faits. Les rôles sont attribués par le metteur en scène non pas en fonction de la réalité mais en fonction du scénario. 

Dreuz.info : Et puisque nous parlons de désinformation, nous constatons presque au quotidien la partialité de traitement de l'information par les médias, s'agissant du conflit arabo-israélien. On accuse régulièrement le gouvernement israélien de ne pas savoir mener la guerre de l'information et de l'opinion. Récemment, la journaliste anglaise Melanie Phillips affirmait que le traitement par Israël de ses relations publiques donne envie de rigoler. N'est ce pas un peu facile d'accuser le gouvernement israélien ?

EN : Melanie Phillips n’a pas tout à fait tort, mais elle n’a pas tout à fait raison non plus. Car le traitement par Israël de ses relations publiques ne donne pas envie de rigoler. Il donne envie de pleurer.

Au début du processus d’Oslo, Shimon Pérès (qui était à l’époque Ministre des Affaires étrangères) a fermé le Département de l’Information du Ministère des Affaires étrangères sous prétexte que, selon lui, « lorsqu’on a un bonne politique, nul n’est besoin de relations publiques ». Or les Palestiniens, eux, n’ont jamais cessé leur propagande même pendant le processus d’Oslo. Lorsqu’Arafat a lancé sa guerre terroriste contre Israël à l’automne 2000, il a redoublé la force de frappe de la propagande palestinienne, alors qu’Israël prise par surprise a été complètement dépassé. D’où, entre autres, l’Affaire Al-Dura et la Conférence de Durban.

Il a fallu le Rapport Goldstone pour qu’Israël prenne finalement conscience des effets dévastateurs de la guerre médiatique relayée par l’ONU et par les ONG. Non seulement le réveil est très tardif, mais surtout, Israël continue de souffrir de deux handicaps. Le premier est que la stratégie israélienne dans la guerre médiatique continue d’être sur la défensive au lieu de passer à l’offensive. Le deuxième est que pour les fonctionnaires de notre Ministère des Affaires étrangères, mener le combat médiatique qui nous a été imposé est incompatible avec le paradigme de la paix et du politiquement correct.

Dreuz.info : Il y a des arabes au parlement israélien, quatorze de mémoire (au passage, je fais remarquer aux éminents députés français qu'ils n'ont pas un seul collègue issu de l'immigration à l'Assemblée Nationale et au Sénat, voilà de l'apartheid). Concernant ces députés arabes, comment sont leurs relations avec les députés juifs, avec les députés de l'extrême droite, et travaillent-ils contre les intérêts de l’État d'Israël.

EN : Il est commun de voir un député arabe à la Knesset se lancer dans des diatribes au podium du Parlement pour dénoncer « l’apartheid israélien » ou les « crimes du sionisme » et juste après aller déjeuner à la cafétéria de la Knesset avec ses collègues juifs, tant de droite que de gauche, dans les rires et la bonne humeur. Il faut distinguer entre le discours radical que tiennent les députés arabes en public pour faire de la surenchère auprès de leur électorat, et leurs relations amicales avec leurs collègues à la Knesset. Ahmed Tibi sait qu’il fourvoie son audience lorsqu’il dit qu’Israël est un État démocratique pour les Juifs et juif pour les Arabes. Il sait qu’il jouit d’une liberté et d’une égalité face à la loi dont il ne jouirait nulle part dans un pays arabe. Mais c’est son fond de commerce. Ceci dit, il y a également un phénomène inquiétant de députés arabes à la Knesset qui ne se contentent pas d’être de mauvaise foi, mais qui utilisent leur statut et leurs privilèges pour porter atteinte à la sécurité de l’État. Tel fut le cas, par exemple, d’Azmi Bishara, qui collabora avec le Hizballah pendant la Seconde Guerre du Liban, ou des députés arabes qui se rendent en visite officielle en Syrie, pays avec lequel Israël est en guerre.  

Dreuz.info : Les arabes israéliens sont tiraillés vers le soutien des palestiniens, pourtant tous les sondages montrent qu'ils ne veulent pas quitter Israël. Pourquoi ?

EN : Ils bénéficient en Israël d’une liberté et d’un niveau de vie qui n’existent dans aucun pays arabe. Et ils savent que l’Autorité palestinienne est un régime autoritaire.

Dreuz.info : Vous êtes candidat sous les couleurs du parti Likoud. Est ce qu'il y a, comme en France, une quasi obligation de vote selon les instructions du parti ? Le travail parlementaire à la Knesset est-il très différent de celui du parlementaire français ?

EN : Je suis candidat aux élections primaires du Likoud (élections dont la date n’a pas encore été fixée) pour faire partie de la liste qui représentera le parti aux prochaines élections législatives. La discipline de vote est généralement imposée pour faire passer le budget ou pour repousser les motions de censure, en revanche cette discipline n’est pas imposée lorsque des questions de conscience sont en jeu. En ce qui concerne le travail parlementaire, il n’y a pas, comme en France, de lien direct avec les électeurs d’une circonscription puisqu’Israël pratique la proportionnelle intégrale, et que la seule circonscription est le pays lui-même. Je suis en faveur de l’abandon de la proportionnelle intégrale pour un système majoritaire basé sur le découpage du pays en circonscriptions. Cela permettra non seulement de stabiliser notre système politique mais également de créer une responsabilité des élus envers leurs électeurs plutôt qu’envers leur parti.

Dreuz.info : En tant que franco-israélien, avez-vous vocation à représenter les français d'Israël à la Knesset, et si oui, quels sont leurs besoins spécifiques ?

EN : Si je suis élu député à la Knesset, je devrai abandonner ma citoyenneté française et je serai le représentant des électeurs du Likoud. Ceci étant dit, parce que suis candidat sur le siège du Likoud réservé aux immigrants, je représenterai plus particulièrement les intérêts des immigrants. Étant moi-même issue de l’immigration de France, je suis sensible aux besoins des autres immigrants de France. Tandis que l’immigration russe bénéficie aujourd’hui d’un pouvoir politique énorme, et d’un traitement de faveur par le Ministère de l’Immigration et de l’Intégration, et tandis que l’immigration américaine bénéficie de l’Organisation « Nefesh  Be’Nefesh » (qui a un budget de 19 millions de dollars par an), les immigrants de France sont laissés pour compte – ce qui explique entre autres leurs difficultés d’intégration et le nombre élevé de ceux qui repartent en France. Sans pouvoir politique, les immigrants de France ne pourront pas défendre leurs intérêts. Je compte créer un tel pouvoir politique en me faisant élire à la Knesset.

Dreuz.info : La France vient de créer des postes de députés pour représenter les français de l'étranger, et la 8e circonscription regroupe Israël, l'Italie, la Grèce, la Turquie. J'apprends que vous soutenez le candidat Philippe Karsenty. Pourquoi lui ? Pourquoi pas Valérie Hoffenberg, la candidate du Quai d'Orsay, ou le très actif Gil Taïeb ?

EN : Effectivement, je soutiens Philippe Karsenty. J’ai rencontré Philippe pour la première fois le 18 décembre 2006 lors d’une conférence à laquelle nous avions tous deux participé en Israël. Nous sommes, depuis, devenus amis.

J’admire le courage et la ténacité dont Philippe a fait preuve dans l’Affaire al-Dura, qui est une accusation de crime rituel contre les Juifs. Philippe est un homme intelligent, talentueux et perspicace. Lorsqu’il m’a annoncé sa candidature et qu’il m’a demandé que nous menions nos deux campagnes ensemble, j’ai tout de suite accepté parce que je pense qu’il fera un excellent député.

En ce qui concerne Gil Taïeb, j’ai fait sa connaissance le 26 mars 2011 lors de l’office de Shabbat à la Synagogue Rambam à Paris. Depuis, j’ai entendu une rumeur selon laquelle j’aurai cessé de soutenir Philippe Karsenty.

Je déments formellement cette rumeur.

Je n’ai jamais abandonné mon soutien à Philippe Karsenty, et je ne l’abandonnerai pas. Monsieur Taïeb m’a paru fort sympathique lors de notre courte entrevue, et j’ai entendu dire beaucoup de bien sur ses actions en faveur de Tsahal et de la communauté juive de France. Mais cela ne saurait me faire revenir sur un engagement qui ne découle pas seulement de l’amitié, mais du fait que je suis convaincu que Philippe est un excellent candidat, entre autre parce qu’il n’est pas un dirigeant communautaire. L’élu de la 8circonscription représentera entre autres les Français d’Italie, de Turquie et de Grèce, et ils ne se reconnaitront pas dans un activiste de la communauté juive de France.

Quant à Valérie Hoffenberg, je ne l’ai jamais rencontrée. Mais je me demande comment elle peut prétendre représenter les Français d’Israël quand on connaît le décalage politique entre les Israéliens d’origine française, et la politique proche-orientale de la France. Valérie Hoffenberg est la candidate de Nicolas Sarkozy. Or Sarkozy en appelle à la division de Jérusalem, il a annoncé qu’il reconnaîtra un État palestinien proclamé unilatéralement, en contravention des Accords d’Oslo et en dépit des intérêts sécuritaires d’Israël, et il refuse jusqu’à présent d’agir à l’ONU pour l’annulation du Rapport Goldstone. Autant les Israéliens d’origine française ont voté en masse pour Nicolas Sarkozy en 2007, autant ils ne se reconnaissent plus dans la politique proche-orientale menée par Sarkozy et représentée par Valérie Hoffenberg.    

Dreuz.info : Merci beaucoup Emmanuel Navon, nous vous souhaitons bonne chance pour les prochaines élections, et une riche carrière politique.

EN : Merci.

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