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Publié par Guy Millière le 15 mai 2011

Depuis l’élimination physique d’Oussama Ben Laden, les médias français sont en extase : Obama est parvenu à un résultat extraordinaire. Il l’a fait avec intelligence et détermination. Il est tellement supérieur à Bush, cet abruti. L’élimination d’al Qaida n’est désormais plus qu’une question de temps, ajoute-t-on. Le printemps arabe va voir cent démocraties s’épanouir. Le futur sera radieux et le ciel toujours bleu. Il restera, bien sûr, à reconduire Israël vers des frontières en peau de chagrin, et tout sera parfait. Il n’y aura pas même besoin d’attendre l’arrivée du Messie, puisqu’il est à la Maison Blanche.

Tout cela est aussi beau qu’un conte de fées destiné à endormir les enfants le soir. Et ce n’est pas un hasard : c’est un conte de fée destiné à endormir les grands enfants qu’aux yeux des journalistes français, nous sommes censés être.

La réalité, ce domaine où nous vivons, mais dans lequel quasiment aucun journaliste français ne pénètre, est très différente.  

  1. D’abord, Obama n’est pas parvenu à éliminer Oussama. Des renseignements obtenus par l’interrogatoire poussé de terroristes arrêtés en Irak et transférés à Guantanamo ont conduit à trouver la piste de Ben Laden, sous la forme de messagers lui permettant de communiquer avec le monde extérieur sans risquer d’être repéré par des moyens de surveillance électronique. Suivre l’un de ces messagers a permis de trouver la dernière demeure d’Oussama. Il restait à agir. Obama a mis six mois pour ne pas vraiment décider et pour finir par laisser la décision entre les mains de Leon Panetta. Obama était contre le maintien d’un camp de prisonniers à Guantanamo, contre les interrogatoires poussés, contre l’intervention en Irak : il n’est pour rien, au contraire, dans ce qui a permis de découvrir Ben Laden. Il n’est quasiment pour rien dans la décision finale. Quasiment tout est dû à l’action de George Bush.  Obama s’est contenté de reprendre l’action à son compte et d’en faire un argument de campagne électorale.
  2. Ensuite, il est difficile de voir de l’intelligence et de la détermination dans quoi que ce soit en ce domaine. Non seulement la décision a été laissée à Leon Panetta, mais la gestion de l’élimination de Ben Laden, de la destruction de son corps jeté dans la mer d’Oman, et de l’information ensuite a été désastreuse et embrouillée. Des commentateurs ont noté, en tout une dizaine de versions successives du déroulement des choses. Obama s’est fait photographier devant des écrans vidéos censés montrer l’action en direct : il se révèle qu’Obama n’a rien vu et qu’il n’y avait rien sur les écrans vidéos. Le nombre des hommes ayant participé à l’action a varié du simple au triple selon les communiqués. L’une des femmes du polygame Ben Laden était censée avoir été utilisée par lui comme bouclier humain, jusqu’à ce qu’il se révèle qu’il ne l’a pas utilisée comme bouclier humain. Ben Laden était censé s’être défendu par les armes, puis il a été dit qu’il était désarmé et en tenue de nuit, puisqu’il avait une mitraillette à portée de main. Je pourrais continuer la liste à l’infini ou presque. La détermination a été du côté des Navy Seals. L’intelligence n’a pas été du côté de la Maison Blanche et de ses services de communication.
  3. Il semble, par ailleurs, et plusieurs sources viennent étayer cette thèse, qu’un désaccord existait à la tête d’al Qaida entre Ayman al Zawahiri et Ben Laden. Dans le cadre de ce désaccord, Zawahiri aurait choisi de lâcher Ben Laden, et aurait donné l’ordre au messager que la CIA a fait suivre et qui avait découvert qu’il était suivi, de conduire délibérément les agents de la CIA jusqu’à Ben Laden, pour le laisser éliminer par les Etats-Unis. La stratégie de Zawahiri serait d’obtenir que les talibans passent un accord avec les Etats-Unis pour obtenir un retrait des troupes étrangères d’Afghanistan en échange de la possibilité de reprendre le pouvoir et de la promesse que le régime taliban n’abriterait plus de bases arrières d’organisations terroristes. Elle serait d’obtenir que les Etats-Unis entérinent la prise de pouvoir régionale des Frères musulmans, et la position d'hégémonie régionale de l’Iran. L’objectif d’al Qaida a toujours été d’obtenir un retrait de toute présence non musulmane dans le dar el Islam et la refondation du califat. Cet objectif est aussi celui des Frères musulmans. Al Qaida pensait obtenir ce résultat par le terrorisme et voulait la chute des régimes arabes alliés à l’Occident. Les Frères musulmans étaient les vecteurs d’une autre stratégie. Pour l’heure, les « révolutions arabes » permettent l’accès au pouvoir des Frères musulmans. Elles ouvrent la perspective d’une refondation du califat. Elles coïncident avec un retrait des forces occidentales du monde arabe. Tous les pays, de la Libye à la Turquie, du Liban au Pakistan devraient être gouvernés par des islamistes. Il restera, question en suspens pour le moment, la division sunnite-shiite, mais elle est laissée à plus tard. Il restera aussi à faire comprendre à l’Arabie Saoudite dans quel sens souffle le vent. Zawahiri semble penser que la victoire est à portée de main et que le recours au terrorisme anti-occidental n’est plus nécessaire. L’administration Obama, de son côté regarde d’un œil favorable l’hégémonie régionale de l’Iran et la montée en puissance des Frères musulmans. Un monde musulman intégriste, maître de ses territoires, et prêt à une trêve avec le monde occidental lui conviendrait parfaitement. Le « printemps arabe » ne conduira donc très vraisemblablement pas à une ouverture démocratique mais à une fermeture islamiste. Et l’élimination de Ben Laden ferait, dès lors, partie des éléments du dispositif conduisant à cette fermeture.
  4. Ce qui est en jeu dans ce contexte, c’est un Israël rétréci aux « frontières » de 1967. Mais ces « frontières » seraient elles-mêmes provisoires et un simple hors d’œuvre avant la disparition programmée d’Israël. L’accord Autorité Palestinienne-Hamas a été passé à cette fin, sous l’égide de la nouvelle Egypte post-Moubarak, avec l’assentiment des Frères musulmans dont le Hamas est l’une des branches, et avec la bénédiction de l’Iran. L’objectif est d’obtenir que l’Assemblée générale des Nations Unies reconnaisse un Etat palestinien proclamé unilatéralement, et limité provisoirement aux "frontières" de 1967, sans reconnaissance d’Israël par l’Etat palestinien ainsi créé. La reconnaissance de l’Etat palestinien par le Conseil de Sécurité n’est pas assurée, car les Etats-Unis mettront vraisemblablement leur veto, mais il s’agira de montrer qu’Israël est isolé, et que les Etats-Unis eux-mêmes sont dans une position intenable en continuant à défendre Israël. Obama fera son possible pour n’avoir pas à mettre son veto, mais il pourra difficilement faire autrement. S’il est réélu en 2012, il pourra revoir sa position. Si les choses évoluent sur le terrain, il pourra la revoir aussi. En cas de guerre régionale, il ne fait guère de doute que la notion "responsabilité de protéger les populations civiles", utilisée pour l’intervention en Libye, serait utilisée à nouveau pour « protéger » les populations palestiniennes, et une condamnation d’Israël, ouvrant la voie à la reconnaissance de l’Etat palestinien sans véto américain pourrait devenir envisageable.
  5. Outres les menaces qui pèsent ainsi sur l’existence même d’Israël (un dar el Islam et un nouveau califat seraient incompatibles avec l’existence d’Israël), on peut douter fortement que ce que je viens de décrire conduise à un futur radieux. L’islamisme est fondamentalement stérile et ne pourra éviter l’effondrement économique du monde arabe, et cet effondrement ne peut que produire davantage de tumultes et de fuites en avant. L’islamisme est fondamentalement conquérant, et l’idée qu’une coexistence paisible entre monde occidental et monde musulman sous la coupe de l’islamisme pourrait émerger relève de l’utopie suicidaire.
  6. Je pense qu’Obama sait parfaitement que l’islamisme n’accepterait que la reddition du monde occidental, et je pense qu’il l’assume et qu’il l’accepte. Je pense que les dirigeants politiques européens assument et acceptent aussi. Pour ce qui concerne les journalistes français, je ne puis me prononcer de manière tranchée : certains assument et acceptent et sont donc complices, d’autres sont sans doute simplement des idiots utiles et ne savent pas ce qu’ils font. D’autres encore, ont oublié toute déontologie. Ils écrivent ou disent ce qu’on leur demande d’écrire ou de dire, sans prendre en compte les faits qui, pour eux, n’ont plus d’importance. Et ils s’imaginent qu’ils font leur métier. Ils font un métier effectivement. Lequel ? Telle est la question.
  7. Le discours qu’Obama va prononcer dans les prochains jours ne concernera vraisemblablement pas Israël, ou pas directement : il n’en sera pas moins destiné à neutraliser par avance le discours que Netanyahu doit prononcer bientôt devant le Congrès des Etats-Unis. Il traitera sans doute surtout de l’évolution présente du monde arabe et de l’islam. Il sera sans doute un discours d’apaisement venant reconnaître le monde musulman tel qu’il prend forme. Les mots parleront de « démocratie », de « liberté », de « réforme », bien sûr. Ceux qui ne regarderont pas les faits en deçà des mots pourront applaudir. Obama lirait l’annuaire du téléphone, cela ne les empêcherait pas d’applaudir.

Guy Millière 

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