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Publié par Alexandre Del Valle le 7 juin 2011

Même les plus chauds partisans de l’audacieuse intervention occidentale doivent se poser la question et étudier tous les scénarios possibles. 

Eric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), dépeint de façon assez crue mais réaliste la composition de l’actuel Conseil national de transition (CNT) libyen : « 20 à 25 % de démocrates, un quart d’islamistes, un quart de partisans de la monarchie Senoussis, eux aussi proches de l’islam radical, et un quatrième quart d’anciens partisans de Kadhafi. » 
 
Commençons par le scénario le plus agréable : les jeunes rebelles « facebookiens » libéraux (liés au Front national du salut de la Libye, FNSL, basé aux Etats-Unis) et leurs alliés possibles – ex-Kadhafistes laïques, alliance Amazigh (Berbères, jadis opprimés sous Kadhafi), Union des femmes libyennes (UFL, fondée en 1983), Alliance des tribus du sud et de Syrte – remportent les futures élections de l’après-Kadhafi. Mais pour le moment, ces forces, qui pourraient certes voir leurs rangs grossir si Kadhafi était rapidement délogé par la coalition occidentale, ne représentent pas plus de 30 %. 
 
La plus puissante opposition est pour le moment représentée par les tribus, et surtout par la puissante confrérie religieuse des Senoussi. Représenté notamment par l’Union constitutionnelle libyenne (UCL), ce bloc « islamo-conservateur », qui revendique depuis longtemps la réislamisation du pays, et a toujours combattu les idées socialistes et laïques de Kadhafi, exprimées dans son « Petit Livre vert », pourrait s’allier électoralement aux islamistes proches des Frères musulmans égyptiens, et du Groupement islamique (al Jamaa al-islamiyya). Bien que se disant « pro-occidentale » et « modérée », cette force représente déjà 50 % des électeurs possibles. Mais en cas d’alliance avec les islamistes salafistes plus radicaux et plus anti-occidentaux (15 %), elle pourrait atteindre jusqu’à 65 % des voix en cas d’élections rapides… 
 
Pour résumer, l’hypothèse d’un gouvernement islamique et tribal, opposé à toute laïcité, paraît très probable.
 
La vraie victoire finale sera donc remportée par ceux qui occuperont le plus vite le terrain. Or l’opposition laïque pro-occidentale est déjà combattue à l’intérieur du CNT par les forces tribales confrériques et islamistes. 
 
Pour obtenir un « retour démocratique sur investissement militaire », l’Occident devra conditionner les importantes aides octroyées au CNT au respect de certaines valeurs, et à l’organisation d’élections non précipitées, qui laisseront le temps aux libéraux de rattraper leur retard par rapport aux islamistes, lesquels quadrillent le terrain avec leurs alliés tribaux. 
 
L’exemple tunisien doit servir de leçon : en organisant trop vite des élections dans un pays où l’opposition démocratique libérale fut longtemps inexistante, la mise risque d’être emportée par les islamistes, de loin les plus structurés et entraînés.
 
Alexandre del Valle
 
L'article original peut être consulté ici
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