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Publié par Michel Garroté le 19 juillet 2011

L’on sait désormais, notamment grâce au témoignage de Vladimir Fedorovski, que Ronald Reagan, Mikhaïl Gorbatchev, Helmut Kohl et Jean-Paul II ont mis au point, les quatre, de 1985 à 1991, les modalités de la fin de l’URSS. En échange d’un financement allemand de l’économie post-soviétique, Moscou acceptait, sans faire de difficultés, la réunification de l’Allemagne, le démantèlement de l'URSS et le passage à l'économie libre de marché (cf. lien en bas de page). Ce que l’on sait moins, peut-être parce que cela semble anecdotique, c’est que les Beatles aussi ont "renversé" l’URSS (cf. lien en bas de page). Du reste, ce week-end, la BBC a retransmis l'excellent reportage de Woodhead sur le rôle des Beatles dans la "chute" du Kremlin version sovéitique.

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Daniel Lesueur, sur http://www.suite101.fr/ explique : « Au même titre qu'en France écouter la BBC durant la guerre était répréhensible, durant la guerre froide, les habitants du bloc communiste n'étaient pas autorisés à écouter les stations occidentales. Mais il était impossible de saisir les postes de radio chez chaque habitant : il aurait fallu surprendre le contrevenant au moment où il écoutait une station honnie par le Parti. La détention et la vente de disques de "pop music" était sévèrement réprimés. Et les jeunes à cheveux longs étaient tondus au poste de police. Comment les Soviétiques ont-ils pris connaissance de l'existence des Beatles ? A partir de 1962, le soir, les jeunes se portaient à l'écoute des programmes pop de Radio Luxembourg, antenne connue sous le nom de "208" (sa longueur d'onde, 208 mètres). Ils pouvaient également tenter de capter les émissions (hélas brouillées) de Radio Free Europe et de Radio Liberty. Ecouter Radio Free Europe était considéré comme un grave délit ; les jeunes qui avaient demandé, par carte postale, à écouter leurs chansons préférées, étaient accusés de trahir la patrie et renvoyés de leur école ».

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Sylvain Cormier, sur http://www.ledevoir.com/ écrit : « C'est la faute aux Beatles. Gorbatchev, la Perestroïka, le Soviet en miettes, tout ça c'est le résultat du travail de sape des p'tits gars de Liverpool. Miné qu'il était, le Mur, fragilisé depuis les années 1960 par l'incessant grattage des pics… de guitare. Je caricature, mais ce n'est pas moins ce qu'affirme à travers le documentaire How the Beatles Rocked Kremlin (tourné en 2009, pour l'anniversaire de la chute) un vétéran réalisateur de la BBC, Leslie Woodhead, celui-là même qui, le premier, filma les Beatles en action, à la Cavern de Liverpool en 1962 pour Granada TV. Pris à témoin, des Russes. Tout un tas de Russes qui ressemblent au Pag d'aujourd'hui ou à feu le Great Antonio, hippies non repentants qui, en leur jeune temps, risquèrent gros, pas le Goulag ni le lavage de cerveau du KGB, mais quand même de vraies emmerdes, en propageant le Mersey Beat sous le manteau. Les histoires de débrouillardise abondent et fascinent: disques souples gravés dans la plus parfaite clandestinité (dans les studios où les soldats enregistraient des messages à leurs mamouchkas), guitares de fortune ciselées à même des tables de cuisine, etc. Tous ces anciens combattants verseront des «rivières de larmes» quand Paul McCartney, en mai 2003, leur chantera Back in the USSR en pleine place Rouge: on les comprend. Ce que l'on comprend moins, c'est le caractère exclusif du postulat de Woodhead: hors des Beatles, point de salut. C'est vendre pas cher les Stones, pour ne rien dire d'Elvis et du rock'n'roll. On se demandera aussi pourquoi, en Chine ou en Corée du Nord, les Beatles n'ont pas «détruit le communisme» aussi irrésistiblement. Ironie, on entend peu, ou pas, les Beatles durant cette heure consacrée à la liberté d'expression. Sinon l'extrait du reportage de Woodhead en 1962, ce sont les dizaines de groupes-hommages russes qui prennent le relais: l'utilisation de pièces originales est en effet interdite par… les Beatles. C'était plus facile, comprend-on, au temps de l'Ours ».

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Sur http://berlemon.net/ on peut lire : « Les frontières ne sont pas étanches et le phénomène touche aussi le bloc communiste de l’Est, à la fois fasciné et terrifié. Mais sans pouvoir d'achat. Il est évident que pour un certain nombre de jeunes Tchèques, Polonais, Hongrois ou Russes, le mouvement pop est d'emblée perçu comme une contre-culture fortement subversive, ne serait-ce que par son origine occidentale et par les grandes difficultés à y avoir accès. Malgré leurs extrêmes réserves, les autorités ne pourront jamais empêcher le mouvement pop de franchir le "rideau de fer". Les disques, les photos, les journaux sont l'objet d'un marché noir florissant dès 1963-1965 et les 45 tours des Beatles constituent à Moscou, Prague ou Budapest une marchandise convoitée, assez rare et largement négociable et échangeable. La Tchécoslovaquie communiste voit ainsi émerger au milieu des années soixante des dizaines de groupes beat (y compris des Red Beatles !) tandis que les observateurs sont frappés dès 1966 par les tenues vestimentaires des jeunes gens. Les jeans, les magazines, les disques passent la frontière avec les touristes et les commerçants, les cheveux s'allongent malgré – ou à cause – d'une chasse policière aux "champignons", appellation locale des tignasses Beatles. En Pologne, le film Help (pourtant un gentil divertissement qui date de 1965) devient un film-culte, alors que la réception des ondes de la BBC et de Radio Luxembourg, ainsi que des stations allemandes et françaises (Europe No 1 dont l'émetteur est en Sarre), des stations des forces américaines, mobilise tous les bricoleurs d'antennes. Le 22 avril 1967, les Rolling Stones sont probablement le premier groupe rock à jouer dans un pays du bloc socialiste. Ils se produisent à la Maison de la Culture de Varsovie, où seule la Nomenklatura a été invitée, ce qui provoque au dehors une émeute violente de plusieurs milliers d'adolescents frustrés. Les dirigeants communistes – se sont-ils bien renseignés sur la réputation du groupe ? – prennent soudainement conscience du potentiel subversif de cette culture, et ne renouvelleront plus l'expérience avant longtemps. En août 1968, les troupes du Pacte de Varsovie investissent Prague après le "printemps" libéral de Dubcek et sont médusées par ce qu'elles découvrent : des jeunes filles en minijupes, des jeunes garçons aux cheveux très longs et en jeans, la guitare à la main, chantant des airs pop. En quelques mois, Prague avait pris des allures de Swinging London, en somme s'était occidentalisée. Une évolution que la "normalisation" ne pourra jamais totalement arrêter. La même année, les Beatles parlent de l'Union soviétique dans une chanson intitulée Back In the USSR (sur l'album blanc, 1968) qui connaît un énorme succès de Moscou à Vladivostok grâce au "recopiage" des musiques et des textes, aux disques plus ou moins piratés qui circulent dans le pays. Le système D est utilisé pour diffuser le rock hors des canaux officiels (qui le répriment) : enregistrements sur bandes magnétiques d’émissions de radio captées en grandes ondes, gravures de « flexidisques » que l’on peut facilement cacher sur soi et revendre à la sauvette etc. Même si les Beatles ne sont jamais allés en Union soviétique et même si la chanson n'est qu'une anodine parodie d'un vieux rock américain, Back in the USSR a largement contribué au développement d'une culture rock alternative dans la « patrie du socialisme ». Et le culte des Beatles (puis de John Lennon) s'est développé dans les années 1970, d'ailleurs parfois avec la bénédiction du régime – le message de paix de Lennon pouvait servir certains intérêts soviétiques et les autorités tchèques ont toléré à Prague un "mur John Lennon". A la mort de Lennon en 1980, des foules de jeunes tchèques, de jeune soviétiques se recueilleront devant sa photo, tout comme des jeunes dans le monde entier. La mondialisation du pop est phénomène de masse qui dépasse donc très largement le cadre européen et occidental. Les Beatles et avec eux d’autres groupes pop célèbres parcourent les capitales du monde entier ; des dizaines de millions de jeunes gens ont des références communes, au-delà des frontières (même celles supposées étanches du communisme) et d'une culture "nationale" apprise à l'école. Il ne s'agit pas seulement d'un avatar du marketing capitaliste. L'événement doit être appréhendé dans toute sa dimension historique et géographique, celui d'une transformation planétaire  de la culture de masse. Même s’il paraît aujourd’hui iconoclaste d’y voir la cause principale de la chute du communisme (noyé non pas dans le Coca mais dans le rock’n’roll !), l’évolution est très sensible sur ce thème. Lorsque j’écrivais au début des années 80 que mai-68 était sans aucun doute une «révolution rock » au sens d’une forte influence rock dans la mondialisation de la culture contestataire des jeunes, mon hypothèse était jugée très hasardeuse. Et mêler le printemps de Prague et le rock apparaissait pour le moins audacieux. Qui conteste sérieusement cela aujourd’hui ? Et qui conteste que le rock a nourri la révolution de velours (Vaclav Havel, fan inconditionnel de John Lennon et de Lou Reed!). Alors il faut se rendre à l’évidence et prendre au sérieux les témoignages du reportage d’Arte, qui émanent certes de doux-dingues (le collectionneur d'icônes pop à Saint-Pétersbourg) mais aussi de ministres de Poutine (Sergueï Borissovitch Ivanov, l'actuel et très sérieux vice-Premier ministre de Russie). Décidément, oui, le rock a sapé les fondements de la société socialiste, particulièrement pendant la sinistre ère brejnévienne, alors que Khrouchtchev, ses Soyouz et ses coups de gueule planétaires représentaient finalement pour les jeunes un pendant plus sexy à Kennedy-superstar. Et poussons encore un peu plus loin l'analyse. En grande partie grâce aux Beatles, la musique rock a durablement et profondément transformé la culture de masse, bien au-delà de ses bases géographiques anglo-saxonnes, contribuant à une "mondialisation" qui ne pouvait plus s'accommoder d'une "guerre froide" entre deux systèmes idéologiques antagonistes », conclut berlemon.net.

Michel Garroté

Reproduction autorisée avec les mentions ci-dessous :

© Michel Garroté pour http://dreuz.info/ 2011 & sources citées

http://www.lespectacledumonde.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=219:coupdecoeur561&catid=36:coupdecoeur&Itemid=66

http://news.bbc.co.uk/2/hi/8232235.stm

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