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Publié par Abbé Alain Arbez le 16 août 2011

 

L’ENRACINEMENT BIBLIQUE DE L’EUCHARISTIE – Abbé A R Arbez

Les origines juives de la messe catholique

En 1990, le pape Jean Paul II déclare : « Il est bien difficile de comprendre le sens de l’eucharistie si on ne connaît rien de la première alliance ! ». Rien d’étonnant à cela, lui qui avait déjà dit : « Qui rencontre Jésus Christ rencontre le judaïsme ». Voilà une clé essentielle de compréhension de ce qu’est l’eucharistie, c’est à dire la messe, la cène. Il est vrai que – pendant la célébration, lorsque Jésus dit : (Matthieu 26.27) « Buvez-en tous, ceci est mon sang, le sang de l’alliance qui va être répandu pour une multitude en rémission des péchés » nous risquons d’oublier quil cite les paroles de Moïse 1250 ans avant lui : (livre de l’Exode 25.8 : « Moïse ayant pris le sang, le projeta sur le peuple et dit : ceci est le sang de l’alliance que le Seigneur a conclue avec vous et qui vous engage ». C’est précisément au cours d’une commémoration de la Pâque juive que Jésus a institué l’eucharistie, et ce geste est devenu transmissible pour ses disciples. Les apôtres ainsi institués ignoraient qu’ils célébraient une « eucharistie », puisque ce mot grec n’a été utilisé que bien plus tard, après l’ouverture aux païens hellénisants. La prière s’appelle alors initialement en v.o. la tefilah, c.a.d. le lien avec Dieu, dans laquelle s’inscrit laberakha, la bénédiction. Dans le « repas du Seigneur » elle devient toda, c.a.d. reconnaissance envers Dieu, ou : action de grâces (eucharistein).

Cela nous amène à constater que Jésus puise essentiellement dans sa tradition hébraïque pour personnaliser son « mémorial », c.a.d. le zakhor, et il dit précisément : « vous ferez cela en mémorial de moi » (et non pas  « en mémoire de moi » traduction française ambiguë, car elle évoque plutôt un souvenir, et c’est un contresens dans le judaïsme de Jésus de Nazareth). L’anamnèse, mot grec – souvent rendu par souvenir ou mémoire en français – traduit en fait l’hébreu zakhor, mémorial, ce qui signifie clairement se rendre contemporain de l’événement que l’on commémore. Lorsque les juifs célèbrent la Pâque, ils revivent l’événement salvateur comme s’ils y avaient eux-mêmes été présents. Ce n’est pas une évocation du passé, c’est une réactualisation au présent, ce qui réactive dans la vie d’aujourd’hui tout ce qui est arrivé des siècles auparavant. De même, « faire mémoire du Saint nom de Dieu », le D d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, c’est permettre à Dieu de se rendre présent à nous, et c’est comprendre, (comme l’explique d’ailleurs Jésus dans une controverse avec les Sadducéens), qu’il est non pas le Dieu du passé, le D des morts, mais le D des vivants, le D qui éclaire l’aujourd’hui de notre temps terrestre.

Faire mémorial de la Pâque, c’est la revivre au présent. Faire mémorial de la cène, c’est devenir contemporain de l’événement pascal du Golgotha, et non pas se souvenir d’un grand homme du passé !

Ce que signifie l’alliance, dans la Bible :

L’alliance avec Abraham est le lancement d’une relation de confiance et de dialogue, il y a promesse, mais le contrat complet se réalise avec Moïse. En effet, le peuple issu d’Abraham se retrouve en situation d’échec. En Egypte, il est esclave et il ne peut pas assumer sa liberté sur la terre que Dieu lui a promise. On passe donc à l’étape suivante : Moïse reçoit la révélation du vrai visage du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob sur le mont Sinaï. Au buisson ardent, (Ex 3.1) avec une flamme qui brûle sans détruire, il y a un message : « J’ai vu la misère de mon peuple, je suis résolu à le délivrer » (et la tradition juive résume ainsi cet épisode : dans la Genèse, les premiers mots de la Bible sont : « au commencement Dieu crée…bereshit bara ». En inversant les syllabes, cebereshit devient au Sinaï « berit esh » ce qui signifie : alliance de feu !).

Le Dieu créateur se révèle aussi comme le Dieu sauveur, (qui se dit Yehoshua) Il répond à Moïse : « Je serai qui je serai » = Eye asher ayé ! » Et on lit dans Ex 3.12 : son nom sera son mémorial…En d’autres termes, le nom, c’est à dire la « présence » de D, est toujours actuelle, il suffit de l’invoquer, il nous est présent. En effet le chemin de libération des enfants d’Israël doit conduire à la conclusion de l’alliance, c’est la sortie d’Egypte, le grand passage de la mort à la vie par les eaux de la mer, c’est la Pâque régénératrice. C’est au Sinaï sur la sainte montagne que se conclut l’alliance avec Dieu, avec la transmission des 10 commandements.

Depuis le Sinaï, c’est un objet mobile, le mishkan, l’arche d’alliance, qui contient le tabernacle = la « tente de la demeure » abritant les 10 paroles, signe de la présence réelle de Dieu à son peuple ; on lit en Ex 25.22 : « C’est là que je te rencontrerai » Le mishkan est de même racine que la shekhinah qui signifie la présence divine. Tabernacle, présence réelle, ces termes nous parlent, dans notre culture eucharistique ! Cela d’autant plus que l’arche d’alliance est l’objet le plus sacré de l’ancien testament, parce qu’il renferme trois réalités directement liées à ce qui sera l’eucharistie : la Parole de Dieu sur des tables de pierre, un vase rempli de manne (pain vivant descendu du ciel), et le rameau sacerdotald’Aaron, une branche d’amandier qui avait fleuri et porté du fruit signe de la prêtrise.

Dans l’histoire sainte, il y a la période de l’exil à Babylone, puis le retour à Jérusalem. C’est un nouveau départ pour le peuple ; alors Esdras fait relire la totalité des rouleaux de la Loi de Moïse, et cette assemblée refondatrice, dans une prière pénitentielle, demande pardon pour ses infidélités à l’alliance avec Dieu. C’est précisément dans cette sensibilité de restauration de l’alliance et de repentance des péchés que Jésus – à la suite des prophètes – inscrit son action personnelle, qui va déboucher sur le mémorial eucharistique et sur le sacrement de réconciliation issu du Yom Kippour. Au début de chaque messe, on aura un temps pénitentiel, devenant par la suite Kyrie Eleison.

Cela nous aide à comprendre que le sens de la première alliance n’est pas aboli par son renouvellement dans le sacrifice de Jésus. Ce n’est pas une sorte de préhistoire préfigurative qui perdrait toute signification propre après la passion de Jésus. Puisque dans le dernier repas de Jésus, nous constatons qu’il y a la commémoration de la Pâque juive qui reste entièrement valide, et l’instauration de la Pâque du Messie qui s’inscrit en elle pour en faire rebondir le sens salvifique sur les générations à venir.

Au temps de Jésus, il y a trois types de liturgie.

– la liturgie du Temple de Jérusalem,

– la liturgie familiale,

– la liturgie de la synagogue.

Au temple, tous les matins, des sacrifices sont offerts pour la communauté des enfants d’Israël. Après que la victime animale ait été égorgée et que son sang ait été répandu sur l’autel, elle est brûlée avec des galettes de blé et avec du vin. Il y a aussi les sacrifices d’expiation centrés sur le sang, symbole de la vie. Ils opèrent pour le péché et le rachat des pécheurs. Les sacrifices de communion et de paix, les shelamot. (Lév. 7.11-15) racine : shalom. Celui qui préside l’offrande est un père de famille ou chef d’un groupe particulier. Le taureau, le chevreau ou l’agneau est égorgé par les prêtres officiants. On fait trois parts qui créent la communion. Une pour Dieu, le sang, qui représente la vie qui n’appartient qu’à Dieu. (Toute viande doit être vidée de son sang pour être consommée). Une petite part pour les prêtres. Le reste, la plus grande part, pour la famille ou le groupe en pèlerinage. Dieu, les prêtres et les convives sont en communion dans ce sacrifice de paix. Sacrifice de l’animal et repas cultuel des convives ne sont qu’une même cérémonie.

La Bible de la Septante appelle ce sacrifice « Sacrifice de communion avec action de grâces », et l’écrivain juif Philon d’Alexandrie (contemporain de Jésus et de l’évangéliste Jean) l’appelle directement en grec « Sacrifice eucharistique ». On perçoit bien la parenté avec ce que les premiers chrétiens de culture juive appelaient « Le repas du Seigneur » Paul écrit dans l’épître aux Corinthiens : « Chaque fois que vous mangez ce pain et buvez à cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne » (1 Cor 11.26).

La fête de la Pâque commémore l’événement de la libération d’Egypte. Le 14èmejour de Nisan, la veille au soir, on commence la célébration. Dans la célébration familiale de la Pâque, on fait disparaître de la maison tout ancien levain pour signifier le renouvellement, le nouveau départ qui va se vivre pour tous.

On apporte la lampe, une menorah, qui est allumée par la mère.

Le père dit la bénédiction de la première coupe de vin que l’on boit en communion.

Le plus jeune pose au père qui préside des questions afin de créer un dialogue liturgique, « pourquoi cette commémoration, pourquoi ces gestes », etc… Le président répond à partir de la aggadah pascale, le récit des « merveilles de Dieu ». On boit la deuxième coupe.

Puis on se lave les mains, le père bénit les matzôt, le pain azyme. « Béni sois-tu Dieu de l’univers, toi qui nous donnes ce pain… ».On mange l’agneau pascal avec les pains azymes. Le pain azyme rappelle l’urgence du salut : en Egypte, la nuit de la libération des esclavages par Dieu, le pain n’a pas eu le temps de lever. Les Hébreux ont consommé le pain azyme, la matsa. Et depuis les origines, l’Eglise catholique utilise le même pain azyme, – appelé par la suitehostie (victime) – pour célébrer le salut dans la fidélité à la Pâque juive de Jésus. Dans la bible, le hamets le levain, la levure symbolise le ferment de corruption car il produit le gaz carbonique qui est ce que l’homme rejette. L’eucharistie invite aussi à rejeter le vieil homme pour revêtir l’homme nouveau présent dans le pain de vie. Le pain sans levure, c’était non seulement l’urgence du salut au sens pascal, mais le renouveau qui ouvre au monde à venir.

La berakha, c’est la bénédiction solennelle du repas, la birkat hamazon sur la troisième coupe de vin, que l’on boit. Jésus et ses disciples l’ont donc pratiquée ainsi que les premiers chrétiens tous juifs observants. Cette bénédiction est composée de trois niveaux :

– une bénédiction cosmique adressée au Dieu créateur qui nous nourrit ;

– une action de grâces au Dieu sauveur qui a libéré son peuple d’Egypte, lui a donné la Torah et la terre promise dans une alliance indestructible ;

– une supplication pour le peuple et pour Jérusalem menacée, avec un appel à la venue du Messie.

Après le chant des psaumes, on boit la 4ème coupe qui a été bénie. Le psaume 115 synthétise très bien la démarche : « Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ? » v,12. Réponse au v. 13 : « J’élèverai la coupe du salut », puis au v.17 :  « J’offrirai le sacrifice d’action de grâce ». Lorsque Jésus a célébré la Pâque avec les apôtres, et qu’il a voulu leur confier son mémorial, il y a sur la table 5 coupes de vin. Parmi elle, 4 coupes de vin auquel on a ajouté un peu d’eau, qui représentent les promesses faites à Moïse. La délivrance d’Egypte, car Israël est racheté par le Seigneur pour être son peuple à qui il donne une terre. La cinquième coupe de vin représente le retour dans le pays d’Israël. Les 4 premières coupes de vin sont diluées mais la 5ème contient du vin pur, non dilué avec de l’eau, elle est réservée pour le Messie à venir. Personne n’osait y toucher : or, c’est celle-là que Jésus prend.

Résumons le contenu de la toda, « l’action de grâces » dans les diverses liturgies juives.

Au Temple :

Les shelamot sacrifices de paix et de communion, sont un moyen de rendre grâce à Dieu. On les pratique à l’occasion des grandes fêtes, surtout la Pâque, mais aussi lors d’événements familiaux ou communautaires. Après le rite au Temple, un repas familial suivait à la maison, avec la viande issue du sacrifice.

A la maison : la coupe de vin évoque le sang des victimes animales sacrifiées. C’est le symbole de la vie, cadeau de Dieu.

Le kiddoush, bénédiction au cours des repas, a été pratiqué par Jésus et ses disciples, donc bien avant le sacrifice du Golgotha et les repas eucharistiques qui suivront la résurrection de Jésus.

A la synagogue : on y proclame une prière d’action de grâce, la tefillah. Les 18 bénédictions qui s’expriment, le shemone esre, comprennent une prière spécifique d’action de grâces pour tout le bien accompli par Dieu dans la vie de son peuple et dans celles des croyants à l’alliance.

On voit qu’il y a un fil rouge entre toutes ces bénédictions et ces actions de grâces que ce soit au temple, à la maison ou à la synagogue.

Cela nous permet de saisir l’impressionnante continuité entre les célébrations juives et les actions de grâces chrétiennes qui s’instaurent par étapes dans la vie des communautés. « Jésus prit du pain, le bénit, le rompit et le donna aux disciples en disant… » Il y a 4 récits sur l’eucharistie dans le Nouveau Testament, la bassora tova : Mt 26.26, Mc 14.22, Lc 22.17 et Paul 1 Cor 11.23.Ces repas d’action de grâces sont désignés comme « repas du Seigneur » chez Paul, et comme « Fraction du pain » chez Luc (Ac 2.42) Les premiers disciples qui célèbrent à la suite de Jésus sont des Juifs qui utilisent leurs bénédictions traditionnelles pour exprimer leur foi au Messie. Pour les Juifs, labirkat ha mazon (bénédiction du repas) est le sommet de la vie religieuse familiale. Les premiers chrétiens vont donc dire leur foi en la présence réelle du ressuscité à l’intérieur de repas de communion. Ils bénissent Dieu pour le pain et pour le vin, corps et sang livrés pour nous, offerts en sacrifice d’action de grâces pour la réitération et l’élargissement de l’alliance indéfectible entre Dieu et son peuple.

Nous constatons que les premières prières eucharistiques sont toutes bâties autour de la structure des bénédictions juives traditionnelles : la didachè,contemporaine de l’évangile de Jean, vers l’an 100, l’anaphore de St Hippolyte vers 220, l’anaphore copte de St Marc, vers 250,  celle de St Basile vers 300, et celle de St Jean Chrysostome, la plus courante dans les rites orientaux. A Alexandrie en Egypte, il y avait la communauté juive des Thérapeutes qui vivaient comme les moines de Qumran, dans la chasteté et la pauvreté et qui soignaient les gens déficients, corps, esprit et âme. Comme à Qumran, ils attendaient les temps nouveaux en célébrant des repas d’action de grâces et de confiance à Dieu. Leur prière de bénédiction célèbre est le Yotser Or, (toi qui façonnes la lumière…) on sait que cette prière est à l’origine de notre préface de la messe suivie de l’acclamation « saint saint saint » reprise du prophète Isaïe, laqedusha. Notre assemblée eucharistique par sa structure et son déroulement, par son symbolisme et sa signification, est donc entièrement greffée sur l’histoire biblique, et cette histoire biblique là encore, ce n’est pas seulement nos racines, (=passé !) comme on l’entend souvent, c’est aussi notre aujourd’hui !  La véritable eucharistie chrétienne est entièrement biblique et entièrement catholique. Rappelons nous à ce propos cette phrase d’Ignace d’Antioche en l’an 109 ap. JC : « Là où est le Christ, là est l’Eglise catholique »  (avant même la dernière rédaction de l’évangile de Jean, avec sa méditation sur le pain de vie.

 

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©Abbé Alain René Arbez pour Dreuz.info

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