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Publié par Guy Millière le 17 août 2011

 

 
Dans les années 1960, des intellectuels européens se rendaient en Chine et en revenaient extatiques. Ils avaient lu le Petit livre rouge et en avaient fait leur Bible. Les Chinois étaient heureux, vous disaient-ils. La croissance est impétueuse. Mao est le plus rouge des soleils que la terre ait porté. Le grand bond en avant a produit des merveilles. La Révolution culturelle a été un élan d’enthousiasme unanime de centaines de millions d’hommes et de femmes. Depuis, Mao est mort, la Chine a connu une ouverture au capitalisme, puis la révolte de la jeunesse, écrasée sur la place Tien An Men. Elle connaît, depuis une ouverture limitiée, contrôlée strictement par le Parti communiste chinois. Elle affiche des chiffres de croissance mirifiques, des excédents commerciaux à faire pâlir d’envie le reste de la terre, des réserves financières qui semblent presque infinies. Des instituts d’analyse  guettent le moment où la Chine deviendra la première puissance économique du monde, et ce moment, précisent-ils, est pour bientôt. Des économistes vantent le modèle chinois : comme ce sont souvent d’anciens maoïstes, cela leur permet de garder le même pays à admirer, même si c’est au travers de formulations différentes.  
 
J’entends une fois de plus modérer l’ardeur des instituts d’analyse et des économistes susdits. Quand bien même le produit intérieur brut chinois affiché par les autorités du pays deviendrait équivalent à celui des Etats-Unis (ce qui sera le cas, au mieux, et si aucun incident ne survient d’ici là), alentour de 2050, il est un léger détail qui se trouve laissé de côté : le produit intérieur brut par tête en Chine se situera à hauteur de vingt pour cent du produit intérieur par tête américain ou canadien. Ce qui signifie que la Chine ne sera toujours pas un pays développé, et toujours un pays en voie de développement. Le fait d’être un pays en voie de développement en fera un pays où une cinquantaine de millions de gens auront un niveau de vie à l’occidentale, trois cent cinquante millions de gens un niveau de vie équivalent à celui de la Turquie aujourd’hui, tandis qu’un milliard de gens seront encore au Moyen Age. Tenir le tout ensemble ne sera pas plus facile qu’aujourd’hui et impliquera toujours un appareil militaire et policier impitoyable et strict.  
 
Etre un pays en voie de développement qui doit continuer à fonctionner sur le mode d’une dictature impliquera un accès à l’information tout aussi raréfié qu’aujourd’hui et un accès à la connaissance tout aussi mutilé qu’aujourd’hui. Ces conditions feront que, comme aujourd’hui, l’esprit de création et d’innovation et l’esprit d’entreprise resteront jugulés.  
 
Cela, disais-je, si aucun incident ne survient. Or des incidents sont tout à fait à même de survenir : la Chine fonctionne aujourd’hui comme le sous-traitant manufacturier du monde développé, et elle joue pleinement ce rôle de sous-traitant qui la place en dépendance des entreprises où se crée la richesse, qui dépend essentiellement du capital intellectuel. Elle peut se doter de scientifiques, mais le capital intellectuel n’est pas fait que de science et implique pour s’épanouir une liberté individuelle qui reste et devrait rester absente : les dirigeants chinois semblent penser que des scientifiques peuvent créer du capital intellectuel sans liberté. Ils se trompent. Pour suppléer l’absence de créativité, ils copient et pillent les découvertes occidentales, mais dans un monde régi par ce que les économistes appellent les innovations de rupture (celles qui changent les paramètres d’un secteur de l’économie ou de l’économie entière), le copieur est condamné à avoir toujours plusieurs longueurs de retard : ce qu’il ne peut cacher qu’en mentant ou en tentant d’impressionner dans le cadre d’une fuite en avant. Et une fuite en avant peut créer bien davantage que des incidents, comme la récente catastrophe ferroviaire, entre autre exemple, vient de le montrer. Le « train à grande vitesse » chinois a été une réalisation de façade, extrêmement coûteuse et très déficitaire, menée hâtivement, et incapable d’accomplir les performances promises sur le papier.  
 
La Chine fonctionne toujours dans le cadre de plans quinquennaux. Ses entrepreneurs ne peuvent agir que dans le cadre strict d’un parti strictement dictatorial qui considère lui-même que l’accès au développement pour la majeure part de la population serait dangereux pour son propre pouvoir :  l’existence de zones plus riches et de zones très pauvres permet de faire espérer à des pauvres le passage dans les zones plus riches et de faire planer le spectre du renvoi vers la pauvreté au dessus de la tête de ceux qui vivent dans les zones plus riches.  
 
Aucun entrepreneur chinois ne peut rester entrepreneur sans se soumettre pleinement aux ordres du parti unique et sans accorder de multiples faveurs aux cadres du parti. Plus des deux tiers des profits sont réalisés par des entreprises pleinement contrôlées par l’Etat.   
 
On doit ajouter à tout cela des ravages profonds en matière d’environnement, les effets d’une politique de dénatalité qui va laisser des millions d’hommes dans l’impossibilité de trouver une femme et de fonder une famille (la décision imposant pendant plusieurs décennies un enfant par femme a débouché sur un grand nombre de bébés de sexe féminin tués à la naissance), ce qui sera un facteur de troubles sociaux. On doit ajouter aussi les effets du vieillissement de la population qui résultent : davantage de vieilles personnes à charge.
 
On doit ajouter enfin que le système financier chinois est très opaque, contrôlé lui-même par le parti unique, et que celui-ci, pour maintenir la croissance dans un contexte de récession du monde développé a demandé à la Banque centrale du pays de prêter beaucoup, et d’inciter très fortement les potentats locaux à mener une politique de construction d’infrastructures inutiles, tout en incitant tout aussi fortement les quatre  cent millions de gens sortis du Moyen Age à investir dans l’immobilier : le résultat est un endettement intérieur global équivalent, selon les données disponibles à 125% du Produit intérieur brut. Il est estimé qu’au moins la moitié de ces créances sont irrécouvrables. Il est estimé que si la croissance se situe présentement à 8%, la croissance dans le secteur de la construction et de l’immobilier se situe à 25%. Les conditions d’une gigantesque bulle immobilière sont en place.  
 
La Chine, dans deux, trois ou quatre décennies sera sans aucun doute plus riche. Elle n’en restera pas moins minée par ses propres contradictions politiques et économiques. Elle ne sera pas la première puissance économique du monde, quand bien même elle restera la première usine du monde. Elle ne pourra devenir une puissance hégémonique se substituant aux Etats-Unis. D’une part parce qu’elle n’en aura pas la capacité militaire, d’autre part parce que sa montée en puissance s’accompagnera et s’accompagne déjà de conflictualités avec ses voisins, en troisième lieu parce que son propre fonctionnement ne peut aller de pair avec une avancée intérieure et extérieure  vers un marché libre constitué d’acteurs libres. La Chine, pour l’heure, a la physionomie d’un pays de type fasciste, et non celle d’un pays capitaliste. 
 
Le développement de la Chine est un phénomène intéressant à observer. Il permet à des dizaines de millions de gens de sortir de la misère. Tant mieux. Il n’existe pour autant aucun modèle chinois. Ceux qui cèdent à la fascination devraient faire preuve de davantage de prudence et de circonspection, et songer aussi aux cataclysmes possibles si des dysfonctionnements plus graves que ceux que l’on constate déjà survenaient.
 
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© Guy Millière pour www.Dreuz.info
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