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Publié par Rachel Franco le 6 octobre 2011

Vous vous en souvenez certainement ! Chaque année, je publie à nouveau le magnifique texte sur le Pardon que j'avais intitulé << Mehila ou le visage de l'altérité>>, texte que j'avais reçu par mail avec la précision que le texte est d'un auteur inconnu.

 

Je suis heureuse que ce visage porte un nom et c'est celui de Mr Yaacov Ben Denoun.

 

Mr Yaacov Ben Denoun s'est fait connaître  auprès de mon ami Yossi Taieb, du site de terredisrael.com et je me dois de lui rendre ce qui lui appartient et n'appartient qu'à lui : une plume remarquable qui fait vibrer les mots et réveillent la lumière de sa profonde humanité.

 

Cet auteur est aussi artiste peintre et je vous invite à le découvrir sur le blog : http://yaacovbenyarcov.over-blog.com/

et sur le  site yarcov.com ou zingergallery.com.

 

 

MEHILA  Par Yaacov Ben Denoun

A ceux que j'ai mal aimés, ou insuffisamment, ou sans allant.

A ceux que j'ai mécontentés, et qui peuvent m'en vouloir,

Qui se sont sentis touchés par mes paroles, mes postures, mes faiblesses.

Mehila

Aux malades que je n'ai pas visités, aux parents qui m'attendaient,

A ceux à qui j'ai refusé un geste de justice, un don ou une offrande,

A ceux que j'ai laissés seuls, sans secours, sans affection.

Mehila

Aux amis que j'ai déçus, à ceux qui espéraient de moi plus qu'une consolation,

A ceux qui cherchaient ma présence, à ceux qui me guettaient du regard,

A ceux qui dans le silence découvraient l'absence et la prière insatisfaite.

Mehila

Aux intentions louables, à mes actes manqués, à l'apparente indifférence,

Aux illusions perdues, aux rêves imparfaits, aux appels à la chance,

Aux ambitions ultimes, aux horizons ouverts, aux regrets de l'enfance.

Mehila

A ceux qui me sont proches, qui me frôlent le coeur,

Aux fleuves qui descendent, aux ruisseaux qui remontent,

A la chère incandescence dans des yeux si peu croisés.

Mehila

De n'être qu'un souffle, qu'une exaspération,

De n'être pas sensible aux tiédeurs de la patience,

A ces incertitudes que souvent j'affectionne.

Mehila

De n'être pas intime avec la perfection,

De ne vouloir les cimes que par ma prétention,

Et d'oublier la vie qui palpite et s'enflamme.

Mehila

De vouloir, d'essayer, souhait certainement futile,

De ne pas arriver à embrasser ce monde,

A irriguer ma vie de sèves de contentement.

Mehila

Pour mes errances, pour mes pensées inquiètes,

Pour l'appel à la danse, pour mon pas qui s'arrête,

Pour n'être pas à l'heure, à votre rendez‐vous.

Mehila

Pour avoir interrompu votre quiétude, pour la colère rentrée,

Pour le sort qui nous est fait, pour ces hivers si rudes,

Pour ne pas être souvent le héraut de la cause qui vous est chère.

Mehila

Pour ce temps que nous partageons, qui ne vous honore pas,

Pour ces murmures fébriles, ces embrassades furtives,

Pour ces mots de vermeille qui n'ont pas pris l'envol.

Mehila

De ne pas saisir le bonheur de vivre dans votre sillage,

De chercher toujours ailleurs les liens de l'arrimage,

De regarder vers l'Est des passions de mon âge.

Mehila

De ne pas avoir la ressource de vous aimer plus fort,

Mes amis, mes soleils, mes compagnons du jour,

De vous porter ombrage en désespérant encore.

Mehila

Aux bras délaissés, aux mains qui s’entrouvraient,

A ce destin fébrile qui préparait mes pas,

A ces déconvenues précédant le départ.

Mehila

Pour ces chemins qui parfois nous invitent,

Pour ces désirs torrentiels qui irriguent nos jours,

Pour l’appel de la route, le rêve d’un ciel plus bleu.

Mehila

Pour ces regrets que j’ai pu mettre au monde,

Pour mes paroles sevrées de l’amour qui est dû,

Pour ces brisures du temps devenus des parcours.

Mehila

Pour ces étoiles qui brillaient dans mon ciel,

Pour l’éclat des prières, pour l’or des espérances,

Pour ces envies d’azur aussi fragiles qu’un jour.

Mehila

Pour mes égarements, pour les roses fanées,

Pour les herbes jaunies et les tiges tremblantes,

Pour l’étincelle de vie, pour la sève dormante.

Mehila

Pour les écueils, les rochers aiguisés,

Pour la proue des navires qui venaient s’y figer,

Pour mon coeur insensible à vos peines intimes.

Mehila

Pour ces liens distendus, pour ces maillons épars,

Pour cette âme de passeur, pour l’envie de donner,

Pour n’avoir pas transmis ce qui lors pouvait l’être.

Mehila

Pour ces colères, pour ces coups de tonnerre,

Pour ces vagues venues d’océans rugissants,

Pour ces tumultes inutiles, ces rumeurs aux bruits creux.

Mehila

Pour ces plaintes, pour ces lamentations,

Pour les murmures du vent, les sifflements sonores,

Pour cette conscience de soi complaisante à l’excès.

Mehila

Mehila

Je reviens sur mes pas,

Pour changer d’horizon.

Mehila

Mehila

Que votre regard me pardonne

Avant que les portes se referment.

Mehila

Pour ces chants qui ne sont plus, pour le passé des passions,

Pour tous ces rires diffus, pour ces traces d'émotion.

Je vais encore vous dire, le plus tendrement du monde,

Ce mot de l'affliction qui deviendra la joie.

Mehila, à tous, Mehila.

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