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Publié par Jean-Patrick Grumberg le 11 novembre 2011
Jean-Patrick Grumberg : Jacques Tarnero, vous venez de publier « Le nom de trop, Israël illégitime ?*» dont nous avons publié la préface signée par Pierre André Taguieff (1). Vous avez pris un risque énorme, celui d’être boycotté par tous les médias, en publiant un livre qui aborde un sujet à contre courant. Avez-vous eu du mal à trouver un éditeur ? Pourquoi Armand Colin a t-il décidé de vous suivre ? Qu’elle a été l’avis de l’attachée de presse de l’éditeur ? 
 
Jacques Tarnero : Je sais que ce que j’écris est à contre pied de la doxa dominante et que les questions que ce livre pose ne veulent pas être entendues par la bien pensance qui a fait de l’accablement d’Israël (accompagné par une incessante conversation sur la Shoah) son paradigme intellectuel. Ce qui est stupéfiant c’est, au pays de l’impertinence intellectuelle autoproclamée, la complicité sur cette question – celle de l’accablement d’Israël- soit à ce point flagrante. 
 
Ici, c’est la culture de l’évitement des questions qui fâchent. La bonne conscience anti Israël est bien la religion la mieux partagée des temps actuels. Les précédents silences absolus qui ont affecté la publication des livres de Pierre André Taguieff, qui sont des livres savants, ultra référencés, incontestables sur les faits rapportés, signent un refus de voir le réel pour ce qu’il est. Cette mécanique intellectuelle relève des mécaniques staliniennes sans même besoin de KGB pour la faire fonctionner. 
 
En France en 2011, tout ce qui touche Israël de manière, un peu, empathique, est excommunié. Quelle performance de l’esprit critique et de la curiosité intellectuelle !
 
Je précise tout de même pour vos lecteurs que je ne mets pas en cause la pertinence des recherches ou l’intérêt intellectuel pour tout ce qui touche à l’histoire du nazisme, de la mise à mort des juifs européens, mais que je m’interroge sur l’usage de cette curiosité, sinon sur la nature même de cette curiosité ; dans les années 2000, en plein effet hexagonal de l’intifada n° 2, la chaine de l’intelligence et de la culture ARTE, diffusait le lundi un film se rapportant à la Shoah, le mardi un reportage accablant Israël, le mercredi Shoah 2, le jeudi la bataille de Jenine, le vendredi Shoah 3 et le samedi un autre reportage sur le « génocide » commis par les israéliens à Naplouse.
 
J’ajoute que le succès des « Bienveillantes » de Jonathan Littell obéissait à des raisons troubles, ambigües, et que le succès simultané des récits racontant la mise à mort des juifs, s’accompagnant des succès des récits démontrant la malfaisance des israéliens, me fait question.
 
Armand Colin n’a fait aucun problème pour accepter le manuscrit. C’est donc une preuve d’indépendance d’esprit et de liberté, et je leur en sait infiniment gré, car le risque, économique et d’image, c’est eux qui l’ont pris. Personnellement mon compte est bon depuis longtemps… 
 
Dreuz.info : Comment ont réagi les médias, les intellectuels, à la parution de votre livre, et pourquoi ? 
 
JT : A ce jour le silence médiatique est total. 
 
Dreuz.info : dans votre livre, vous faites un parallèle entre les mécanismes qui ont permis l’extermination des Juifs en 1940, et l’éradication de l’Etat Juif : dans les deux cas, les Juifs ont été présentés comme la cause de problèmes immédiats, et leur élimination, la solution logique, nécessaire, indispensable et juste pour régler ces problèmes. Dans les deux cas, les Etats – et les médias – se sont fait remarquer par leur indifférence, et toute illusion d’un soutien européen serait irresponsable. Quelle est, selon vous, l’antidote ?
 
JT : L’anti-israélisme semble être aujourd’hui la religion partagée par une grande partie de l’humanité, mais elle se décline sous des formes différentes selon les publics et les lieux. 
 
Ce qui est très extraordinaire c’est qu’un Etat, puissant, l’Iran, ne fait pas mystère de ses intentions exterminatrices contre Israël et ceci est dit depuis la tribune de l’ONU.
 
Ceci est dit dans le même moment où on fait en France succès aux livres sur Jan Karski, ce Résistant polonais qui était venu prévenir les Américains et les alliés du sort des juifs en Europe sous la botte nazie. Il ne fut pas entendu, tout comme on ne prend pas au sérieux les diatribes antijuives d’Ahmadinedjad. A quoi sert l’histoire ? 
 
Alors bien sûr les démocraties indignées prennent la porte, mais au fond, l’institution ONU accepte que des propos pareils y soient tenus, un peu comme on a laissé parler Goebbels à la tribune de la SDN en 1938. Hier, mieux valait « Hitler que le Front populaire » et aujourd’hui « mieux vaut être verts (d’islam) que morts », nous disent en cœur Verts (bio, forcément bio) gauchistes résiduels et indignés stéphanhesseliens. 
 
Le paysage idéologique nourri de tels ingrédients est bien un désastre intellectuel et politique. Je ne vois actuellement, aucun antidote à cette déferlante de bêtise nourrie de bonne conscience à 3 euros. Peut être faudra-t-il attendre l’application démocratique de la charia dans le 9-3 pour que l’on commence à comprendre que ce qui menaçait Israël, nous menace ici, sous nos latitudes. Mais peut être sera-ce trop tard ?
 
Dreuz.info : Qui, selon vous, en Europe et plus particulièrement en France, souhaite la disparition de l’Etat d’Israël et pour quels motifs ? Y a t-il un mot d’ordre contre Israël ? 
 
JT : Je pense qu’à part des islamistes fanatiques, Ahmadinedjad, Dieudonné et autres du même genre, et quelques nazis nostalgiques, personne (dans la sphère occidentale) n’ose avouer qu’il souhaite la disparition de l’Etat d’Israël et y substituer la Palestine enchantée. 
 
Les choses, dans la majorité des cas, s’expriment différemment : c’est la main sur le cœur et des sanglots dans la voix que l’indigné étalon essuie une larme ou un torrent de larmes sur la Shoah, puis dans même geste indigné déclare qu’en 1948, ce nouvel Etat n’aurait jamais dû voir le jour. 
 
C’est une nuance de style qui conduit au même résultat me direz vous, mais en France et à gauche, on a ce souci de l’élégance. 
 
Prenons le pari que ce même indigné est prêt à verser de nouveaux torrents de larmes si une bombe atomique venait à frapper Tel Aviv. Ceci, c’est la première option versus bonne conscience, mais il y en a une autre plus dure, plus politique, qui défile sans sourciller de la Bastille à la République, derrière des banderoles affichant un signe égal entre la Svastika et l’étoile juive. Que des gens de gauche, cultivés, sensés connaître l’histoire, aient participé et aient apporté leur caution à cette ignominie est tout simplement abject. Cette haine, n’a pas d’autre équivalent. 
 
Nazifier Israël c’est bien évidemment exprimer un désir de mise à mort. Symétriquement, la sanctification de la cause palestinienne, sans aucun regard critique sur ce qui la constitue, sur l’idéologie de ses composantes, sur l’enseignement de la haine tel qu’il est diffusé dans les écoles, c’est faire preuve d’un aveuglement devant le réel. On ne veut pas savoir, et la visite commune de Stéphane Hessel et de Régis Debray à Gaza fait irrésistiblement penser à ces voyages d’intellectuels en URSS ou en Chine de Mao, quand les contes sur l’avenir radieux rendaient idiots les plus fins esprits. En France c’est bien connu on adore se tromper avec Sartre…
 
Dreuz.info : Israël est accusé de racisme, d’apartheid, du meurtre d’enfants palestiniens, d’épuration ethnique et du vol des territoires de ses voisins, quels sont les faits qui nourrissent ces accusations ?
 
JT : Vous oubliez les requins du Mossad qui ont mangé des touristes allemandes en mer rouge pour torpiller le tourisme en Egypte, les bonbons aphrodisiaques, mis au point par les labos du Mossad, pour pervertir les femmes égyptiennes, les vols d’organes prélevés sur des cadavres en Haïti par des agents du Mossad déguisés en sauveteurs etc. Qui nous dit que le réchauffement climatique ne serait pas le fait du Mossad, tout comme la catastrophe de Fukushima ? Elémentaire mon cher Stéphane !
 
Dreuz.info : pas un seul grand média, en France, ne soutient Israël, ils s’alignent systématiquement sur la politique étrangère décidée par le Quai d’Orsay. Peut-on parler de liberté de la presse ? 
 
JT : Je ne pense pas que les media obéissent au Quai d’Orsay. Ça n’est pas de cet ordre là, et c’est bien pire. Il s’agit plutôt de conformisme idéologique, de corporatisme professionnel fondé sur une pensée à la fois sommaire, enrobée d’idéologie. La liberté dans la presse ( plutôt que de la presse) est menacée par ce conformisme intellectuel, cette soumission à la pensée dominante. En tout cas, ça n’est certainement pas le pouvoir qui menace la liberté de penser. Au temps des ricaneurs publics et autres guignols, tout peut être dit en France, et c’est peut être cette impertinence supposée qui est le pire des conformismes. Ces deux discours, celui du Quai d’Orsay et celui des « indignés » divers, sont parallèles mais pas organiquement liés. Cette confluence de la réal politique avec les tenants de la révolte morale a de quoi faire sourire, ou pleurer. 
 
Dreuz.info : certains accusent les médias d’être tenus par les Juifs, et paradoxalement, ces médias sont tous hostiles à Israël, N’y a t-il pas là une contradiction ? 
 
JT : Cela fait partie des contradictions majeures du paysage idéologique actuel. 
 
La fantasmagorie islamiste sommaire accuse les juifs de tenir les media entre leurs mains, alors que dans le même temps ces mêmes médias ne ménagent ni leurs critiques ni leurs calomnies, sinon accablent Israël des pires maux. 
 
Ces contradictions ne sont pas nouvelles : il y avait déjà eu les énoncés suivants : 1- la Shoah est une imposture inventée par les juifs (donc les nazis seraient innocents d’un crime qu’ils n’auraient pas commis) 2 – les juifs-israéliens sont des nazis (mais si les nazis sont des agneaux ? Quid des juifs dénoncés comme nazis ?) Tous les discours tenus contre Israël sont permis, même les plus absurdes, les plus contradictoires, car la logique de la dénonciation d’Israël est celle de la haine absolue, de passion haineuse où justement la logique fait défaut. Il n’y a pas de raison dans tout cela sinon celle des transes collectives. Il y a à propos d’Israël des attitudes pavloviennes tout à fait stupéfiantes. Allez dire dans un dîner en ville que vous compter aller en vacances à Tel Aviv : vous cassez l’ambiance, vous gâchez la soirée. Dans certains lieux le nom Israël sonne obscène. D’ailleurs comme l’a dit un grand penseur post stalinien, le « nom juif » n’existe pas, alors l’Etat des juifs …. On pourrait qualifier ces attitudes de névrose obsessionnelle collective, ce qui, à l’échelle de millions de personnes constitue un dispositif psychologique intéressant… 
 
Dreuz.info : pensez-vous que les médias influencent fortement l’opinion publique contre Israël, ou qu’un certain nombre de français, conscients et méfiants de cette propagande, restent critiques vis à vis de cette désinformation ? 
 
JT : Je pense que le bon sens ou l’esprit critique minimum n’ont pas déserté la sphère publique, que « les gens » ne sont pas dupes, qu’ils sont inquiets devant les transformations de leur propre environnement, de celui de leurs enfants à l’école.
 
Cependant la connexion entre les menaces diffuses qu’ils perçoivent et la situation d’Israël ne s’est pas encore faite. Le matraquage médiatique est tel que dans ces moments où l’indignation tient lieu de pensée, la force israélienne contre des enfants lanceurs de pierre, celle des Gavroche contre des Robotcop, fait que l’opinion est davantage prête à verser une larme sur Gavroche, même si cette histoire est une fable mise en scène.
 
J’ajoute que la machine idéologique ne se limite pas à faire pleurer, elle énonce des mensonges, comme France 2 a pu en produire dans cette émission « un œil sur la planète », et ces mensonges accablent Israël. Il est très difficile de lutter contre la puissance mensongère de cette machine médiatique. Cela implique un effort intellectuel énorme, d’aller chercher l’information contradictoire etc. Il faut aussi s’affranchir du poids de la culpabilisation collective qui dénonce comme raciste toute mise en cause de ce dispositif. 
 
On paie dramatiquement le prix de l’antiracisme religieux des années 80 : l’arbre Le Pen cachait la forêt islamiste, ou la jungle de la Propalestine. Aujourd’hui, la bonne conscience à 3 euros submerge tout. Est ce que le discours des média est le reflet de l’opinion ? Je ne sais pas comment mesurer cet écart.
 
Ce qui est évident dans le regard global porté sur ces questions, c’est le refus de prendre la mesure globale de l’affrontement : Israël est LA ligne de front. Aznar, l’ancien premier ministre espagnol, a eu ce mot d’avertissement pour les européens : « si Israël tombe, nous tomberons tous » Je pense que ce cri d’alarme ne veut pas être entendu. 
 
Dreuz.info : existe t-il, selon vous, des antisionistes non antisémites, et si oui, quel est le mécanisme de leur pensée ? 
 
JT : Seuls des internationalistes absolus, opposés à tout Etat, pourraient s’affirmer antisionistes sans être antisémites. Il s’agirait d’ultra libertaires, baba cools, en catogans poivre et sel, avec du fromage de chèvre dans leurs sabots. Mais cette espèce a quasiment disparu du paysage. Par contre ceux qui s’inscrivent dans la chaine de raisonnements qui dit : le peuple juif n’existe pas, et en tant que non-peuple, sa quête nationale est artificielle, néo colonialiste, etc, ceux la tiennent un discours antisémite parce que déniant aux juifs le droit de s’affirmer comme peuple, et en tant que tel, dénier au seul peuple juif le droit à une aspiration nationale, alors qu’ils l’acceptent pour d’autres. 
 
Cette inégalité de statut qui exclut les juifs des droits accordés à tout peuple est une discrimination antijuive. Malheureusement c’est en Israël même que ce type de discours trouve ses supporters. On se souvient de cet inénarrable livre, si louangé en France, dans les média et à Normale Sup, de Shlomo Sand « comment le peuple juif fut inventé ». Quelle aubaine que ce soit un israélien et un juif qui vienne conforter l’illégitimité du projet sioniste, au prétexte que le peuple juif serait une invention ! Il faut bien dire que ce succès intellectuel avait été précédé par un autre événement à la rue d’Ulm annonçant la non pertinence du « nom juif ». Si le « nom juif » ne peut être en tant que substantif, que dire du peuple, ce rassemblement de tous les « nom »s qui se reconnaissent en lui ?
 
Badiou et Shlomo Sand ont construit un système complémentaire de délégitimation des fondements mêmes du droit de l’Etat des juifs. Mais ce qui est aujourd’hui le plus répandu, c’est bien cette double attitude de compassion pour les juifs morts d’avoir été jetés hors des Etats où ils vivaient, et de réprobation pour les juifs vivants dans un Etat à eux.
 
Dreuz.info : des intellectuels Juifs comme Bernard Henri Levy, Elie Barnavi, et Alain Finkielkraut avaient signé l’appel de JCall, une émanation du J street américain, contribuant, un peu plus, à la délégitimation d’Israël. Ils avaient d’ailleurs apposé leur signature à coté de vrais ennemis d’Israël comme Daniel Cohn-Bendit. Sont-ils, selon vous, aveuglés par une idéologie de lutte politique, ou plus prosaïquement par la peur de perdre un confortable statut social ? 
 
JT : Il est certain que soutenir Israël n’améliore pas votre image de marque intellectuelle, et ne saurait figurer dans un bon plan média ou marketing, ceci dit, je ne porterai pas de jugements aussi radicaux, et je ne dis pas les choses comme vous les dites. 
 
Finkielkraut, Levy sont de fidèles amis d’Israël et ont payé un prix élevé pour leurs prises de positions très souvent solitaires. Finkielkraut a été l’objet de calomnies invraisemblables et de procédés inqualifiables, venant de journalistes israéliens irresponsables sinon malhonnêtes. Barnavi a été ambassadeur d’Israël en pleine intifada, et a défendu, à l’époque, son pays bec et ongles. Je regrette qu’aujourd’hui il s’associe ici (pour des raisons qui sont les siennes) à la norme anti-israélienne, sans nuance.
 
Pourtant il connaît très bien le paysage parisien, ses faux héros et ses vraies postures. Dommage pour lui. Aujourd’hui je crois que ce qui les anime à travers J Call et autres, c’est ce sentiment d’urgence face à une situation qui se dégrade de jour en jour, et où le statu quo ne peut apparaître comme la seule perspective stratégique pour Israël. Je ne suis pas dupe non plus de l’intrumentation du J call dans la stratégie Obama. 
 
Ce que personnellement je reproche à ces appels, c’est qu’ils furent publics, lancés à l’extérieur d’Israël, et qu’ils ont servi d’alibis aux pires ennemis d’Israël. Leur succès médiatique témoigne de l’usage qui en fut fait. Ceci dit, le temps ne joue pas en faveur d’Israël : pour deux raisons : démographique d’abord : en gardant les territoires Israël risque de devenir un Etat bi-national dont la mécanique démocratique jouera à terme contre l’identité juive du pays. L’autre raison est que le temps qui passe renforce la puissance, militaire, politique, des plus radicaux contre les tenants du compromis. Quelle alternative y aurait-il à l’Autorité Palestinienne de Abbas ? Entre deux maux, faut il favoriser le pire ? 
 
Un mot sur Cohn-Bendit dont les louanges récemment tressées à Stéphane Hessel l’éloignent radicalement de son statut d’icône irrévérencieuse. Sa soumission au conformisme dominant du narcisse indigné de la Propalestine, est assez triste. Les Verts, en la matière se distinguent par leur fanatisme borné où le souci écologique brille par son absence. Il y a quelque chose de très troublant dans la psychologie collective des Verts, dans ce gauchisme reconverti qui utilise le mauvais sort fait à la planète pour dire un tout autre ressentiment.
 
Dreuz.info : la partie est elle mal engagée selon vous, pour les Juifs et pour les israéliens, qui doivent s’attendre, dans les années ou les décennies à venir, à subir peu ou prou le sort que l’histoire a toujours réservé aux Juifs ? 
 
JT : La partie est mal engagée pour Israël ? Oui et non.
 
Oui parce qu’Israël a un handicap structurel qui lui interdit d’agir sur le long terme car il pense le long terme avec les contraintes du court terme imposé par le jeu politique intérieur. Un système électoral absurde (la proportionnelle absolue) interdit à tout gouvernement une capacité à disposer d’une majorité stable, capable de mener à bien une politique. Des petits lobby ultra minoritaires pèsent lourd et font et défont des majorités. Des associations de retraités ou des amicales de fous de la Torah de Marrakech contre l’Amicale des fous de la Torah de Vilnius, imposent leurs lubies. Vu la gravité des urgences, ce type de fonctionnement pourrait être considéré comme une illustration parodique de l’humour juif mais est particulièrement inapproprié aux enjeux actuels. Il y a donc un décalage terrible entre un appareil politique archaïque et une société civile particulièrement créatrice.
 
Oui aussi au plan intérieur, parce que la non séparation entre israéliens et palestiniens transforme le pays en un Etat bi-national qui sera de plus en plus difficile de nommer Etat juif. Ici le principe de réalité fait défaut à l’actuelle majorité. La démographie impose de regarder la réalité en face. A moins d’expulser tous les arabes à l’Est du Jourdain, on ne voit pas comment, les territoires gardés, Israël pourrait survivre démocratiquement. La question la plus importante n’est pas le discours incantatoire invoquant la paix, mais la définition par Israël des frontières dont il veut se doter. Or il y a bien ici une énorme difficulté due aux exigences sécuritaires face à la réalité démographique. Israël a besoin de frontières défendables et on ne souhaite à aucun autre Etat d’avoir à gérer une situation aussi complexe. Il faut trois minutes à un missile tiré depuis l’Est de la ligne verte pour atteindre Tel Aviv. Entre Kalkilya (village palestinien) et la mer Méditerranée, la distance n’est que de 14 kilomètres ;
 
La partie est aussi mal engagée au plan militaire, car chaque jour qui passe renforce les capacités nucléaires de l’Iran. Et là c’est le monde entier qui va bientôt se trouver au pieds du mur. Que fera Israël s’il est confronté à une menace existentielle ? Israël ne peut pas se permettre de recevoir une bombe. Une seule bombe sur Tel Aviv, et Israël est blessé à mort.
 
L’Iran sait qu’Israël peut aussi l’anéantir, mais les échelles (géographiques et démographiques) ne sont pas comparables ; d’autre part, la stratégie de la dissuasion ne fonctionne pas avec des dirigeants politiques qui ont fait de l’apocalypse le bréviaire de leur politique. Ahmadinejad est prêt à sacrifier tous les palestiniens pour pouvoir bombarder Tel Aviv. La jouissance est ici du côté de la destruction d’Israël plutôt que la construction de la Palestine louangée. Cette prospective catastrophique est connue de tous, et il est donc de l’intérêt des puissances disposant encore de lucidité de la prévenir à temps. Israël est en droit de se prémunir contre un attaque mortelle. Souvenons nous de la menace des fusées soviétiques installées à Cuba, et du choix des Etats Unis de John Kennedy. Eliminer la menace iranienne n’est pas une affaire israélienne, c’est l’affaires de toutes les démocraties qui veulent au minimum sauver la paix.
 
Non, la partie n’est pas mal engagée pour Israël qui a une formidable capacité de rebond, une créativité folle, un dynamisme qui va à l’essentiel, une capacité toujours vive à se moquer de ses propres turbulences, un patriotisme chevillé au corps (à quel prix !) et c’est cet Israël qui devrait servir d’inspiration curative et préventive pour nos jérémiades européennes !
 
Dreuz.info : on pointe souvent un doigt accusateur contre les leaders israéliens, contre l’élite fortement de gauche, habitée d’une idéologie de compromis, de faiblesse, et de bénéfice du doute au bénéfice de l’ennemi. On lui reproche d’être prête à toutes les lâchetés pour gagner sa reconnaissance par l’intelligentsia de New York et de Paris. Vous associez-vous à ces accusations ? 
 
JT : Non, je ne m’associe pas à ces accusations. Je ne pense sûrement pas que Amos Oz ou que David Grossman fassent preuve d’une quelconque lâcheté telle qu’on les pratique en Europe ou en France. Grossman a perdu son fils au cours de la guerre du Liban en 2006, et ça n’est pas depuis ici que je donnerai des leçons de patriotisme par procuration. De quelle légitimité pourrions nous nous prévaloir ? J’ai entendu Grossman à France Culture, répondre aux aboyeurs de la bonne conscience autoproclamée, et Grossman n’a rien cédé, n’a témoigné d’aucune complaisance par rapport au crétinisme journalistique qui voulait lui faire dire une condamnation d’Israël. Il disait son désaccord avec la politique du gouvernement Netanyahu, ce qui est bien son droit. Que d’autres esprits faibles fonctionnent comme vous le dites est aussi sans doute vrai. Peut être que pour certains, est-ce une charge symbolique trop lourde à porter que d’afficher une identité israélienne, alors que cela devrait être un honneur. Être juif ne constitue pas une prévention contre la sottise ou la vanité.
 
Jean-Patrick Grumberg : Merci Jacques Tarnero. 
 
Reproduction autorisée, et même vivement encouragée, avec la mention suivante et le lien ci dessous :
© Jean-Patrick Grumberg pour www.Dreuz.info
(1) http://www.dreuz.info/2011/10/pierre-andre-taguieff-preface-a-jacques-tarnero
 
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