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Publié par Michel Garroté le 29 novembre 2011

 

 

Michel Garroté – Ce n’est plus « Les Français parlent aux Français ». C’est « les médiocres parlent aux médiocres ». Et les médiocres, se sont les politiciens et leurs conseillers en communication. Dans cette popote de la médiocrité, l’électrice et l’électeur ne comptent guère. J’ai déjà écrit plusieurs fois que seul deux choses me pousseraient à soutenir Sarkozy dans cinq mois : une crise économique généralisée ; ou un risque majeur de guerre, civile voire européenne. Cela dit, j’admets volontiers que Hollande est encore plus nul que Sarkozy. Au fond, ce qui est à la fois grotesque et pathétique, c’est l’inculture des politiciens et de leurs conseillers. Hollande irrite déjà. L’on n’ose imaginer l’irritation s’il passait de candidat à président. A ce propos, Sarkozy irrite, justement. Mais Hollande pourrait finir par irriter encore plus que Sarkozy. En avril et mai 2012, il va falloir nous livrer à un effort surhumain pour mettre de côté nos irritations et écouter notre raison ou ce qu’il en restera d’ici-là.

L’express analyse la situation (lien en bas de page) : « Si ses soutiens sont toujours turbulents, François Hollande s'en tient lui à sa stratégie de distanciation. Et calque son agenda de campagne sur celui de Nicolas Sarkozy. François Hollande est désormais serein, sérieux, solennel. Bref, président. Ses conseillers en communication l'ont coaché. On se permettra tout de même de lui glisser un conseil supplémentaire : qu'il ne consulte plus aucun site d'info, ne regarde plus aucun JT et jette tous les journaux qu'il croise. Car il pourrait rapidement s'agacer à la lecture des commentaires de ses soutiens, bien moins "présidentiels" que lui. Dernier exemple ce mardi matin. Quand lui referme la difficile séquence de l'accord PS-EELV, lundi, par une tribune dans le Monde et un entretien à BFMTV, François Rebsamen et Christian Bataille en remettent chacun une couche ».

« Le premier a vertement répondu à Jean-Vincent Placé. Le cadre d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV) avait dit que François Hollande devait "rectifier le tir" après sa prise de distance avec l'accord. Le sénateur-maire de Dijon lui a conseillé de "parler autrement", manquant de relancer une querelle, qui peine à s'éteindre. Quant à Christian Bataille, député du Nord, il a accordé un entretien aux Echos pour torpiller dans les grandes largeurs l'accord a minima sur le nucléaire : "Je parie qu'au cours de la prochaine législature, ce n'est pas deux centrales qu'on arrêtera mais une seule, voire zéro si EDF consent à faire les investissements nécessaires à la sûreté. Je suis persuadé que cet accord va se diluer, que l'objectif de réduction de la part du nucléaire à 50% ne sera pas fixé pour 2025, mais 2035". De quoi rendre furieux les Verts, qui tiennent déjà Christian Bataille pour l'un des nucléocrates les plus acharnés du PS ».

« Dans ce contexte, François Hollande tient à garder le cap et cherche à ne pas lâcher sa posture présidentielle. Pour cela, il poursuit ses déplacements quotidiens et désormais thématisés. Une visite, un thème, un message. Et pas de commentaires sur l'actualité. Pour renforcer sa présidentialisation, il calque désormais son agenda de campagne sur celui de Nicolas Sarkozy. Ainsi, lundi, il était en visite dans une usine Saint-Gobain, comme le chef de l'Etat vendredi dernier. Le premier était en Seine-Saint-Denis, le second dans la Drôme. Mercredi, François Hollande se rendra à Bruxelles pour évoquer la crise européenne. Le lendemain, Nicolas Sarkozy prononcera un grand discours à Toulon sur… l'Europe et la crise. Dans l'équipe de campagne du candidat, on n'y voit aucune stratégie délibérée : "Nous ne sommes pas dans la contre-attaque. De toute manière, François est en campagne depuis plusieurs mois. Son seul souci, c'est de s'adresser aux Français". C'est aussi de se mettre à la hauteur de Nicolas Sarkozy, président déjà en campagne », conclut L’Express (lien en bas de page).

Une autre analyse de L’Express (lien en bas de page) signale que le 28 novembre, lors de la prise d'armes d'automne aux Invalides, Nicolas Sarkozy décore « Hélie Denoix de Saint Marc. Résistant, déporté à 21 ans à Buchenwald, il fut un acteur majeur du putsch des généraux, en 1961, en Algérie. Derrière ce geste présidentiel de concorde, qui est aussi un signe adressé aux catholiques et à la droite traditionnelle, un homme : Patrick Buisson ».

« Au début de l'année prochaine, Patrick Buisson ne sera pas directeur de campagne. C'est dire…si son rôle sera primordial – les organigrammes officiels reflètent rarement la réalité des influences. Avec une problématique pour Nicolas Sarkozy: l'homme du discours de Grenoble – dont Buisson ne manque jamais de rappeler qu'il est étranger à sa fabrication, et dont le chef de l'Etat reconnaît désormais, en privé, qu'il comportait l'erreur d'avoir ciblé une population – peut-il se transformer en père de la nation ? Le "président des riches" peut-il être le dépositaire de l'intérêt général ? L'initiateur de tant de polémiques d'hier peut-il être vu comme l'arbitre au-dessus de la classe politique ? ».

« Pour sculpter cette figure tutélaire aux antipodes de tout ce qu'a été Nicolas Sarkozy, Buisson ne cesse de convoquer l'Histoire et de valoriser la "dimension sacrale de la charge". Grâce à elle, les classes populaires et les seniors, qui ont grossi, depuis 2007, les rangs des abstentionnistes et de la droite extrême, sont censés retrouver le chemin dont ils se sont détournés. C'est pourquoi, dans son esprit, la fameuse "représidentialisation" est tout sauf un recentrage. Et la compétition de 2012, tout sauf un remake de la "France unie" de Mitterrand en 1988. De même qu'elle ne ressemblera pas à 2007. Le candidat Sarkozy de l'époque ne recula devant aucun clivage. Le candidat de l'année prochaine, président sortant à la tête d'un pays dont l'économie réelle aura alors subi de plein fouet les conséquences de la crise financière, devra inventer autre chose. Définir rien moins qu'un "projet métapolitique", selon la formule de Buisson (littéralement, "ce qui se situe au-delà des affaires publiques"). Certains débats seront les bienvenus, par exemple sur l'immigration. "Je ne fais pas de la morale, je fais de la politique", aime à répéter Buisson le maurrassien, qui cite volontiers Jaurès : "A celui qui n'a rien, la patrie est son seul bien". Ah, le peuple… Il ne lui a pas échappé que, d'Athènes à Rome – et Paris n'est forcément pas loin -, les peuples, ces dernières semaines, n'étaient plus vraiment maîtres de leur destin. Il a alerté le président : la souveraineté nationale sera au coeur de la campagne ».

« Avec le chef de l'Etat, il parle autant du fond que de la forme. En 2010, Nicolas Sarkozy évoque, dans l'Aveyron, "ses" cigares. A son retour, au cours d'une réunion à l'Elysée, Buisson l'interroge : "Pourquoi avoir dit cela ? C'est la première fois que tu avoues fumer des cigares". Toujours cette satanée image du président des riches… Président en colère, aussi : il quittera la pièce en claquant la porte. Le régalien est une autre obsession du conseiller officieux. Il plaida le remplacement de Brice Hortefeux par Claude Guéant à l'Intérieur dès le remaniement de novembre 2010, mais dut attendre celui de février 2011 pour obtenir gain de cause. Quand l'heure de la rigueur assumée sonna, au début de novembre, il préconisa, outre la formation d'un gouvernement très resserré, une baisse du salaire du chef de l'Etat plutôt qu'un gel. Il lui fut objecté que les Français seraient persuadés que leur tour suivrait. Il s'inclina ».

« Mais son emprise continue de s'étendre. "Il s'occupe même du social, cela n'allait pas de soi !", ironise un cadre de l'UMP. Buisson encourage également le développement de la Droite populaire pour ne pas laisser en jachère une partie de l'électorat abandonnée au FN – il connaît Marine Le Pen moins bien que Jean-Marie, même si les trois déjeunèrent ensemble au début de 2007 – et tente, en vain, de faciliter un rapprochement avec les libéraux d'Hervé Novelli. Il participe au casting des équipes, juge le comportement de chacun (il n'a pas apprécié que Luc Chatel compare François Hollande à Babar) et gère la cohérence des réactions : au soir du premier tour de la primaire du PS, c'est lui que Jean-François Copé appelle pour se plaindre d'un tweet de Laurent Wauquiez saluant le processus ».

« Au sommet de son influence, il attire la critique, à l'UMP comme à l'Elysée: des responsables lui reprochent qui son idéologie, qui sa cupidité. Plusieurs ministres le visent nommément ("Buisson creux"), d'autres, au contraire, cherchent à se rapprocher de lui – Nadine Morano lui réclame depuis des semaines un rendez-vous. Il accepte désormais d'en rencontrer certains : il a vu récemment Laurent Wauquiez, Bruno Le Maire et même Alain Juppé. Il lui fallut prendre sur lui : il n'a pas oublié, ni pardonné, que le maire de Bordeaux avait osé déclarer, en 2009, que le pape Benoît XVI "commençait à poser un problème". "Pour lui, sa mission consiste à veiller à la solidité des piliers de la civilisation", relève un proche. Un député UMP que Buisson suivait avec bienveillance s'en est rendu compte : pour avoir soutenu le mariage homosexuel, il fut rayé de ses petits papiers ».

« Il faut respecter l'Histoire, parfois aussi la réécrire – cela fait partie du jeu. Quand Dominique Strauss-Kahn était au zénith, Buisson faisait l'éloge de François Hollande. Aujourd'hui, il se charge de son oraison funèbre. "Il est incapable de prendre des risques, c'est dans sa complexion. Ce qu'il est parle tellement fort qu'on oublie ce qu'il dit. Il aura toujours un problème d'incarnation". Devant le président, il a martelé l'expression (lancée par Martine Aubry) de "candidat du système", et Nicolas Sarkozy l'a reprise à la télévision. "Son schéma d'analyse ne bouge pas, il est monomaniaque !", rétorque son alter ego chez François Hollande, Gérard Le Gall ».

« Mais la gauche ne le voit pas seulement en stratège. C'est "un organisateur de boules puantes hors pair", assure Pierre Moscovici, par allusion à la manière dont certaines affaires sont, selon le directeur de campagne de Hollande, exploitées. "Je ne suis pas un homme de sac et de corde", répond Buisson avec l'une de ses formules vieillottes dont il est friand. A l'écouter, il ne cherche qu'à élever le débat. La hauteur passera-t-elle, à l'approche de l'élection, par un livre signé Nicolas Sarkozy ? "L'écrit présidentialise", constate-t-il simplement. En 2009, il avait encouragé le chef de l'Etat à rédiger "une lettre à la France qui souffre". Le président n'avait pas senti le coup. Et le candidat ? », conclut L’express (lien en bas de page).

Et vive la France…

© Michel Garroté Rédacteur en chef de www.dreuz.info

http://www.lexpress.fr/actualite/politique/hollande-cherche-a-masquer-la-pagaille-dans-son-camp_1056262.html

http://www.lexpress.fr/actualite/politique/buisson-l-ombre-de-sarkozy_1054622.html#xtor=AL-447

   

   

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