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Publié par Abbé Alain Arbez le 6 décembre 2011

« Le maître de maison tire de son trésor du neuf et de l’ancien » (Matthieu 13.52)

 

Abbé Alain René Arbez – C’est l’Ecriture Sainte dans son entièreté qui est en elle-même un trésor spirituel unique, une richesse incomparable de l’esprit et du cœur, dont on peut continuellement tirer du « neuf « et de « l’ancien ». Il y a un « ancien » et un « nouveau » testaments, mais une seule Parole de Dieu. « Du neuf et de l’ancien », cette belle expression de Matthieu l’évangéliste éclaire bien sa démarche originale, puisque – fidèle à sa culture juive – il raconte les événements récents les plus parlants de la vie de Jésus de Nazareth, en offrant une interprétation à partir des Ecritures hébraïques ! Matthieu – en utilisant cette belle image du maître de maison qui « tire de son trésor du neuf et de l’ancien » – donne là le profil idéal du croyant, à la fois enraciné dans la spiritualité biblique et capable d’innover pour assumer sa vie présente.

 

C’est une clé de lecture essentielle pour la vie de foi, puisque cela exprime une double fidélité indispensable : un ancrage dans l’héritage scripturaire et une ouverture dynamique aux défis de notre temps. On constate d’ailleurs qu’après avoir recueilli le témoignage des proches de Jésus, la communauté des disciples ne s’est nullement figée autour d’une confession de foi ou d’un rituel prisonniers du passé. La Bonne Nouvelle s’est alors transmise dans divers cercles culturels hébraïques puis grecs, d’abord par une transmission orale, ensuite par des écrits enrichis de l’expérience de la première génération, ainsi que par des rites juifs de célébration repensés autour de l’annonce messianique. C’est l’image vivante d’une conviction impliquant « le neuf et l’ancien », ainsi, le « symbole apostolique », ou le credo judéo-chrétien, s’est élaboré par étapes à partir d’éléments fiables, en prenant comme supports le langage initial de son milieu, mais avec une tonalité renouvelée pour sensibiliser le monde païen sympathisant aux nouvelles valeurs.

 

On comprend pourquoi – face aux controverses entre anciens et modernes – Vatican II a tenu à insister sur le lien fondamental entre Ecriture et Tradition, comme garantie à la fois de fidélité créatrice et d’actualisation de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ.

 

Lorsque l’Eglise a traversé les périodes de crise grave qui ont provoqué la scission de la Réforme, Luther s’était écrié à juste titre : l’évangile d’abord ! Thématique chère également à Calvin, encore plus versé dans une perception globale des Ecritures. Qui reprocherait aux réformateurs le fait de centrer le débat sur la relation vitale de l’institution ecclésiale à la Parole de Dieu ?… La devise chère à la Réforme Ecclesia semper reformanda remonte d’ailleurs à une période antérieure et elle était déjà très présente dans les esprits lucides, au temps de François d’Assise et d’Albert le Grand. En effet, fondamentalement, l’Eglise n’est pas tournée vers un passé révolu, comme par peur de la modernité, car en étant animée par la vraie Tradition, celle des origines, et assistée de l’Esprit Saint dans sa pérégrination, elle est de fait « experte en humanité ». Ainsi, elle est en mesure de porter l’évangile sur le terrain des grandes causes actuelles au service de l’homme, telles la justice, la paix, la bio-éthique, la solidarité, la sauvegarde de la création, et tant d’autres.

 

Dans l’évolution de la pensée européenne, la grande figure d’Albert le Grand tient une place éminente. Et la phrase matthéenne invitant à tirer de son trésor du « neuf et de l’ancien » correspond tout à fait à la fécondité intellectuelle et spirituelle de ce grand chrétien et homme d’Eglise médiéval, aux intuitions étonnamment modernes. Voici un homme du 13ème siècle, époque florissante s’il en est dans toute l’Europe chrétienne d’alors, avec l’essor des universités dans les grandes villes et leur recherche d’excellence pluridisciplinaire. Né en Allemagne dans une famille aisée, Albert renonça aux coutumes et destinées chevaleresques de son milieu, pour s’adonner intensément aux études, d’abord en Italie puis en France. Le recul nous montre qu’Albert aura eu un rôle clé extrêmement important pour la chrétienté, sans doute grâce à sa soif de connaissance et d’étude, mais aussi grâce à son charisme novateur et à son rayonnement spirituel hors du commun.

 

Ce qui frappe chez ce croyant, c’est sa curiosité permanente envers les lois de la création dans tous les domaines. Il sut approfondir ses connaissances dans les multiples sciences naturelles, avec un immense intérêt pour l’être humain, les animaux, les minéraux, mais également dans la réflexion philosophique et théologique, passionné par le rapport de l’humain au divin. Pie XI le proclama docteur de l’Eglise, et Pie XII fit de celui qu’on appelait doctor universalis le patron des étudiants en sciences. On pourrait en effet le définir comme un encyclopédiste médiéval polyvalent. Devenu dominicain vers la trentaine, il dépassa rapidement ses maîtres d’études au couvent de Cologne. Sa réputation lumineuse attira de nombreux et illustres disciples à son école. Parmi ceux-ci, le fameux Thomas d’Aquin, si appliqué dans ses études et dans le silence, que ses frères le surnommaient en raison de son profil « le bœuf muet de Sicile ». Mais Albert, voyant déjà en son disciple s’esquisser l’envergure de la future Somme théologique, leur répliqua avec malice : « Oui, mais les mugissements de ce bœuf se feront entendre dans le monde entier ! ».

 

Par sa manière de penser et de s’investir dans une recherche permanente, Albert le Grand fut l’illustration parfaite du fides quaerens intellectum. A partir des bases classiques de sa formation, il sut ouvrir la réflexion philosophique et théologique à des dimensions nouvelles et stimulantes. A ce niveau, sa rencontre avec Aristote a été déterminante. Il approfondit la pensée grecque aussi à travers les travaux d’érudits appartenant à d’autres traditions : Al Kindi, chrétien oriental, Averroes, (Ibn Rushd) musulman espagnol, et surtout Avicenne (ou Ibn Sina) savant de père musulman et de mère juive, formé auprès du médecin chrétien nestorien Issa Ibn Yaya. A cette époque d’effervescence des sciences, les interactions entre courants étaient multiples. La Maison de la Sagesse des califes de Bagdad était d’ailleurs essentiellement animée par des chrétiens nestoriens, très doués en médecine et dans les traductions en arabe et en persan.

 

Ce qui va marquer la pensée d’Albert, c’est surtout l’approche aristotélicienne d’Avicenne, (ou Ibn Sina). Il adhèrera à sa doctrine de l’intelligence, et son influence se fera sentir également chez son disciple Thomas d’Aquin. Albert en déduisit que nous n’avons connaissance du vrai que par l’action conjuguée de l’intelligence et de l’Esprit Saint, car la présence de Dieu en l’homme a pour effet d’illuminer son intellect. Il estimait qu’il y a en l’âme humaine une force immanente capable de transformer les choses de la création. On pourrait définir sa posture comme un « humanisme inspiré ». Cette démarche est essentielle car Albert considérait que la philosophie est au service de la compréhension théologique : les outils conceptuels guident et affinent la réflexion spirituelle. Nous retrouvons ici des thèmes actuels sensibles, privilégiés par le pape Benoît XVI, à savoir le lien vital entre la raison et la foi, d’une part et le dialogue entre science et foi d’autre part. (Cf discours de Ratisbonne et aux Bernardins)

 

« Tirer de son trésor du neuf et de l’ancien » :

 

A une période clé, Albert le Grand a vraiment été un témoin lumineux de cette attitude croyante, qui produit jour après jour ses effets constructifs dans les domaines divers de l’existence humaine. C’est cette conviction passionnée qui a fait de lui un grand savant, un grand philosophe et théologien, également un évêque et un conciliateur, puisque quelques années avant sa mort il tenta de rapprocher l’Eglise latine et l’Eglise d’Orient au Concile de Lyon. Son amour de l’eucharistie et sa piété mariale donnèrent à son intellectualité militante une dimension qui éclaire son désir de concilier constamment les réalités du ciel avec celles de la terre. Dans la période post-moderne que nous traversons en ce début de 21ème siècle, avec ses paradoxes et ses contradictions, n’est-il pas stimulant de se mettre à son école pour extraire de la Parole de Dieu, et avec bonheur, du neuf et de l’ancien, à la fois dans la fidélité et dans la créativité ?

 

Pour ceux et celles qui se réclament du message de Jésus, la démarche d’Albert le Grand est une voie ouverte aux artisans – avec d’autres intellectuels et humanistes – d’un monde à visage fraternel en harmonie avec la nature.

  

Abbé Alain René Arbez

   

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