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Publié par Dreuz Info le 8 décembre 2011
Par Alexandre Goldfarb
 
Le Président Bachar al Assad est sur le départ et c’est désormais une question de jours.
 
Il est lâché par tout le monde, y compris par les pays arabes. La pression américaine se fait de plus en plus lourde, et ni les russes ni les chinois ne chercheront à le sauver.
 
La France est à la pointe de cette lutte, en Europe, bien que je désapprouve fortement le choix qu’elle a fait de soutenir le CNS de Ghalioune et des islamistes, alors qu’il existe une opposition majoritaire de libéraux et modérés, qui n’aspirent qu’à faire vivre une république syrienne. Cette situation demeure inquiétante et contre nature.
 
Lorsque, au départ de la révolte du Peuple syrien, je me suis senti solidaire de cette cause, j’ai été amené à découvrir que rien n’était ni ne serait simple.
 
J’ai eu la chance d’organiser à Paris le seul grand meeting de soutien au Peuple de Syrie et pour la démocratie, la vraie, la seule. Ce meeting, je dois honnêtement le reconnaître, n’aurait jamais eu lieu sans la présence de Bernard-Henri Levy, qui malgré les menaces et les injures, a tenu bon et a osé. 
 
Ce meeting a eu des retombées internationales, même la télévision d’état syrienne en a largement rendu compte.
 
Nous avons été insultés, traînés dans la boue, et nos détracteurs n’ont pas hésité à tout inventer pour nous salir. Jusqu’au démarrage du meeting, nous n’étions pas sûrs que des syriens viendraient. Ils sont venus, leurs représentants ont parlé devant une assemblée à l’écoute, et stupéfaite de découvrir tant de haine, venant du gouvernement syrien.
 
Malheureusement, les syriens n’ont pas su rebondir et profiter de ce formidable tremplin qui leur était offert. La suite, vous la connaissez, c’est l’entrée en piste du CNS (Conseil National Syrien), comme par hasard dirigé par le plus grand critique de notre meeting.
 
J’ai pu, en rencontrant des officiels français, mesurer le fossé qui existe entre la médiatisation qui est faite et la réalité du terrain. La France a adopté la plus inconfortable des positions, car je ne vois pas quel est son intérêt de soutenir les islamistes dans les révolutions arabes.
 
Nous sommes très loin d’une démocratie naissante en Syrie. Dès Assad parti, ce sont les mouvements à tendance islamisante qui vont confisquer le pouvoir. Eux, contrairement à nous, peuvent s’allier avec le diable s’il sert leurs intérêts. C’est une grande force, d’autant qu’ensuite, ils ne renieront rien de leur foi ni de leur programme. Tout est dans leur stratégie. Ils composent, discutent, tergiversent, et lorsqu’ils arrivent au pouvoir, ils appliquent la loi musulmane, la fameuse charia.
 
D’ailleurs ils ont été jusqu’à adopter un style vestimentaire occidental pour ne pas choquer nos populations.
 
Ils ont tout compris.
 
Ils ont bien assimilé et digéré leurs erreurs, et savent communiquer et surtout ne pas faire peur.
 
En Egypte, ils ont ramassé le pouvoir qui leur était promis. En Tunisie et en Libye, ils ont su patienter et arriver au bon moment, grâce à leur organisation et leur méthodologie.
 
Au Maroc, ils viennent également de triompher.
 
A chaque fois avec la même constance : ils offrent du social à une population qui n’en demande pas plus. Ils emmènent ensuite les gens voter, et vont jusqu’à acheter des votes.
 
En Syrie, là où ils ne représentaient rien, ils ont su se glisser dans la bonne mouvance et profiter de deux faits différents. Le premier était la multitude d’opposants, incapables de s’entendre, ou ayant peur de se montrer face à une dictature sanglante, ce que personne ne pourra blâmer, et le second était l’absence de partis politiques, sous Assad. Avec intelligence et pragmatisme, ils ont su se faufiler adroitement dans cet espace libéré, pour se rendre incontournables.
 
Adieu la liberté et vive la charia.
 
Nos politiciens et nos médias vivent comme aveuglés, sourds et charmés. Ils se refusent obstinément, quel qu’en soit le prix à payer, à se réveiller et à réagir. Ils ont été jusqu’à inventer le terme « islam modéré » qui n’existe pas, chez les islamistes, mais dont ces derniers ont profité, puisque c’était un cadeau.
 
La situation en Syrie est franchement désespérée, car après Assad, ce seront des islamistes qui règneront sans partage, et profiteront de la situation géographique centrale du pays.
 
Les Alaouites, au pouvoir depuis l’arrivée d’Assad père, disparaîtront au profit des « Frères Musulmans » qui tissent patiemment leur toile et restent assez discrets. Je dois reconnaitre que les « Frères » sont bien structurés, mentalement très forts, beaucoup plus forts que leurs compatriotes syriens. C’est un retournement, car avant d’arriver au pouvoir, les Alaouites étaient plutôt méprisés et maltraités.
 
Pour la petite histoire, après la Première Guerre mondiale, les Français, qui reçoivent le mandat sur la Syrie, ont créé le Territoire des Alaouites.
 
Il est évident que Assad, en se comportant en dictateur et en bourreau de son peuple, n’arrangea rien, mais il a ouvert la porte à une autre dictature, celle de l’islamisation de la Syrie. Ce qui paraissait impensable hier devient réalisable aujourd’hui.
 
L’histoire est en train de bousculer l’occident.
 
La nébuleuse des Frères Musulmans serait coordonnée par la Muslim Association of Britain, basée à Londres, et dont les finances sont contrôlées par la banque Al-Taqwa.
 
La grande force, qui fait toute la différence avec d’autres opposants, des « Frères » est qu’ils décident de tout, ensemble, au sein de leur conseil, ou Majlis al Choura. 
 
C’est leur conseil international, et seule la majorité autorise ses membres à agir. Y compris parfois à prendre des décisions difficiles ou controversées, comme de s’allier avec d’autres partis. 
 
Cela fonctionne, puisque le CNS a été adoubé ici en France par le Ministre Juppé, et même par le Président de l’UMP, Copé. C’est un résultat qui va au-delà de toute logique, et aussi de toute espérance. Notre monde occidental, qui n’a rien compris à ce qui se passe, ne semble plus devoir être en mesure de faire face.
 
Les syriens que j’ai rencontré n’étaient pas préparés à la politique, où bien ils avaient peur. Il en résulte sans surprise que le seul mouvement politique qui pouvait ramasser quelque chose, les Frères musulmans, l’a fait.
 
Curieusement, en France, politiques et médias ont reproché aux opposants syriens de ne pas se trouver en Syrie. Ils n’ont pas fait ce reproche aux « Frères », qui étaient pourtant eux aussi exilés.
 
Pendant ce temps, Assad, tranquillement, accorde un interview à la chaîne américaine ABC. Il faut en retenir cette affirmation surréaliste du dictateur : « On ne tue pas sa population… aucun gouvernement dans le monde ne tue son propre peuple, à moins d'être mené par un fou ». Tout le reste de son interview est dans la même veine.
 
J’ai bien peur que le printemps arabe, commencé en hiver en Tunisie et en Egypte, ne se transforme en tragédie.
 
Mais qui s’en soucie ?
 
© Alexandre Goldfarb pour Dreuz.info
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