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Publié par Guy Millière le 30 décembre 2011
Bien peu d’analyses ont pris la mesure, ces dernières semaines, de ce qui se passe en Russie. 
 
Le pouvoir de Vladimir Poutine est contesté, c’est exact, et sa volonté de redevenir Président a semblé être le geste de trop. Tout comme lors des manifestations en Tunisie et en Egypte, certains ont cru apercevoir très vite les signes de la démocratie, divers commentateurs ont déduit des manifestations à Moscou que la Russie allait s’ouvrir enfin. C’est là mal connaître la société russe, et s’aveugler (comme c’est hélas courant dans le contexte d’ignorance qui fait l’air du temps) sur l’emprise de l’histoire et de la culture dans les sociétés humaines en général.
 
En son temps, Anton Tchekhov disait que le poids du passé autoritaire pesait des milliers de tonnes sur les épaules du pays, et ces propos restent exacts aujourd’hui. Il existe dans le pays une mince strate sociale ouverte aux idées occidentales de droit et de liberté : ce sont ses membres que les journalistes européens et américains rencontrent par prédilection, sans voir que cette strate n’a aucun ancrage dans la population. Les partis qui portent ses idées sont très minoritaires et le resteront. 
 
L’immense majorité de la population russe aspire à être gouvernée par un homme fort, fut-il brutal. C’est un trait culturel depuis des siècles. Il existait au temps d’Ivan le Terrible, de Catherine II et de Pierre le Grand. Un tsar faible ou hésitant a été, en général, un tsar qui finissait très mal : ce fut, ainsi, le sort de Nicolas II. Joseph Staline, dont le nom est synonyme de totalitarisme en Europe, suscite encore un respect frémissant dans le petit peuple russe. 
 
Le tsarisme, jusqu’au moment du coup d’Etat léniniste de 1917, n’est jamais parvenu à faire entrer la Russie dans la modernité. L’opposition au dix-neuvième siècle s’est cristallisée autour de groupes anarchistes et nihilistes tels Narodnaia Volia. En face d’eux, croissait le mouvement slavophile exaltant la grandeur propre à la Russie, et s’appuyant sur une structure sociale féodale et sur la religion orthodoxe. Après le soulèvement de 1905, Piotr Stolypine tenta une réforme agraire destinée à faire émerger une classe moyenne de petits propriétaires agricoles : il fut assassiné en 1911. Ses projets ne lui survécurent pas. L’entrée du pays dans la Première Guerre Mondiale vint susciter l’ébranlement qui permit à Lénine, continuateur des nihilistes (l’ouvrage dans lequel il définit l’action des révolutionnaires professionnels, Que faire ?, porte, sans que ce soit un hasard, le même titre que l’ouvrage nihiliste de référence, le Chto Delat de Nikolaï Tchernychevski), de s’installer au pouvoir par la terreur et les massacres. Il fut un tsar sanguinaire, comme Staline après lui. Au féodalisme des temps tsaristes succéda un nouveau féodalisme. La matrice n’en était plus la « sainte Russie », mais le bolchévisme qui combattit l’orthodoxie pour lui substituer une religion de substitution : le marxisme léninisme. Une bureaucratie aux strates multiples reposant sur la peur, la gestion du mensonge, de la violence arbitraire et de la pénurie, se mit en place qui se substitua aux services tsaristes. Il y eut des famines organisées (la Grande Terreur décrite par Robert Conquest), un système concentrationnaire, la création d’un empire vivant de prédation et d’intimidations.
 
Comme l’a montré en son temps Richard Pipes, le père de mon ami Daniel Pipes, l’un des grands soviétologues de sa génération (les circonstances font que j’ai traduit des textes de Richard Pipes avant de traduire ceux de Daniel Pipes), le système ne pouvait survivre qu’en avalant davantage de pays et en faisant peur. 
 
Quand Ronald Reagan signala que le système ne faisait plus peur et n’avalerait pas davantage de pays, Gorbatchev fut nommé pour tenter de sauver ce qui pouvait l’être. Il libéra la parole, ce qui mena le système à se désagréger de l’intérieur ; un système de mensonge, de violence arbitraire et de pénurie au sein duquel le mensonge se fissure, dans lequel la peur ne règne plus, et dans lequel la violence n’exerce plus son emprise se trouve face à la pénurie la plus nue.
 
Les dépenses effectuées pour tenter de maintenir en état l’appareil de violence achevèrent de ruiner une société qui l’était, en fait, déjà. L’empire s’est effondré il y a vingt ans. Ce furent les années Eltsine, qui furent des années de décomposition : il y eut des apparences de démocratisation, mais des apparences seulement. Les membres de la caste supérieure qui vivaient sur les seules richesses du pays, les matières premières, prirent des habits neufs, et plutôt que de gérer ces richesses au nom du « peuple » selon la doctrine marxiste-léniniste, se mirent à leur propre compte. Il y avait auparavant la caste supérieure et le petit peuple. Il y eut désormais les oligarques et le petit peuple.
 
Poutine, issu du KGB, vit la situation comme un glissement vers le chaos et considéra qu’il fallait à nouveau un tsar fort et brutal. Il se plaça dans cette position. Il mit les oligarques au pas, et ceux qui refusèrent de se soumettre à lui furent emprisonnés, brisés, condamnés à l’exil ou à la mort. Une bureaucratie de type soviétique se remit en place. Le petit peuple continua à souffrir et à vivre dans la pénurie.
 
Poutine a tenté de reconstituer un discours de la « grande Russie » emprunté au tsarisme et au mouvement slavophile, et d’y ajouter des éléments renvoyant à la grandeur passé de l’Union Soviétique, mais il n’est pas vraiment parvenu à installer une religion de substitution.
 
Ceux qui contestent aujourd’hui et manifestent en Russie sont, avant tout, des gens en quête d’une religion de substitution. En tête, on trouve les gens du parti communiste qui voudraient retrouver la « grandeur » soviétique, et ne se sont pas remis de l’effondrement d’il y a vingt ans, mais aussi des nationalistes crispés dont les nostalgies sont tsaristes, et le discours imprégné de fascisme. Ce sont des gens sur lesquels Poutine peut s’appuyer pour renforcer son propre mouvement. La Russie restera aux mains de Poutine et sera sans doute plus crispée, plus parée de vestiges communistes, plus nationaliste, plus fasciste. 
 
Les adeptes du droit et de la liberté y resteront très minoritaires. Il y aura toujours des milliardaires cyniques et brutaux, un appareil bureaucratique de surveillance impitoyable, et un petit peuple pauvre.
 
La Russie restera un pays qui tire sa richesse des matières premières, et qui aura un intérêt concret à ce que le prix des matières premières reste très élevé : elle aura donc un intérêt concret à maintenir les tensions dans le monde musulman, et à soutenir des régimes tels que la république islamique d’Iran. La Russie aura un intérêt à maintenir des liens proches avec des pays tels que la Chine toujours officiellement communiste : outre que la Chine a besoin des matières premières russes, la Chine est elle-même un régime autoritaire de type fasciste. La Russie tentera de reconstituer son emprise sur les pays de son ancien empire, et c’est ce qu’elle fait d’ores et déjà. Elle tentera à nouveau d’installer son emprise sur l’Europe occidentale, qui a deux sources de matières premières pour le moment, et deux seulement, le monde musulman et la Russie.
 
Poutine fait des efforts particuliers pour reconstituer la grandeur de l’armée russe et, dans un contexte où l’Europe a des armées de plus en plus asthéniques, et où les Etats-Unis, sous l’effet de la doctrine Obama, se retirent des affaires du monde et rendent le Proche-Orient plus sûr pour l’islam radical, il peut y parvenir.
 
Les idées qui prédominent en Russie aujourd’hui ne sont pas des idées de droit et de liberté, non : les idées occidentales de droit et de liberté, l’idée même de démocratie connaissent, montrent toutes les enquêtes, des baisses de popularité très nettes en Russie aujourd’hui, les idées de dictature et de fascisme sont, elles, en nette hausse.
 
En parallèle, la Russie a une population qui vieillit plus vite encore que les populations européennes, et dont l’espérance de vie baisse année après année. Mais qu’importe le petit peuple s’il y a un tsar, une caste puissante, une armée.
 
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