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Publié par Abbé Alain Arbez le 2 janvier 2012
à Bethlehem de Judée… 
 
 La fête de l’Epiphanie est reliée à celle de la Nativité. Selon l'évangile de Matthieu, des personnages énigmatiques venus d'Orient viennent rendre hommage à Jésus, parce qu'ils reconnaissent en ce petit enfant le "roi des Juifs".
 
 L'intérêt de ces étrangers pour la religion de Yahvé incarnée dans la personne de Jésus anticipe un tournant historique: une partie du judaïsme va s'universaliser et manifester sa foi messianique dans les communautés de toute la diaspora. C'est le sens interactif de Noël et de l'Epiphanie, deux fêtes jumelées: au cœur du monde tourmenté surgit un immense espoir non seulement pour Israël, mais aussi pour l'ensemble des nations en quête de lumière. 
 
 Les mages ne sont pas venus directement à Bethléhem, comme on le pense souvent. Ils sont allés d'abord à Jérusalem, la ville sainte, où Hérode, inquiet d’une concurrence, les a dirigés par curiosité vers Bethléhem.
 
 La tradition populaire en a fait des rois, mais c’étaient plutôt des savants, spécialistes des étoiles. En même temps astronomes et devins, ces hommes expérimentés scrutaient le ciel comme un espace rempli de signes et de messages pour l’humanité ; ils symbolisent la culture la plus pointue des civilisations de l'époque. C'est donc leur expérience et leur vécu qui les a conduits sur ce chemin où ils découvrent ce que Balaam avait entrevu: "un astre issu de Jacob se lève, une puissance issue d'Israël se manifeste!" (Nb 24.17)
 
 S’étant mis en route vers l’objectif de leur recherche, is rejoignent finalement les tout premiers témoins de la naissance de Jésus au milieu de son peuple, d'humbles bergers judéens qui s'étaient associés aux louanges angéliques dans la nuit scintillante d'étoiles. Gloire à Dieu et paix sur terre!
 
 (Le fait qu'ils aient apporté en cadeau trois sortes de présents ne signifie pas qu'ils ne sont que trois… Différentes œuvres d'art réalisées au cours des siècles pour illustrer la visite des Mages en montrent entre deux et douze!)
 
 L'or symbolise la dignité royale, l'encens exprime la louange au Dieu d'Israël, et la myrrhe est une résine utilisée pour parfumer l'embaumement. 
 
 Les mages sont finalement la figure des chercheurs de vérité de toutes les cultures et de tous les temps. Ils allient quant à eux croyance et raison, sciences et révélation. Qu'ont-ils ainsi découvert à Bethléhem? Le visage d'une espérance biblique qui ne s'impose pas par la force, mais qui s'offre à travers la fragilité d'un petit enfant, comme une promesse de croissance et d'avenir, gratuitement proposée.
 
 Isaïe avait affirmé que les nations, lasses de la violence, se tourneraient un jour vers le Dieu de paix, non pas vers une religion dominatrice, mais vers la force de l'Esprit qui rassemble pour un royaume de justice. C'est ce que Matthieu veut dire dans son récit. Ces mages sont l'avant-garde des peuples qui reconnaissent la sagesse de la parole biblique et qui veulent que les relations humaines s'en imprègnent. Lorsqu'ils ouvrent leurs coffrets devant Jésus et sa mère, les mages ne recherchent pas les bonnes grâces d'un homme de pouvoir – comme Hérode – mais ils désignent, par ce geste de reconnaissance, le type de présence de Dieu qui leur parle au coeur. Ils n’ont pas recherché Dieu dans une toute-puissance dominatrice et menaçante, mais l’ont trouvé dans la vulnérabilité d’un enfant signe de promesses d’avenir.
 
 Il ne s’agit pas ici de personnages de décor, l’enseignement est surtout théologique : on retrouve la tradition de l’étoile messianique mentionnée au Livre des Nombres 24.17 : « Un astre issu de Jacob se lève, une puissance issue d’Israël se manifeste »…
 
 L’astrologie influence beaucoup les esprits à cette époque, elle continue d’ailleurs de nos jours, comme si nous étions déterminés à l’avance par des trajectoires d’entités célestes. Or, l’évangile est clair : la seule étoile susceptible d’avoir une attraction bénéfique sur nos existences, c’est l’étoile messianique de Bethlehem ! Cela évoque aussi l’idée que tous les peuples, toutes les personnes, ont dans leur ciel culturel ou idéologique des signes qui peuvent les mettre en chemin vers l’accomplissement de leur vie, dont la Parole de Dieu est la meilleure voie d’humanité.
 
 Les mages sont l’élite des nations païennes au premier siècle. Parmi ces peuples, certains préféreront en rester à leurs divinités, à leurs mythologies, où par conséquent l’image de Dieu dans la personne humaine est bafouée, la dignité niée par des comportements destructeurs. 
 
 Avec l’Epiphanie, le temps de Dieu devient le temps de l'humain. Alors que notre environnement culturel et spirituel est envahi aujourd'hui par des stars de toutes sortes qui nous vantent des paradis de pacotille, l'étoile de Bethléhem scintille d'une lumière régénérante et apaisante dans nos nuits de plus en plus assombries de fléaux multiples.
 
 Matthieu insiste pour appeler l’enfant Jésus « roi des Juifs », il souligne par là la différence fondamentale avec Hérode, le roi officiel, moins juif et moins royal que le fils de Marie. Car Hérode est un homme de paille qui tire artificiellement son pouvoir des Romains, tandis que Jésus couché sur la paille d’une étable est le visage d’une royauté de l’Esprit et de ses vraies valeurs existentielles.
 
 Noël n’a pas pour but de célébrer la date de naissance de Jésus, impossible à connaître, mais essentiellement l’événement de sa venue au sein de son peuple au service de toute l’humanité. L’Epiphanie, qui a été quelque temps une fête plus importante que Noël, célèbre la manifestation au monde païen d’un message de paix spécifiquement biblique.
 
 Originellement, Epiphanie est le terme que l’on utilisait dans l’antiquité lorsqu’un roi venait rendre visite à son peuple, et cette démarche s’accompagnait de festivités, d’illuminations, de banquets, de cadeaux et d’octroi de privilèges à la foule rassemblée.
 
 La fête chrétienne de Noël-Epiphanie est plus une Théophanie qu’une Epiphanie : elle reprend l’expression biblique selon laquelle « Dieu vient visiter son peuple » pour que progressent la fraternité, le respect mutuel, le partage, l’équité, autour de valeurs sûres.
 
 Quel programme ! 
 
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