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Publié par Guy Millière le 11 janvier 2012
Deux débats entre candidats républicains ont eu lieu au cours du week-end dernier. Deux de plus, dirai-je. 
 
Ces deux débats n’ont rien apporté de plus à la campagne, et n’ont pas fait bouger les choix des électeurs du New Hampshire, qui sont conformes aux tendances qu’indiquaient les sondages. Mitt Romney l’a emporté, avec trente neuf pour cent des voix. Ron Paul s’est maintenu en deuxième position, avec vingt trois pour cent. Jon Huntsman, qui a tout misé sur le New Hampshire, est arrivé en troisième position, à dix sept pour cent. Gingrich et Santorum arrivent ensuite avec presque dix pour cent. Rick Perry vient clore la liste avec ce qui semble avoir été le combat de trop. 
 
Que déduire ? Qu’il existe présentement un courant isolationniste en politique étrangère au sein des Etats-Unis. Ce courant est puissant dans toute la gauche et est incarné par Obama qui, en réalité, va au-delà de l’isolationnisme et pratique une forme de défaitisme actif face à l’islam radical. Ce courant est incarné au sein du parti républicain par Ron Paul : ses ineptes positions concernant l’Iran, le terrorisme et Israël, ne l’empêchent pas de garder une base solide. Ce courant est incarné aussi par Jon Huntsman, à un moindre degré que par Ron Paul. Les Etats Unis sont en retrait sur la surface du monde. Ce retrait va probablement continuer dans les années à venir, quel que soit le vainqueur en novembre 2012. Inverser le courant sera difficile. Mon ami David Horowitz, au moment de l’élection de Barack Obama, me disait que les leçons du onze septembre avaient été vite oubliées, et je crains qu’il n’ai davantage raison encore cette année. 
 
Que déduire encore ? Ce qui était visible dès les résultats de l’Iowa : il existe un courant conservateur au sein du parti républicain, porteur tout à la fois d’une volonté de retour à l’esprit d’entreprise et au capitalisme, de retrouvailles avec les valeurs éthiques qui ont forgé les Etats-Unis depuis le temps des pères fondateurs et de réaffirmation de la nécessité de lutter contre le danger totalitaire et d’être fermement au côté des amis et alliés des Etats-Unis. 
 
Mais ce courant, issu en droite ligne des tea parties, a eu des difficultés à trouver un chef de file et ne l’a toujours pas trouvé. Un temps, Michelle Bachmann, désormais hors course, a occupé cette position, puis elle a perdu toute crédibilité par des déclarations infondées sur les relations entre vaccins et retard mental. 
 
Ce fut ensuite le tour de Rick Perry, qui, après avoir erré dans plusieurs débats, n’a jamais réussi à se rétablir, et qui ne se rétablira pas. Vint alors Herman Cain, qui, dans un contexte de diffamations, a lui-même renoncé. Puis vint le tour de Newt Gingrich. Et j’ai dit ici que mon soutien serait allé dans sa direction, car il est fondamentalement un conservateur de lignée reaganienne. Malheureusement, Newt Gingrich a croulé sous le poids des publicités négatives émanant du camp Romney en Iowa. Il n’a pas répliqué, et ses chances appartiennent aujourd’hui sans doute au passé. Il est en colère contre Romney, et sa colère est justifiée. Il continue à faire campagne essentiellement contre Romney : on verra ce que sont les effets de cette campagne contre Romney. Elle pointe les dimensions qui font la faiblesse de Romney : ses positions très modérées sur divers dossiers, son refus d’affronter Obama de manière directe et tranchée, le plan de santé qu’il a mis en place au Massachusetts, ses activités au sein de l’entreprise qu’il a dirigée, Bain Capital. 
 
L’entreprise Bain Capital est une entreprise tournée surtout vers le « leverage buy out », acquisition d’entreprises en usant de l’effet de levier. Globalement : rachat d’entreprises en difficultés, restructuration ou démantèlement de l’entreprise, revente de celle-ci ou de ses actifs après restructuration ou démantèlement. Ce type d’activité peut être considéré comme relevant de la destruction créatrice Schumpeterienne. Ce type d’activité peut aussi se trouver considéré comme relevant de la prédation. Gingrich définit ce genre d’activité comme relevant de la prédation et pas de la destruction créatrice. Quelle que soit l’analyse qu’on fait du « leverage buy out », Romney ne sortira pas de la campagne menée contre lui sans dommages. Et la campagne menée par Gingrich ne sera rien par comparaison avec celle qui sera menée contre lui s’il doit affronter Obama.
 
Gingrich, donc, sauf grosse surprise, me semble hors de combat, et contraint de se retirer après les élections primaires en Caroline du Sud et en Floride. 
 
Après Newt Gingrich, le courant conservateur a été incarné par Rick Santorum. Et Rick Santorum est un homme de qualité et de conviction. Il incarne ce qu’on appelle aux Etats-Unis le « conservatisme social », ce qui signifie qu’il met l’accent surtout sur les valeurs éthiques. Il se situe aussi du côté de l’esprit d’entreprise et du capitalisme, et du côté de la réaffirmation de la nécessité de lutter contre le danger totalitaire, mais il ajoute une nuance Burkéenne à sa démarche : il place la liberté fondatrice des Etats-Unis dans un contexte où les liens immatériels qui forment l’identité d’une civilisation, génération après génération, ont une importance cruciale. On peut craindre qu’il n’ait ni les moyens ni l’organisation indispensables pour s’imposer. Il se situe, qui plus est, sur un terrain occupé aussi par Gingrich. Si les voix de Gingrich et de Santorum s’étaient ajoutées dans le New Hampshire, cela aurait abouti à un score permettant au candidat conservateur d’être en troisième position et d’avoir une chance.
 
En Caroline du Sud, puis en Floride, Romney peut arriver en première place parce que le camp conservateur face à lui sera vraisemblablement divisé.
 
Le courant conservateur, dès lors, a perdu. Il pourra lui rester, comme un lot de consolation, la candidature à la vice-présidence. 
 
Jon Huntsman n’ayant pas réussi à s’imposer, comme je m’y attendais (sa troisième place dans le New Hampshire est un échec, soyons clair), Jon Huntsman ayant incarné l’aile très modérée de ces primaires et ses voix potentielles étant destinées à se reporter sur Romney, Perry n’ayant plus la moindre chance, même s’il insiste, cela me conduit à un troisième point. 
 
Que déduire, donc, des résultats du New Hampshire ? Un autre aspect qui était visible lui-même dès les résultats de l’Iowa. 
 
Mitt Romney est le favori et sera vraisemblablement le candidat républicain. Ce qui est gênant est que ce sera un candidat faible, donc vulnérable. D’une part, Romney n’a pas réussi à remporter l’adhésion du courant conservateur, qui reste pour l’heure orphelin, et s’est, au contraire, attiré son hostilité par ses attaques contre Gingrich. Les conservateurs ne soutiendront Romney qu’avec réticence. D’autre part, Romney ne parle effectivement pas toujours comme un conservateur, et son programme, en matière fiscale, par exemple, tout en étant porteur d’un retour dans la direction de ce qui a fait la prospérité et la force des Etats-Unis jusqu’à Obama, ne constitue pas une rupture nette et n’est pas du tout porteur de ce qui pourrait être une nouvelle « révolution conservatrice » et une rupture avec les dérives des années Obama. En troisième lieu, Romney peut très aisément être attaqué, et les attaques menées par Gingrich ne sont et ne seront rien en comparaison de celles menées par Obama si Romney doit l’affronter, je l’ai dit. 
 
Les activités de Bain Capital seront au centre des attaques d’Obama. Si Romney venait d’un autre secteur du capitalisme, s’il avait fondé une entreprise sur une base de créativité, tel un Steve Jobs, ce serait différent. Mais dans un contexte où la finance, à tort ou à raison, n’a pas bonne réputation aux Etats-Unis, un homme venu de la finance et du « leverage buy out » n’a pas tous les atouts dans son jeu. 
 
Que Romney ait changé de position au fil du temps sur divers sujets ne sera pas non plus un atout dans son jeu, bien sûr. Qu’il soit mormon sera vraisemblablement utilisé contre lui par le camp Obama, ne serait-ce qu’en sourdine. 
 
Qu’il ait reçu d’emblée le soutien des instances dirigeantes du parti républicain ne sera pas un atout pour lui, là encore. 
 
Un peu plus de quarante pour cent des américains aujourd’hui se définissent comme conservateurs, et seulement vingt pour cent se définissent comme « liberals » (de gauche), trente pour cent se définissent comme républicain : ce qui veut dire que le mot conservateur attire dix pour cent d’adhésion de plus que le mot « « républicain ». 
 
La hantise des conservateurs est de voir à nouveau un RINO, Republican In Name Only (seulement républicain de nom) être leur candidat. Le parti républicain a choisi la sécurité, pensant qu’un modéré avait plus de chances d’attirer les électeurs hésitants. Un modéré peut aussi rebuter toute une frange de conservateurs. Et la différence peut jouer à l’avantage d’Obama. Un conservateur peut faire campagne au centre, car les conservateurs savent qui il est. Un modéré doit faire campagne en tant que conservateur, ce qui peut l’empêcher d’attirer des électeurs centristes hésitants. 
 
Romney peut l’emporter. Mais s’il est candidat contre Obama et s’il gagne, ce sera parce que le peuple américain rejette Obama, parce que le peuple américain discerne qu’Obama le conduit au désastre, ce ne sera pas, je le crains, par adhésion à Romney. 
 
Pour ces raisons, Romney peut aussi perdre. Et s’il perd le désastre se poursuivra. 
 
Cette élection est la plus importante depuis des décennies : elle représente un choix fondamental. Ou les Etats-Unis s’enfonceront dans un déclin à l’européenne, ou ils se redresseront. Les conséquences d’un déclin à l’européenne, déjà amorcé, seraient incalculables. 
 
Il est regrettable que le parti républicain n’ait pu trouver à ce jour, pour porter la perspective de redressement, un homme qui puisse effectivement être identifié avec cette perspective et qui incarne le conservatisme. 
 
Que Romney devienne cet homme ? Je ne pense pas que ce soit possible. Si cela avait été possible, ce serait déjà visible, aujourd’hui.
 
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