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Publié par Guy Millière le 18 janvier 2012
Un débat entre candidats républicains a eu lieu lundi soit à Myrtle Beach, en Caroline du Sud. 
 
Ce débat a, à mes yeux, été le plus passionnant depuis le début de la campagne. Cela a sans doute été dû au fait qu’il n’y a plus que cinq candidats, ce qui permet à chacun d’entre eux de disposer de davantage de temps pour s’exprimer et développer ses arguments. Cela est dû aussi à la qualité des journalistes : les puissances invitantes étaient Fox News et le Wall Street Journal, deux institutions conservatrices dont on pouvait attendre des questions précises, sérieuses et acérées. Les candidats se sont exprimés et ont développés leurs arguments. Les questions ont correspondu aux attentes.
 
Tous les sujets importants ont été abordés, de la politique économique à la politique étrangère. Des dialogues, parfois vifs, ont eu lieu entre les uns et les autres. 
Il en a découlé des clarifications et, selon moi, un motif d’inquiétude. 
 
Les clarifications ont concerné Ron Paul, Rick Santorum, Rick Perry et Newt  Gingrich. L’inquiétude concerne Mitt Romney. 
 
Ron Paul a tenu, comme à son habitude, des propos logiques en matière économique, mais, comme à son habitude aussi, des propos absolument insensés en politique étrangère. Le fait de disposer de davantage de temps a fait qu’il s’est enfoncé davantage et a semblé un fou ou un gauchiste, à moins que je ne doive dire, un fou et un gauchiste. Nier à ce degré le danger de régimes fanatiques et totalitaires dans un débat destiné à une large audience ressemble à un suicide. Ron Paul ne peut attirer que des fous, des gauchistes ou des membres de sa propre secte. Il se trouvera encore en France des gens pour dire que c’est un libéral classique, je sais. Il faudra dans ce cas rajouter une mention : radical classique tendance Ahmadinejad. Si quelqu’un peut m’expliquer en quoi Ahmadinejad est un libéral, je suis preneur. Ron Paul restera dans la course. Il aura dix pour cent, au mieux. Il est une nuisance difficile à supporter, mais qu’il faut supporter sans doute car il serait plus nocif encore à l’extérieur qu’à l’intérieur du camp républicain auquel il n’appartient pourtant pas. 
 
Rick Santorum a montré qu’à ce niveau, il manquait de souffle et d’ampleur. Il a révélé les limites du « social conservatism » : c’est un candidat burkéen au sens où il accorde de l’importance au contrat éthique et culturel qui lie les générations entre elles et qui forment l’humus d’un pays, mais sa dimension burkéenne le conduit à accepter des éléments de redistribution sociale qui l’éloignent d’une vision plus lockéenne du contrat. Le « social conservatism » qu’il incarne semble dès lors limité. Rick Santorum ne fait pas la synthèse reaganienne entre Burke et Locke, et il ne peut donc pas élargir son champ électoral à l’ensemble des conservateurs. Il devrait réaliser un score moyen, et ne pas rester dans la course très longtemps encore. 
 
Rick Perry, lui, s’est montré solide, cohérent, bien meilleur qu’il ne l’a été dans les débats précédents. Sa candidature apparaît comme une occasion manquée. Il s’est sans doute insuffisamment préparé. Il devra en tirer la leçon : l’image qu’on donne de soi en premier compte et reste dans les esprits. Il a raté ses premiers débats. Il ne s’en est jamais relevé. Il ne s’en relèvera pas. Il va réaliser un score assez bas, ce qui est dommage, et il va sans doute quitter la course. Il aurait mérité mieux, car c’est un excellent gouverneur du Texas. C’est ainsi. 
 
Newt Gingrich a été l’orateur de la soirée, et il s’est révélé tel qu’en lui-même. Quels que soient les reproches qu’on lui adresse, Gingrich est le meilleur orateur de tous, et de loin. Il est le penseur de plus cohérent. Il dispose d’une culture historique, économique et philosophique qui le place à cent coudées au dessus du lot. Il serait le meilleur, et de très loin, pour faire éclater la baudruche Obama au yeux du monde, car Obama est une baudruche et nul ne pourrait le démontrer mieux que Gingrich. On peut ajouter que Gingrich est un combattant. Voici trois semaines, il était en tête des sondages. Le tir de barrage lancé contre lui par Mitt Romney à coups d’annonces publicitaires en Iowa l’a fait chuter. Il a répliqué très tardivement. Je doute qu’il puisse remonter la pente. Je trouve cela extrêmement regrettable. 
 
Gingrich n’a pas eu le soutien des instances du parti républicain et des éditorialistes conservateurs, qui ont pensé qu’il était trop peu centriste pour avoir une chance de toucher les électeurs indépendants. Je trouve cela aussi extrêmement regrettable. Je pense, comme Thomas Sowell, qu’il aurait fallu un homme de l’étoffe de Gingrich pour faire chuter Obama et pour entreprendre ensuite l’œuvre herculéenne de redresser les Etats-Unis après le désastre. 
 
Les instances du parti républicain et les éditorialistes conservateurs ont misé sur Mitt Romney et n’ont pas arrêté de dire que sa modération lui donnait les meilleures chances. J’ai toujours eu des doutes sur ce sujet. Ce calcul avait déjà été celui qui avait conduit à choisir John McCain, avec le succès que l’on sait. Il avait conduit à choisir d’autres perdants dans le passé. 
 
On reproche à Mitt Romney d’avoir changé souvent de positions : un commentateur disait ironiquement hier que Mitt Romney avait en lui davantage de positions que le Kama Sutra. 
Mitt Romney incarne en supplément le capitalisme financier, ce qui n’est pas un atout dans le contexte américain actuel, et j’énonce seulement une réalité, pas du tout un jugement sur le capitalisme financier. 
 
Il parle bien et a des réponses précises, mais son débit manque de chaleur, ce qui l’empêche de susciter une adhésion nette. 
 
On a pu voir, dans le débat de lundi soir qu’il avait des difficultés à captiver l’auditoire, ce qui risque de le desservir face à Obama. 
 
On a pu voir aussi qu’il pouvait être déstabilisé par des attaques, ce qui est plus préoccupant. S’il lui est difficile de résister aux attaques d’autres républicains, comment résistera-t-il aux attaques de Barack Obama ? Je dois dire que j’ai des doutes, quand bien même s’il est le candidat républicain, je le soutiendrai, tant je pense crucial qu’Obama quitte au plus tôt la Maison Blanche. 
 
Mais je doute aujourd’hui encore davantage qu’hier qu’il soit le meilleur candidat et le plus à même d’être à la hauteur de la tâche.
 
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