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Publié par Michel Garroté le 1 février 2012

 

Michel Garroté – Le président autrichien Heinz Fischer (social-démocrate) devait remettre à Heinz-Christian Strache, au titre de son activité de parlementaire, l'une des plus hautes distinctions de la République autrichienne, mais la présidence a annoncé mardi dans un communiqué qu'elle y renonçait au regard de la polémique au sujet des propos attribués à Heinz-Christian Strache. Le 27 janvier, à Vienne, le traditionnel bal du Wiener Korporationsring (WKR), auquel participait notamment Heinz-Christian Strache et la candidate d'extrême droite à l'élection présidentielle en France, Marine Le Pen, avait provoqué une importante contre-manifestation, à l'appel d'organisations de gauche, des Verts et de mouvements de la société civile. Or, selon le quotidien autrichien Der Standard, le dirigeant du parti FPÖ aurait comparé l'évènement à la Nuit de cristal, un pogrome déclenché par les nazis contre les juifs en novembre 1938, proclamant, en allusion à la contre-manifestation : « Nous sommes les nouveaux juifs ». Heinz-Christian Strache ne dément pas explicitement avoir tenu ces propos, mais affirme qu'ils ont été sortis de leur contexte et qu'il n'a jamais voulu nier les persécutions à l'encontre des juifs sous le nazisme.

La Communauté israélite d'Autriche (IKG) a annoncé son intention de porter plainte, dénonçant une provocation monstrueuse et une relativisation de l'Holocauste sous couvert d'immunité parlementaire, dont HC Strache dispose en tant que député et chef du groupe parlementaire du FPÖ. Le vice-chancelier conservateur et ministre des Affaires étrangères, Michael Spindelegger, s'est dit mardi outré et a estimé que le dirigeant du FPÖ ne pouvait que s'excuser de ses propos, ce qui serait, selon lui, la moindre des choses à faire. Le parti conservateur ÖVP a taxé les propos prêtés à Heinz-Christian Strache de claque au visage de tous ceux qui ont été victimes du régime criminel des nazis, plus qu'indigne d'un élu de la République. Le Parti social-démocrate SPÖ, qui partage le pouvoir avec l'ÖVP dans un gouvernement de grande coalition, a dénoncé la vision absurde de l'Histoire que propage le dirigeant du FPÖ, tandis que la dirigeante des Verts, Eva Glawischnig, a estimé qu'il avait perdu toute légitimité en tant qu'homme politique. Plus de 4.000 personnes avaient manifesté devant le Palais impérial de la Hofburg contre le bal du WKR, organisé le jour de la commémoration de l'Holocauste à l'encontre des juifs par les nazis et du 67e anniversaire de la libération du camp d'extermination nazi d'Auschwitz.

Le bal organisé vendredi dernier par des corporations estudiantines autrichiennes proches de l'extrême droite, avec la participation de Marine Le Pen, candidate du Front national à l'élection présidentielle, avait fait rage au sein de toutes les discussions politiques. Il avait par ailleurs provoqué une contre-manifestation à Vienne et la dénonciation d'organisations en France, SOS Racisme et l'Union des étudiants juifs de France. Mais il n’aura pas fallu beaucoup de temps à Jean-Marie Le Pen pour reprendre la vedette à sa fille. L’homme politique controversé se retrouve une nouvelle fois au cœur des débats. Interrogé sur la polémique viennoise au cours d’une émission sur France 3 dimanche29 janvier, il a déclaré « j'ai moi-même assisté à cette magnifique manifestation qui retrace d'ailleurs le Vienne du XIXe siècle, c'est Strauss, sans Kahn si vous voulez », dans un jeu de mots associant le compositeur Johann Strauss, célèbre pour ses valses, et l'ancien patron du FMI, le socialiste français Dominique Strauss-Kahn. Evidemment, l’intervention du président d’honneur du Front national sur une chaine populaire française n’a pas tardé à faire désordre.

Un désordre auquel Marine a tenu à participer. « C’est une plaisanterie, un trait d’humour que je goûte plus que les traits des humoristes qui nous traitent successivement de gros cons, de salauds, d'étrons. Je vois qu'on est plus difficile avec l'humour de Jean-Marie Le Pen qu'avec l'humour de ceux qui sont payés soi-disant pour ça », a-t-elle déclaré le soir-même à des journalistes lors de l’un de ses meetings à Perpignan. Un humour noir qui passe en effet plutôt mal puisqu'hier, l'eurodéputé MoDem Robert Rochefort, proche de François Bayrou, a estimé qu'il était « impossible » de ne pas réagir aux propos de Jean-Marie Le Pen, qu’il a qualifiés « d’allusion antisémite claire ». « La nostalgie de la Vienne du XIXe siècle, ainsi peut-être que des régimes totalitaires du XXe, lui a fait dire que c'était « Strauss sans Kahn », exprimant ainsi son désir profond et immuable d'éliminer ce qu'il ne supporte pas », a-t-il ajouté. Robert Rochefort, membre de l'équipe de campagne du candidat Bayrou, parle quant à lui d'une « injure à l'Europe et au peuple européen ».

Denis MacShane, député travailliste et ancien ministre des Affaires européennes de Tony Blair, écrit : “Il y a un peu plus de soixante-dix ans (20 janvier 1942), les fonctionnaires allemands se réunissaient dans un centre de conférence sur les rives du lac Wannsee juste à côté de Berlin. Ils y ont discuté, pris des notes et mis au point des mécanismes détaillés pour exterminer les Juifs d'Europe. La Shoah par balles avait déjà commencé en Europe de l'Est, alors que la Werhmacht roulait à travers la Pologne, les Etats baltes, la Biélorussie, la Russie et l'Ukraine, où la plus infâme des tueries à coups de pistolets, fusils et mitraillettes avait ravagé la ville de Kiev, dans le grand ravin de Babi Yar. Seulement, bien des soldats allemands n'aimaient pas tuer les Juifs et le processus demandait trop de temps et trop de balles. C'est alors qu'au bord du lac Wannsee l'idée d'exterminer la communauté juive européenne est devenue industrielle, mettant toutes les ressources de l'Etat allemand, ses compétences en ingénierie, produits chimiques et transport, au service d'un génocide d'une portée historique inégalée. Quand elle vit la tête de fonctionnaire médiocre et presque chauve d'Adolf Eichmann lors de son procès vingt ans plus tard, Hannah Arendt parla de la "banalité du mal". Le grand antisémite était juste une personne comme une autre. Heureusement, les Juifs ne sont plus aujourd'hui accablés par des atrocités d'une telle ampleur et seront protégés de l'extermination de leur peuple aussi longtemps qu'Israël existera.

Pourtant, le problème de l'antisémitisme n'a pas été éradiqué. L'Europe est passée de la banalité du mal à la banalisation de l'antisémitisme. Il est de nos jours possible de célébrer l'hitlérisme, de minimiser l'importance de l'Holocauste ou bien de faire des remarques sur les juifs que l'on n'oserait jamais prononcer a l'égard des musulmans ou des afro-antillais en Europe. En Angleterre, deux stars du football font face à des accusations de la Police pour avoir tenu des propos racistes vis-à-vis d'adversaires de couleur de peau différente dans l'excitation d'un match. Cependant, aucune mesure n'a été prise par les autorités britanniques à l'encontre des deux députés britanniques qui, fin 2011, ont gravement offensé la communauté juive. Le premier, un conservateur de 32 ans, s'est rendu dans les Alpes françaises avec des copains de classe de l'Université d'Oxford pour fêter un enterrement de vie de garçon qui s'est tourné en véritable hommage au nazisme. Le groupe a été surpris en train d'imiter des officiers SS – le célibataire étant vêtu d'un costume SS loué par le député lui-même – et de porter un toast “à l'idéologie du 3e Reich ? Plus tard, le groupe s'est même mis à scander “Mein Fuhrer ! Mein Fuhrer ! Mein Fuhrer !?, “Himmler ! Himmler ! Himmler !? et “Eichmann ! Eichmann ! Eichmann !?. Cette célébration des architectes de l'Holocauste a eu lieu tout près d'Albertville, là ou les où les juifs français avaient été raflés pour être déportés à Auschwitz.

Le second député britannique, cette fois un travailliste âgé de 77 ans, s'est opposé à la nomination d'un des jeunes diplomates les plus talentueux du Royaume-Uni au poste d'Ambassadeur en Israël. La raison ? L'ambassadeur est juif. Le député a en effet déclaré à une Commission de la Chambre des Communes qu'il était inapproprié pour un Juif d'être ambassadeur en Israël. La Grande-Bretagne a besoin de "quelqu'un avec des racines au Royaume-Uni qui (ne peut pas) être accusé d'avoir la loyauté juive", a-t-il expliqué. L'automne dernier, des étudiants de l'association des Conservateurs de l'Université d'Oxford – le berceau des futurs premiers ministres tels que David Cameron – ont organisé un événement lors duquel un jeune a chanté cette chanson sur l'air du célèbre chant de Noel Jingle Bells ("Vive le Vent"): "Nous nous précipitons vers le Troisieme Reich/Dans une Mercedes noire/Pour tuer tous les youpins" Puis, en terminant par un "Ra Ta Ta Ta", il imita des tirs de mitraillette fauchant tous les Juifs. Plus tôt dans l'année, à l'Université de St Andrews – où le prince William a rencontré sa future épouse, Kate Middleton – deux étudiants ont fait irruption dans la chambre d'un étudiant juif en échange, originaire de New York . Ils l'ont accusé d'être un "terroriste nazi". L'un deux urina dans son évier et s'essuya les mains sur une bannière de l'Etoile de David que le jeune Américain avait accroché à son mur.

Les députés et les étudiants jurent tous qu'ils ne sont pas antisémites. Ils ne vendent pas de poupées en bois au nez-crochu pour se moquer des Juifs, comme l'on en trouvait le mois dernier au marché de Noel de Cracovie en Pologne. Ils ne taguent pas les cimetières ou les monuments juifs avec des croix gammées, comme cela arrive de plus en plus en France, en Pologne ou en Lituanie. Ils ne vont pas aussi loin que le dramaturge et écrivain hongrois, Istvan Csurka, qui a expliqué que les problèmes de la Hongrie provenaient de l'axe "New York-Tel Aviv-Budapest" et qui a publié une photo d'un des présidents de la banque centrale hongroise avec une grande étoile jaune. Ils ne partagent pas non plus les points de vue des élus au parlement européen du Jobbik, du Front National ou du Parti National Britannique (BNP) sur les Juifs et la Shoah. Pourtant, ils contribuent à la dévaluation ou à la minimisation du problème de l'antisémitisme au XXIe siècle. Les Juifs européens ne sont pas confrontés aux mêmes périls que dans les années 1930, bien qu'Israël soit menacé par les pulsions exterminatrices de l'Iran et la conquête des islamistes intégristes du pouvoir en Egypte. La banalisation de l'antisémitisme est aujourd'hui la contribution de l'Europe à l'idéologie d'intolérance et de haine qui s'installe peu à peu dans tous les recoins du monde”.

Michel Garroté pour www.dreuz.info

  

   

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