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Publié par Guy Millière le 1 février 2012
Je pense ne pas avoir à dire ici qu’une réélection d’Obama serait à mes yeux une catastrophe pour les Etats-Unis et pour le monde. Et j’aurai à revenir sur ce sujet. Je suis en train d’achever un livre qui s’appellera « Le désastre Obama » dans lequel tous les détails seront énoncés. 
 
Je pense néanmoins ; et je l’ai déjà écrit, qu’Obama a plus d’une chance sur deux aujourd’hui d’être réélu. Comment est-ce envisageable ? 
 
D’une part, parce qu’Obama bénéficie d’un vote ethnique qui sera là en novembre : il peut être terrible d’avoir à constater que les noirs votent pour un noir, l’ont fait à hauteur de 96% en 2008, et le feront dans les mêmes proportions sans doute en 2012, mais c’est ainsi. Le vote hispanique est allé à hauteur de 67% vers Obama en 2008, et les chiffres ne devraient pas beaucoup bouger cette année. Le vote juif sera lui-même encore une fois très massivement dirigé vers Obama pour des raisons qui n’ont rien à voir avec le soutien à Israël (qui n’est pas le souci prioritaire d’une majorité de Juifs américains), et qui ont bien davantage à voir avec des idées « progressistes » telles que l’avortement tardif et le mariage gay. 
 
Outre le vote ethnique, Obama a mis en place un système de clientélisme électoral bien connu de ceux qui ont, en économie, étudié la théorie des choix publics exposée par Gordon Tullock et James Buchanan : on peut, en démocratie, acheter les voix des uns avec les voix des autres. Il suffit pour cela de placer suffisamment de gens en position d’assistés, de ne leur demander aucun impôt sur le revenu, et de faire payer le tout par les impôts prélevés sur les autres. Obama a multiplié le nombre des assistés aux Etats-Unis. Près de cinquante pour cent des américains ne paient aucun impôt sur le revenu. Lorsqu’Obama emploie des thématiques de lutte de classes et demande que les « riches » paient davantage, il sait ce qu’il fait. 
 
En troisième lieu, Obama n’a pas mis en cause le capitalisme américain en espérant construire le socialisme : il a fait mieux. Il a mis en place tout un ensemble de distorsions du capitalisme que plusieurs chroniqueurs (le premier ayant été Michael Barone) ont appelé très justement le crony capitalism. Le capitalisme des accointances et des échanges de bons procédés. Derrière toutes les décisions majeures de l’administration Obama depuis janvier 2009, la loi de « stimulation », la réforme du secteur de la santé, la réforme du système financier, les actions de diverses agences gouvernementales, au premier rang desquelles l’EPA, agence de protection de l’environnement, il y a des entreprises favorisées et des subventions massives. Obama est le candidat des grandes institutions financières, de très grandes entreprises telles que General Electric. Il est le bienfaiteur des syndicats, tout particulièrement de l’UAW, syndicat de l’automobile. En favorisant des entreprises, en les protégeant de la concurrence par l’exclusion de celle-ci, en subventionnant, Obama a fait des « investissements » avec de l’argent public et il attend aujourd’hui des retours sur investissements : d’où le milliard de dollars dont il dispose pour mener campagne. 
 
En quatrième lieu, Obama dispose de milliers de militants appartenant à des organisations elles-mêmes très largement subventionnées par l’argent des contribuables. Il dispose aussi du soutien des grands médias qui vont se placer entièrement à son service au cours des derniers mois de la campagne. 
 
Obama dispose en outre de l’immense avantage d’être le Président sortant et d’avoir entre les mains l’appareil gouvernemental. 
 
Compenser cela de la part du parti républicain aurait impliqué que celui-ci s’appuie sur l’élan des tea parties et de la quête d’une nouvelle révolution conservatrice qui s’est dessinée par cet élan.
 
On doit dire que le parti républicain n’a pas pris cette direction. A la Chambre des représentants, la majorité républicaine n’a pas fait preuve d’une attitude digne des tea parties et s’est montré plusieurs fois très conciliante avec l’administration, ce qui a jeté une couverture humide sur bien des ardeurs. 
 
Dans le cadre des élections primaires, les candidats soutenus par les tea parties sont tombés les uns après les autres. Celui vers qui les gens des tea parties se sont largement reportés ces dernières semaines est Newt Gingrich. Et c’est compréhensible : Newt Gingrich propose une réforme de la fiscalité instaurant la flat tax, et un amendement à la Constitution qui interdirait le déficit budgétaire. Il n’est pas le candidat parfait. Il a un passé, dit-on, mais ceux qui disent qu’il a un passé devraient regarder ce qu’a été ce passé, et ils comprendraient pourquoi Nancy Reagan a prononcé des paroles si chaleureuses le concernant en 1995, et pourquoi Michael Reagan lui apporte aujourd’hui son soutien, tout comme Arthur Laffer, l’un des pères spirituels de l’économie de l’offre. 
 
Non seulement les tea parties ont été considérées comme quantité négligeable par l’appareil du parti républicain et par les chroniqueurs conservateurs des grands médias, mais elles ont été méprisées. Et Newt Gingrich a fait l’objet de la campagne de diffamation la plus sordide à avoir été montée contre un candidat dans le cadre d’élections primaires depuis longtemps. 
 
Les élections primaires de Floride ont apporté un résultat très prévisible : une victoire de Mitt Romney qui, comme je l’avais anticipé, est désormais le très grand favori. Mitt Romney a gagné en dépensant dix sept millions de dollars entièrement consacrés non pas à exposer ses propositions ou à critiquer Obama, mais à faire des publicités négatives et mensongères concernant Newt Gingrich. Dix-sept millions de dollars, cela fait très cher par voix obtenue. Newt Gingrich, bien entendu, ne quitte pas la compétition. Il promet même de rester dans la course jusqu’à la convention du parti. 
 
Le parti républicain a fait le choix de Mitt Romney en arguant qu’il était le favori, qu’il était plus modéré et donc plus à même de gagner. 
 
Je pense utile de répéter que c’est loin d’être assuré. Le parti républicain est divisé. Les gens issus des tea parties et les conservateurs ne se reconnaissent pas et ne se reconnaîtront pas en Romney. Ils pourront voter pour lui faute de mieux. 
 
Depuis des mois, la campagne Obama se prépare à battre Romney. J’espère qu’elle n’arrivera pas à ses fins. Je crains qu’elle arrive à ses fins. 
 
Et si Romney était élu quand même, je doute dès aujourd’hui qu’il soit à la hauteur de la situation : c’est un entrepreneur qui a montré son efficacité. Ce n’est pas un conservateur à même de prendre à bras le corps la tâche immense que serait une nouvelle révolution conservatrice. Il ne parle pas de baisses d’impôts ou de flat tax. Il ne reprend à son compte aucune des propositions courageuses de Newt Gingrich. Il risquerait fort de se révéler être, s’il arrivait au pouvoir, un gestionnaire du statu quo. 
 
Un gestionnaire du statu quo vaudrait mieux qu’un gauchiste qui a fréquenté les écoles coraniques, certes… N’importe qui vaudrait mieux qu’un gauchiste qui a fréquenté les écoles coraniques.
 
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