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Publié par Guy Millière le 5 février 2012

En parcourant la presse française, on pourrait aisément penser qu’il existe encore des traces de ce que d’aucuns ont appelé le « printemps égyptien », lui-même fragment du désormais célèbre « printemps arabe ». On pourrait penser aussi que les émeutes meurtrières qui ont suivi un match de football à Port Saïd sont un incident isolé. Mieux vaudrait dire que c’est un incident très visible parmi une multitude d’autres, qui sont autant de symptômes de ce qu’on ne veut pas voir : l’Egypte est tout au bord du précipice, et elle est en train de tomber.

 
L’arrivée au pouvoir des Frères musulmans et des salafistes qui, pris ensemble, ont emporté soixante-quinze pour cent des voix lors des élections a contribué à achever ce qui pouvait rester du tourisme. Ceux qui s’aventurent encore dans le pays risquent d’être pris en otage, comme deux Américaines enlevées voici peu dans le Sinaï, ou de subir diverses violences et outrages. La police est impuissante, et des commissariats de police ont été pris d’assaut. Pour un pays dont l’économie reposait largement sur l’hôtellerie, les voyages organisés et les croisières sur le Nil, activités qui impliquent un minimum de sécurité, c’est une catastrophe. Les autres secteurs de l’économie tournent encore, mais sont en train de se bloquer. Des pénuries de carburants commencent à se faire sentir. Les boulangeries, qui fonctionnent au mazout pour la plupart, n’ont, pour un nombre croissant d’entre elles, plus de quoi allumer les fours pour faire cuire le pain. La nourriture vient à manquer, et dès lors que la faim avait joué un rôle dans le soulèvement de l’an dernier, les mêmes causes produisent les mêmes effets, avec cette différence que l’an dernier, les prix étaient élevés, et que cette année, il n’y a, de plus en plus souvent, pas d’aliments à acheter : l’importation de denrées (et l’Egypte importe les deux tiers de ce qu’elle consomme) a baissé de soixante pour cent en un an, avec une population qui a gagné plus d’un million d’habitants. 
 
Les bons de trésor que le gouvernement a mis en vente en janvier n’ont, pour l’essentiel, pas trouvé preneurs, malgré des taux d’intérêts proposés très élevés. 
 
Les capitaux fuient le pays. La monnaie se dévalue. Les dignitaires de l’armée eux-mêmes placent leur agent à l’étranger. L’aide américaine, qui a maintenu pendant des années le pays à flot, ne peut être suffisante dans ces circonstances, et Barack Obama ne peut pas demander une rallonge au Congrès, tout particulièrement en année électorale, et tout particulièrement en des circonstances où, grâce à son action, les finances américaines sont elles-mêmes en très mauvais état. Il le peut d’autant moins que la Chambre des représentants est à majorité républicaine et lui reproche déjà ses inclinations en direction du monde musulman. L’Union européenne, elle-même en mauvaise posture financièrement, a promis un demi milliard d’euros, et ceux-ci seront une goutte d’eau dans l’océan et de l’argent gaspillé. 
 
Tout indique que ce n’est que le début d’un écroulement généralisé dont nul ne peut prédire l’issue, sinon en disant qu’elle sera sombre. 
 
Il y aura des morts, bien davantage que ceux de Port Saïd. Il y aura des famines : il y en a déjà. L’armée garde entre les mains les leviers de commande : elle risque fort d’avoir à se conduire dans quelques mois comme l’armée syrienne si la population ne se calme pas, et la population n’a aucune raison de se calmer. La rage islamiste va continuer à monter en puissance. Les premières victimes seront les Coptes : ceux d’entre eux qui peuvent quitter le pays sont en train de le quitter. Ceux qui n’ont pas les moyens de partir vont mourir ou souffrir beaucoup. Le Sinaï va devenir une zone de plus en plus propice aux activités de groupes terroristes, grâce aux armes venues de la Libye tombées aux mains des islamistes. 
 
Israël ne sera pas menacé davantage qu’aujourd’hui, car l’armée ne peut pas se permettre d’attaquer Israël sans perdre les financements dont elle dispose encore, et sans perdre le soutien de l’Arabie Saoudite, dont le principal souci est l’Iran et sa course vers l’arme atomique. Le gazoduc qui alimente Israël et la Jordanie connaîtra d’autres sabotages.
 
Aucune issue positive n’est en vue. La population est très majoritairement illettrée. Au repli vers le fanatisme religieux s’ajoute le repli vers le clan et la famille élargie, l’exclusion renforcée des femmes, presque toutes victimes d’excision, dans les villages, traitées comme des esclaves ou du bétail. 
 
Hosni Moubarak était un dictateur. Ce qui se passe n’est pas un passage de la dictature à la démocratie, mais un écroulement en direction du chaos. 
 
Hosni Moubarak voulait laisser le pouvoir à son fils, et celui-ci voulait poursuivre une politique de privatisation et d’ouverture aux investisseurs, enclenchée (très insuffisamment) par son père. Hosni Moubarak a été condamné à mort, son fils est en prison, et la politique prévue gît dans les décombres. Au mois de juin prochain, on pourra fêter le troisième anniversaire du discours du Caire de Barack Obama : ce fut un bien beau discours aux allures de semailles. Le temps de la moisson est venu. C’est une moisson de feu et de cendres au parfum de cadavres. 
 
Aux Etats-Unis, nombre de gens ne voient pas les relations de cause à effet. 
 
Ils les voient d’autant moins que les journalistes des grands médias parlent comme les journalistes français, et qu’il se trouve même quelques néo-conservateurs égarés, tels Elliott Abrams, pour dire que ce qui se passe est prometteur. La doctrine Bush entendait susciter une ouverture et une transformation du monde musulman, avec un réel accompagnement des Etats-Unis et du monde occidental. La doctrine Obama abandonne toute une région du monde à l’islam radical, ce qui est très différent.
 
En Europe, on ne voit pas non plus les relations de cause à effet. 
 
On parle comme l’administration Obama d’islamistes modérés. Catherine Ashton, ministre des affaires étrangères de l’Union Européenne est toujours en extase devant le « printemps égyptien » et le « printemps arabe ». Elle a publié voici deux jours dans le New York Times un article appelé « Soutenir le réveil arabe ». Ou bien elle ne sait pas que l’expression « réveil arabe » a été au cœur de la montée d’un nationalisme arabe teinté de national-socialisme dans les années 1930-40, et a été le titre d’un livre publié en 1938 par George Antonius, un ami d’Amin Al Husseini, au temps où celui-ci oeuvrait pour le Troisième Reich et la « solution finale » et en ce cas c’est une imbécile. Ou bien elle le sait, et elle sait aussi que l’expression « réveil arabe » a servi de base à l’idée de « réveil islamique » propagée ultérieurement, et en ce cas, c’est une complice du pire. Je pense que, comme nombre de dirigeants européens, elle est les deux, et imbécile, et complice du pire.
 
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