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Publié par Alexandre Del Valle le 6 mars 2012

Depuis le début des « révolutions arabes », initiées par des jeunes gens familiers des réseaux sociaux, l’idée dominante est que ces révolutions auraient inauguré une nouvelle ère démocratique susceptible de réconcilier des forces jadis opposées et persécutées: laïques, syndicalistes, progressistes, libérales, islamistes, etc, désormais capables de vivre en harmonie à la faveur d’élections libres permises par la chute des dictateurs. Selon cette thèse, le « printemps arabe  » aurait même « vaincu » le salafisme jihadiste plus efficacement que les assauts contreproductifs des GI’s américains contre Al-Qaïda en Irak, en Afghanistan ou au Pakistan. Dans les pays qui ont déjà connu des élections libres (Tunisie, Egypte, Maroc), tout comme dans la Libye, libérée  », la « menace islamiste » serait désormais un « fantasme » de partisans du choc des civilisations ou de « sionistes ». Car la violence passée ou présente des islamistes du GIA algérien, de la nébuleuse d’Al-Qaïda, du Hamas à Gaza, etc, ne serait, en fait, qu’une réaction à la violence première des dictatures militaires anti-islamistes de Ben Ali, Moubarak, Assad ou Kadhafi, ou des « sionistes » et des « croisés » américains. De sorte que la chute de ces dictateurs plus ou moins laïques et l’instauration de régimes démocratiques issus des révolutions auraient permis l’éclosion d’une nouvelle voie médiane, ni laïque « à l’occidentale », ni islamiste à la Al-Qaïda : celle de l’« islamisme démocratique », voie incarnée par le parti de la Justice et du Développement au pouvoir en Turquie (AKP) et par les branches modernistes des Frères musulmans, considérés comme des « modérés » face aux salafistes radicaux ou terroristes.

Raison garder

Qu’il nous soit permis de relativiser cette vision idyllique. Car rien n’est encore dessiné pour le moment dans les pays arabes qui semblent être passés — sans saisons intermédiaires — du « printemps arabe » à un « hiver islamique ».

Première leçon : les élections qui se sont déroulées en Tunisie, au Maroc et en Egypte, entre octobre 2011 et janvier 2012, ont consacré partout la défaite des progressistes laïques et des manifestants libéraux de la « première heure », moins puissants, moins organisés et moins populaires que les islamistes, révolutionnaires de la « deuxième heure », abreuvés de pétrodollars du Qatar, du Koweït ou d’Arabie saoudite. Du Caire à Rabat, les islamistes ont été plébiscités pour leur programmes anti-corruption et leur actions sociales et parce qu’ils répondent aux préoccupations de tous ceux qui pensent que l’islam politique est « LA » solution.

En Tunisie, lors des élections de l’Assemblée constituante du 23 octobre, les progressistes et les libéraux ont été battus par les islamistes d’Ennahda, forts de 40 % des suffrages, et ont choisi dans leurs rangs l’actuel premier ministre Jebali, qui se réfère — comme son mentor Rached Ghannouchi, leader du mouvement — au « modèle  » islamiste turc et jure qu’Ennahda est devenu un parti démocratique qui n’imposera pas la charià. Il est vrai qu’enTunisie, les islamistes doivent composer avec une société sécularisée, où les femmes bénéficient d’un statut et d’un rôle socio-politique unique, puis avec des forces progressistes attachées aux acquis hérités du despote éclairé Habib Bourguiba, le père de la Tunisie post-coloniale (1956). Il est également vrai qu’en Tunisie, le progrès est favorisé par une faible population, largement alphabétisée (1) et dont le taux de natalité est l’un des plus bas du monde arabe. Mais on est tenté de rester prudent lorsqu’on découvre la prose du chef de l’islamisme tunisien « modéré  ». Celui-ci, en effet, dans son ouvrage Les libertés publiques dans l’État islamique (2), rappelle que la charià ne sera pas rétablie mais qu’elle n’en demeure pas moins « la source principale de toute législation ». Et d’ajouter que « le rôle d’un chef d’État est d’accomplir la religion et d’éduquer l’oumma selon l’islam »… Certes, on peut répondre qu’Ennahda a changé. Mais dans une interview assez récente, datant d’octobre 2005 (3), le même Rached Ghannouchi rendait encore hommage au « savantisme du cheikh Youssef El-Qaradaoui  », le tristement célèbre prédicateur salafiste d’al-Jazira, auteur de fatwas justifiant les attentats suicides, les appels à la destruction d’Israël, la haine envers les Juifs et les chrétiens, sans oublier, bien sûr, l’assassinat des « apostats  » (4).

A propos d’Ennahda et du danger de destruction des acquis du bourguibisme en Tunisie, l’ouvrage de l’ancien ambassadeur tunisien à l’Unesco et ancien opposant à Ben Ali, Mezri Haddad, La face cachée de la révolution tunisienne, Islamisme et Occident, une alliance à haut risque (voir note 13), est riche d’enseignements. L’auteur, qui est également un philosophe et un fin analyste politique, ne cesse depuis des années d’alerter l’opinion publique internationale sur les procédés subversifs des mouvements islamistes maghrébins issus des Frères musulmans qui tentent, comme leurs homologues turcs, d’utiliser l’Occident et la démocratie pour mieux combattre les valeurs de la laïcité et ainsi arriver « par étapes » à leurs fins : l’application progressive de la Charià. 

Au Maroc, lors des élections du 25 novembre, le Parti de la Justice et du Développement (PJD), avec 107 sièges, a ridiculisé les forces laïques et réalisé le double du score du parti nationaliste Istiqlal. Le PJD est aujourd’hui à la tête d’un gouvernement de coalition, comme en Tunisie, et bénéficie des réformes constitutionnelles (Premier Ministre responsable devant le Parlement et doté de pouvoirs renforcés) octroyées par le roi, qui a nommé Premier ministre Abelilal Benkirane, l’homme fort du PJD. Certes, Benkirane, qui représentait l’aile dure du mouvement islamiste dans les années 1970-1980 (5), jure lui aussi qu’il ne rétablira pas la charià, ce que voudrait pourtant la « base » militante. Mais cet homme, connu pour ses déclarations populistes, doit répondre à la « demande d’islamisme » des masses qui ont voté pour son parti. Benkirane est, d’ailleurs, apprécié par elles en raison des batailles rétrogrades, voire obscurantistes, qu’il a menées: en 2004, par exemple, il avait dénoncé la réforme royale du code de la famille (moudawana), qui repoussait l’âge légal de mariage pour les femmes de 15 à 18 ans, limitait la polygamie et interdisait la tutelle du père ou du frère sur les femmes. Il est connu, aussi, pour son refus de la liberté de croyance, ses croisades contre les laïques, contre les prosélytes chrétiens et contre ceux qui veulent dépénaliser la consommation de nourriture durant le ramadan. En 2010, il avait même tenté de faire interdire la présence du chanteur pop Elton John, accusé de « risquer d’encourager l’homosexualité au Maroc  » (6)… Comme leurs homologues tunisiens ou égyptiens, les libéraux et laïques marocains estiment que « leur révolution » a été dérobée par le PJD. Et ils ont justifié le boycott des élections de fin novembre par le fait que le PJD et le roi Mohamed VI (plus largement le pouvoir du « Makhzen » (7)) se seraient alliés pour leur couper l’herbe sous le pied et, ce faisant, empêcher une désacralisation de la monarchie et une laïcisation du royaume.

En Égypte, lors des législatives des 28 novembre 2011 et du 12 janvier 2012, les islamistes des partis Liberté et Justice (PLJ, frères-musulmans), Nour (salafistes) et Wassat (« islamistes modérés »), ont écrasé le Bloc égyptien libéral, avec plus de 71 % des voix. Pour les scrutins à venir, les islamistes demeurent les grands favoris des sondages et les maîtres du jeu électoral. Atout supplémentaire : ils sont d’ailleurs fortement épaulés par l’État-parrain des Frères musulmans, le Qatar, qui leur envoie des millions de dollars. Il est vrai que, depuis soixante ans, les vrais dirigeants de l’Égypte ont toujours été les militaires (qui contrôlent, comme en Turquie, une large part de l'économie du pays) (8). Il est vrai, aussi, qu’ils ne se retireront jamais du pouvoir d’eux-mêmes, d’autant qu’ils sont les derniers garants de l’unité de l’Etat et des alliances stratégiques avec les Etats-Unis et Israël, face aux desseins théocratiques et antisionistes des islamistes qui voudraient, même s’ils disent à l’occasion le contraire, une rupture avec ces deux Etats honnis. Mais à la différence de la Turquie, dont l’élite militaire demeure laïque et totalement hostile aux islamistes, l’armée égyptienne est depuis longtemps travaillée par des composantes très pro-islamistes. Elle a même accompagné, depuis Nasser, le processus de réislamisation des institutions, de la justice et de l’éducation, tout en éliminant l’opposition laïque et libérale, afin qu’il n’y ait plus d’espace politique entre elle et les islamistes radicaux… Nous verrons dans les mois à venir si l’alliance tactique contractée entre l’armée et les Frères musulmans résistera longtemps aux revendications des salafistes et des jeunes révolutionnaires démocrates qui réclament la fin définitive du pouvoir militaire, bref une « vraie révolution  »…

Du côté de la Libye post-kadhafi, la « révolution pacifique » ne l’est pas restée longtemps. Faute d’armée réelle et de contrepoids efficaces, les composantes islamistes de la rébellion exigent que leur victoire militaire se concrétise politiquement. Certes, les protagonistes de la « Nouvelle Libye  », notamment le Conseil National de Transition, assurent que « l’islam libyen  », de rite malékite, encadré par la grande confrérie des Sénoussis, jadis apparentée à l’ex-famille royale libyenne, est « tolérant  ». Mais cette vision est contestable car les Senoussis sont influencés par le wahhabisme saoudien, promoteur du salafisme le plus obscurantiste dans le monde. Le président du CNT, Moustapha Mohamed Abdeljalil, n’a d’ailleurs pas trop cherché à nier cette réalité lorsqu’il a rappelé que la charià sera désormais la « source unique de la loi », ce qui permettra de légaliser la polygamie, interdite sous le régime de Kadhafi, puis de supprimer la loi sur le mariage et le divorce… Rappelons qu’Abdeljalil est l’ancien président de la cour d’appel libyenne qui incarnait l’aile la plus islamique du régime de Mouammar Kadhafi, et qu’il confirma la condamnation à mort des cinq infirmières bulgares abusivement accusées d’avoir injecté le virus du sida à des Libyens et jugées au mépris des droits de la défense. En récompense, il fut nommé ministre de la Justice en 2007, poste qu’il conserva jusqu’en février 2011.

En réalité, si l’on peut rester assez confiants dans l’avenir de la Tunisie et du Maroc, où des contrepoids nationaux, étatiques et civils (soufisme, monarchie, forces laïques) existent face aux islamistes et les contraindront à composer, il existe, à l’inverse, des motifs d’inquiétude lorsqu’on observe le « cas libyen ». Car ce pays, dépourvu de tradition nationale unitaire, est aux mains de tribus rivales et comporte  trois « pays » distincts : la Cyrénaïque, la Tripolitaine et le Fezzan. Et à la différence de la Turquie, où l’armée kémaliste et nombre de partis de gauche ou nationalistes très laïcistes demeurent fortement opposés aux islamistes, en Libye les partisans de la charià ne rencontreront pas ce type d’obstacles militaires ou civils. L’islam politique y demeure, en effet, l’unique ferment d’identité et d’unité qui soit capable de transcender les clivages régionalistes et tribaux. Des individus inquiétants comme le « gouverneur militaire » de Tripoli, Abdelhakim Bel-Hadj, ancien combattant en Afghanistan et proche d’Al-Qaïda en Irak jusqu’en 2005, sont là pour démentir de facto les belles déclarations du philosophe français Bernard Henri Levy, grand initiateur de la guerre en Libye contre Kadhafi, sur la « démocratie libyenne ouverte  » et « l’islam libyen tolérant  » chers (9). D’ailleurs, depuis la chute de Kadhafi, les clans rivaux, tous plus ou moins islamistes, n’ont toujours pas désarmé, s’entretuent et refusent de se soumettre aux plus modérés du Conseil National de transition libyen qui ne contrôle ni le territoire national ni l’armée, mise en échec par les milices qui assassinent sans procès les anciens membres du régime de Kadhafi.

Pour dresser un état des lieux, notons que les forces plus ou moins laïques sont représentées par les révolutionnaires libéraux liés au Front national du salut de la Libye (FNSL, basé aux Etats-Unis), peu relayés sur le terrain ; quelques ex-kadhafistes ; l’Alliance Amazigh (Berbères), très minoritaire ; l’Union des femmes libyennes (UFL, fondée en 1983) ; et l’Alliance des tribus du sud et de Syrte. Au total, ces forces ne représentent pas plus de 30% des voix potentielles en cas d’élections futures. D’une manière générale, l’opposition laïque est combattue à l’intérieur même du CNT et par la confrérie des Sénoussis (voir infra). Quant aux forces islamiques conservatrices, elles sont représentées par la puissante confrérie sunnite des Senoussis et l’Union constitutionnelle libyenne (UCL). Ce bloc, qui représente à lui seul 50 %,s’il s’allie électoralement aux Frères musulmans et au Groupement islamique (al Jamaa al-islamiyya), réclame l’application intégrale de la charià et a toujours rejeté les idées socialistes et laïques de Kadhafi exprimées dans son « Petit Livre Vert  ». Bien que se disant « pro-occidental  » et « modéré  », il pourrait aussi s’allier aux islamistes salafistes, plus radicaux et très anti-occidentaux, évalués quant à eux à au moins 15 %, ce qui leur permettrait d’atteindre 65 % des voix lors des premières élections libres. Bref, un scénario « à l’égyptienne  » dans le meilleur des cas, avec le risque de guerre inter-tribale en plus… Concernant les élections prévues en juin 2012, les exemples tunisien et égyptien n’ont pas semblé servir de leçon: en organisant trop vite une consultation électorale dans un pays où l'opposition démocratique fut longtemps inexistante, la révolution sera comme ailleurs récupérée par les islamistes, les plus organisés, les plus riches, les plus présents sur le terrain. Certes, 120 sièges sur 200 seront réservés à des candidats indépendants et 80 réservés à des femmes à raison de 50 %, mais les islamistes sont donnés vainqueur sur la quasi-totalité du territoire libyen.    

Enfin, notre tableau serait incomplet sans mentionner le cas algérien, où les islamistes sont donnés largement vainqueurs des prochaines élections législatives de mai 2012, sachant que les islamistes proches des Frères musulmans sont déjà associés au pouvoir militaire et représentés au Parlement et dans les ministères depuis le début de « l’ère Boutéflika », l’homme qui a mis fin à la guerre civile algérienne en amnistiant et libérant des prisons des milliers d’islamistes radicaux au nom de la « Concorde civile ».

Quid de la Syrie ?

En Syrie, la « révolution en marche  » est tout aussi singulière. Sa population est bien plus hétérogène que celle de la Tunisie, car les minorités ethniques et religieuses (Kurdes, chrétiens, alaouïtes, druzes, etc) atteignent près de 30 %. Et à la différence de l’Égypte, où la minorité (chrétienne copte) est persécutée par une majorité de Sunnites arabes, en Syrie c’est une minorité encore plus faible numériquement, les Alaouïtes (adhérant au parti nationaliste arabe Baas) qui domine, depuis les années 1970, une majorité de sunnites souvent gagnés aux revendications islamistes. Ainsi, dans un contexte de  répression croissante, a été créé, avec l’appui de puissances sunnites comme la Turquie et les monarchies du Golfe, un Conseil National Syrien (CNS), sur le modèle libyen, lequel tente de fédérer les trois grandes tendances de l’opposition à Bachar al-Assad : les nationalistes, qui incluent des dissidents issus de toutes les confessions ; les libéraux, très minoritaires sur le terrain ; et les islamistes, majoritaires au sein de la population sunnite — désormais largement opposée au parti laïc Baas associé aux « infidèles alaouïtes » (10). Dans une interview accordée au site kurde Kurdwatch (11), le porte-parole des Frères musulmans syriens, Zuhayr Salim, a rappelé que son mouvement est hostile à l’idéologie laïque-nationaliste du Baas et que son objectif est de « créer un Etat islamiste pour tous, Arabes, Kurdes, Turcs, Circassiens, et tous les autres qui vivent ici ».

Ceci dit, on ne peut nier que le régime de Bachar al-Assad pratique une répression sanglante et que la violence est depuis des années surtout le fait du parti Baas et du clan au pouvoir. Toutefois, la tournure prise par les évènements ces derniers mois et la part de plus en plus importante prise par les salafistes jihadistes au sein de la rébellion syrienne anti-Baas laissent augurer un scénario de guerre civile entre islamistes et bassistes/alaouites. Or cette guerre civile n’est pas prête d’être contenue par une « communauté internationale rendue impuissante par les vétos russe et chinois mais aveuglée ou fascinée, comme ailleurs, par ces islamistes sunnites qui utilisent les mots démocratie et révolution pour mieux imposer – par étapes- leur vision tout aussi totalitaire de la société fondée sur la charià et le mythe du Califat.

« Mauvais » révolutionnaires chiites versus « bons » révolutionnaires sunnites

Etonnamment, alors que l’Occident a tout fait pour déloger par la force des bombes de l’OTAN le régime nationaliste de Muammar Kadhafi en Libye pour aider les rebelles islamistes sunnites à accéder au pouvoir, puis de même que les Etats du Golfe sunnites et les Occidentaux ont exigé le départ de tous les dirigeants arabes qui étaient en guerre avec les islamistes sunnites (les “bons” islamistes), en revanche, ce même camp occidental-sunnite orchestre ou tait la répression, par les monarchies pétrolières sunnites du Golfe, des “mauvais” islamistes: les révolutionnaires chiites. Rappelons que ceux-ci sont majoritaires à Bahreïn (70%), où une dynastie pro-saoudienne issue de la minorité sunnite (30%) les réprime chaque jour dans l’indifférence générale. Ces opposants chiites réclament simplement des libertés et une égalité de traitement car les chiites sont traités comme des inférieurs dans ce pays. Pour couvrir ou justifier ce traitement des Chiites de Bahreïn, le Conseil de Coopération du Golfe (CCG), dominé par l’Arabie saoudite – elle-même persécutrice de sa minorité chiite – accuse l’opposition chiite de Bahreïn et d’ailleurs dans le Golfe, d’être manipulée par la République islamique iranienne, ce qui n’est pas toujours exact. Le CCG se pose ainsi en défenseur du “monde libre” face au danger que représenterait un Iran chitte détenteur du feu nucléaire qui étendrait son influence, déjà grandissante au Liban (dominé par le Hezbollah chiite pro-iranien), de l’Irak (en grande partie aux mains des chiites, majoritaires, 60% de la population), aux régions chiites rebelles du sud-est de l’Arabie saoudite (qui regorge de puits de pétrole…), de Bahreïn ou encore du Yémen, où vivent 45 % de Chiites.

D’évidence, dans les pays du Golfe, toute démocratisation réelle rime aisément avec secessionnisme ou révolution chiite. Il est également vrai que Téhéran a tout fait, depuis 1979, pour mobiliser ces minorités chiites “déshéritées” (mustadhafin, en perse), “humiliées” par les monarques sunnites alliés des Etats-Unis et de l’Europe. Mais l’amalgame Chiites=Iran ne tient pas toujours, loin de là, et sert souvent prétexte au néo-containment du monde chiite par les sunnites. Au Yémen, par exemple, pays d’origine des grands parents d’Oussama Ben Laden, l’ex-Président Ali Abdallah Saleh, issu de la minorité chiite des Zaïdites, qui a accepté un plan de paix scellant son départ en échange d’une amnistie et d’élections libres, n’a jamais été un partisan de l’Iran chiite ou de la Révolution islamique de Khomeiny et était au contraire un laïque et un nationaliste arabe classique, promoteur de l’unité nationale et ennemi juré tant des rebelles chiites indépendantistes que des islamistes sunnites ou des sécessionnistes du sud. Les islamistes sunnites accusent l’ex-Président Saleh le Zaïdite (chiite) d’avoir en sous main toléré ou même favorisé la rébellion chiite, dite « houtiste », quand bien même ses coreligionnaires chiites lui reprochent au contraire de ne pas avoir soutenu cette révolte zaïdite du Nord. Saleh a donc autant payé son passé de dictateur que sa volonté de promouvoir un Yémen uni, désormais livré au chaos. Mais dans ce pays foncièrement tribal et fort divisé, le départ du despote (dont les membres de la famille et du clan détiennent encore les clefs du pouvoir sécuritaire du pays) n’a pas calmé les insurgés islamistes, les militaires dissidents ou les tribus rivales éprises de revanche. Ces derniers n’ont pas uniquement accusé Saleh d’avoir été un tyran mais, mais aussi d’avoir cessé, comme Kadhafi, de distribuer les mannes de la corruption aux chefs tribaux, d’avoir “collaboré” avec les Occidentaux “croisés” en matière de lutte contre Al-Qaïda, et enfin d’être un “mécréant”, coupable de violer les commandements de l’islam. Après avoir négocié le départ volontaire de Saleh, le Conseil de Coopértation du Golfe a obtenu, certes, l’organisation d’élections libres, mais celles-ci risquent de porter au pouvoir, comme ailleurs, des islamistes : ceux du parti sunnite al-Islah dominent déjà l’opposition du Forum Commun et se sont alliés, comme en Tunisie, aux révolutionnaires socialistes.

Dans ce pays, les jeunes démocrates de la « génération facebook» ne pèsent pas lourd face aux tribus rebelles armées et aux islamistes sunnites qui quadrillent le terrain et les mosquées. Rapelons que depuis 2004, les affrontements entre les insurgés chiites, le pouvoir et les groupes sunnites ont fait des milliers de morts dont personne ne parle aujourd’hui. Véritable bombe à retardement, le Yémen, pays pauvre ou la famine menace trois millions de personnes, est un des fiefs d’Al-Qaïda, qui partage avec les tribus hôtes les juteux trafics et les rançons liées aux prises d’otages. Force est donc de reconnaître que, comme ailleurs en zone chiite dominée par les Sunnites, les rebelles démocrates ne comptent que s’ils sont sunnites et encouragés par les Occidentaux, d’une part, et les sunnites turcs ou arabes, de l’autre. Une victime chiite d’Arabie saoudite, du Bahreïn ou du Yémen compte donc bien « moins » qu’une victime sunnite de Syrie, au point que l’on ne parle pas d’elle. Telle est la grille de lecture cynique qui incite à se méfier de l’information manichéenne à l’œuvre dans les discours politiques et les médias depuis le début du « printemps arabe », lequel a vite tourné en « hiver islamiste ». Cette vision fortement orientée de la situation consiste grosso modo à soutenir et médiatiser le martyr ou les succès électoraux des « démocrates » sunnites (frères musulmans ou salafistes) anti-laïques et anti-chiites, dès lors que ceux-ci sont encouragés par Al-Jazira, l’Arabie saoudite, la Turquie néo-islamiste, l’Occident et le Qatar. A contrario, cette représentation partielle et partiale vise à faire taire le martyr des rebelles chiites ou à discréditer les rébellions chiites et les formules laïques-nationalistes ennemis de l’islamisme sunnite (baas/alaouites syriens, partisans du bourguibisme et de Ben Ali en Tunisie, ou de Moubarak en Egypte, kémalistes en Turquie, etc), dès lors que celles-ci sont anti-occidentales, pro-iraniennes, pro-russes, pro-chinoises ou simplement tournées contre le leadership saoudien et les Frères musulmans.

Pour ces raison, les victimes chiites massacrées par les despotes sunnites à Bahreïn, en Arabie saoudite ou au Yémen comptent moins que les victimes sunnites soutenues par les Frères musulmans, Al-Jazira, l’Arabe saoudite, le Qatar et les Occidentaux. Ce camp pro-occidental et pro-sunnite a par conséquent une indignation pour le moins sélective. Il canalise toutes ses efforts d’indignation en direction des régimes sunnites pétroliers et de leurs protégés des partis issus des Frères musulmans et des groupes salafistes anti-laïques et anti-chiites… Comment en effet expliquer autrement le fait que les pays de l’OTAN, qui ont bombardé la Libye et qui fustigent le régime alaouïte syrien (chiite) si sévèrement, demeurent au contraire si silencieux face aux répressions sanglantes et continuelles des manifestants chiites par les soldats sunnites saoudiens envoyés à Bahreïn ou dans l’Est saoudien sur décision des monarchies sunnites du Conseil de Coopération du Golfe ?

Al-Qaïda et les révolutions arabes

Si l’on regarde du côté de l’islamisme sunnite, on s’aperçoit que l’idée selon laquelle les révolutions arabes consacreraient l’échec d’Al-Qaïda est absurde. Ce n’est, en tout cas, pas l’avis du successeur de Ben Laden, Ayman al Zawahiri, qui affirmait, mi-septembre 2011, dans une vidéo de 62 minutes diffusée par As-Sahab et différents forums jihadistes à l’occasion du dixième anniversaire du 11 septembre 2001 : « Nous sommes du côté du printemps arabe, qui va apporter un islam authentique », fondé sur la charià. Intitulé « L'aube d’une victoire imminente », le discours vidéo de Zawahiri soulignait que la vague démocratique et révolutionnaire arabe est, en réalité, portée par un vaste mouvement populaire de réislamisation, de rejet de la laïcité et des idéologies libérales d’origine européennes. Et il concluait en proclamant que « ces révolutions populaires sont une défaite pour les États-Unis », dans la mesure où elles ne portent pas au pouvoir des dirigeants pro-américains, pro-occidentaux, pro-israéliens, laïques ou libéraux, mais des régimes plus islamistes, adeptes de la charià et nostalgiques de l’Âge d’Or du Califat…

Les islamistes « modérés » tunisiens et égyptiens nostalgiques du Califat…

Le thème du Califat est central au sein des mouvances islamistes. Et son invocation est commune aux Frères musulmans, aux salafistes ou aux islamistes turcs conservateurs de l’AKP, qui pleurent toujours son abolition en 1924 par Atätürk « l’apostat ». Plus significatif encore : ce mythe du Califat est, avec la charià, un point de convergence idéologique fondamental entre les islamistes « durs » (tendance « jihadiste » ou Al-Qaïda) et les « modérés » (Frères musulmans égyptiens ou tunisiens, AKP turc, PLJ égyptien, etc). C’est ainsi que le nouveau premier ministre tunisien, Hamadi Jebali, membre du parti islamiste Ennahda pourtant réputé modéré, n’a pas hésité à appeler de ses voeux le « sixième Califat islamique » (12) lors d’un meeting prononcé à Tunis mi-novembre 2011. L’allusion, que Jebali dut démentir face aux indignations des laïcs, a inquiété les Tunisiens encore attachés aux acquis de la Tunisie de Habib Bourguiba, père de l’indépendance en 1956 : droits des femmes, sécularisation, liberté de conscience, ouverture à l’extérieur (13), etc. En fait, les leaders islamistes tunisiens savent que leur base électorale et militante est plus radicale qu’eux. Leurs homologues égyptiens et même marocains tiennent, eux aussi, un tel double discours oscillant entre, d’une part, professions de foi démocratiques ou promesses en matière de protection des femmes et des libertés publiques et, d’autre part, allusions codées aux idéaux islamistes (charià, califat, lutte contre le « blasphème » et le prosélytisme; dénonciation de l’« impérialisme occidental », du « sionisme », chasse à l‘athéisme, etc). Il n’est pas inutile de se souvenir, par surcroît, que le mythe du Califat et de la Oumma islamique cher aux Frères musulmans et aux salafistes du monde entier est, également, au coeur de la Charte du Hamas. Or le fait même que le parti tunisien Ennahda, le parti turc AKP et les Frères musulmans du PJD marocain ou du PLJ égyptien soutiennent depuis toujours le Hamas suffit à jeter une ombre suspecte sur leurs déclarations rassurantes en matière de la liberté de conscience, de promotion de la paix et d’inclination pour la démocratie.

« Islamisme modéré à la turque » (14) versus islamo-terrorisme à la Ben Laden?

L’idée même d’opposer Frères musulmans (« démocrates musulmans, gentils, pro-occidentaux ») et « Salafistes » jihadistes (anti-démocrates, « mêchants », anti-occidentaux) est loin d’être toujours satisfaisante. Car les Frères musulmans arabes se réclament eux-même depuis toujours du salafisme, qui signifie le retour aux « Pieux ancêtres » et à la purification de l’islam face aux contaminations infidèles extérieures, tel que le théorisait Hassan al-Banna lui-même, le fondateur des Frères musulmans (1928) héritier du courant salafiste du XIXe  siècle. Comment peut-on donc comparer à des « libéraux », à des « démocrates chrétiens », voire à des « conservateurs » — en d’autres termes, un centre droit européen — les idéologues obscurantistes et populistes qui ambitionnent de renverser les régimes laïques et « apostats » ?

On nous répondra probablement que les islamistes issus de cette mouvance ont renoncé au Jihad, pourtant glorifié dans tous les textes de référence des Frères et des salafistes, et que la preuve de leur évolution « démocratique » réside dans leur participation aux premières élections libres. On nous rappellera, aussi, d’ailleurs qu’en Algérie, le 26 décembre 1991, dès le premier tour des élections législatives, le Front islamique du Salut obtint 188 sièges sur 231, et fut poussé de force dans le camp de la violence lorsque la junte algérienne et le Premier ministre d’alors, Si Ahmed, firent annuler arbitrairement sa victoire électorale. Plus de douze années plus tard, et après une guerre civile d’une extrême violence qui opposa la junte militaire algérienne aux islamistes terroristes issus du FIS, des GIA et du GSPC (devenu AQMI), l’Algérie semble d’ailleurs être revenue à la case départ, puis les islamistes des différents courants plus ou moins proches des Frères musulmans sont donnée largement vainqueurs des élections législatives de mai 2012.

Poursuivant la même idée selon laquelle l’islamisme politique est violent lorsqu’il est persécuté par les juntes militaires éradicatrices, on nous objectera enfin, qu’en 2005, à Gaza, le Hamas, mouvement terroriste sunnite issu des Frères musulmans et lié à la Syrie de Bachar al-Assad et à l’Iran de Mahmoud Ahmadinéjad, remporta largement les élections devant le Fatah (et, donc, l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas) et que, là aussi, cette victoire électorale ne fut pas reconnue, ce qui déclencha les violences interpalestiniennes et israélo-gazaouites que l’on sait?  

Inversement, pour alimenter la théorie des islamistes pacifiques et parfaitement démocrates en cas d’élections libres, on nous rappelle à l’envi que là où les islamistes purent accéder au pouvoir, comme l’AKP en Turquie – vainqueur de toutes les élections libres depuis 2002 – les islamistes jadis partisans de la charià et du califat sont devenus de bons démocrates et ont renoncé à toute violence. Les leaders islamistes « modérés » de l’AKP au pouvoir en Turquie, notamment le Premier Ministre turc Recep Taiyyp Erdogan, incarnent même aujourd’hui la synthèse « islamo-démocratique » la plus achevée et sont devenus les références de tous les mouvements islamistes précités issus des Frères musulmans qui sont arrivés au pouvoir démocratiquement en Tunisie, au Maroc ou en Egypte.

Nous répondons à ces observations non dénuées de vérité que les mouvements islamistes qui ont gagné les premières élections libres de Tunis à Rabat en passant par Le Caire n’ont pas renoncé pour autant à leurs idéaux islamo-totalitaires fondateurs. La démocratie, pour eux, est bien plus un moyen efficace de réislamiser les sociétés musulmanes et de renverser les pouvoirs militaires anti-islamistes qu’une fin en soi fondée sur des idéaux philosophiques : liberté de conscience, égalité des sexes et des confessions, sécularisation, séparation des pouvoirs, etc.

Autre signe qui ne trompe pas: le succès mondial du téléprédicateur salafiste Youssef al-Qardaoui au sein des Frères musulmans et des salafistes « modérés » du monde entier. Le fait même que les sermons et discours télévisés haineux, anti-juifs, anti-chrétiens, anti-laïques, anti-progressistes et revanchards de ce fanatique gourou spirituel d’Al-Jazira, auteur de fatwas justifiant des attentats kamikazes en Irak ou en Israël, fascinent autant la base des Frères musulmans et les salafistes, a de quoi faire réfléchir. Selon nous, le simple fait que Qaradaoui soit une des références des dirigeants issus des Frères musulmans, vainqueurs des récentes élections, invalide toute tentative visant à qualifier les partis islamistes précités de « démocrates-musulmans ». Youssef al-Qaradaoui affirmait par exemple, le 28 janvier 2009, sur Al-Jazira, que « tout au long de l'histoire, Allah a imposé aux [Juifs] des personnes qui les puniraient de leur corruption. Le dernier châtiment a été administré par Hitler. Avec tout ce qu’il leur a fait — et bien qu’ils [les Juifs] aient exagéré les faits —, il a réussi à les remettre à leur place. C'était un châtiment divin. Si Allah veut, la prochaine fois ce sera par la main des musulmans. »

En guise de conclusion…

Il est, tout d’abord, bien trop tôt pour affirmer que les « révolutions arabes ont libéré le monde des dictatures et du terrorisme islamiste. Il est, ensuite, bien léger de parler d’un « printemps arabe » monolithique, comme si tous les pays arabes étaient identiques. Car les seuls points communs entre certains de ces pays sont une langue plus ou moins commune et une religion majoritaire commune, quoi que les minorités chiites, chrétiennes, alaouites, druzes, zaïdites, kharidjites, yézidies, etc, morcellent cette toute relative homogénéité religieuse. Il est, enfin, tout aussi absurde de comparer des pays à forte tradition nationale et militaire comme la Tunisie ou l’Égypte, avec des pays tribaux et sans traditions nationales et militaires, comme le Yémen ou la Libye.

Depuis le déclenchement des révolutions arabes, les violences et les manifestations de haine envers les minorités chrétiennes (Coptes, Assyro-chaldéens, etc), les femmes non voilées ou libres, les « apostats », ont augmenté de façon exponentielle. Les massacres des chrétiens égyptiens coptes par l’armée ou par des salafistes, le 9 octobre 2011, puis l’attaque de la chaîne de télévision tunisienne, le même jour, par des centaines d’islamistes opposés à la diffusion du film « blasphématoire » Persepolis, sont les premiers dommages idéologiques collatéraux de ces révolutions, tout comme le jugement en cours du directeur de cette chaîne, accusé de « blasphème »…  Ce qui permet à l’intellectuel tunisien Samir Amin d’écrire cette phrase terrible à lire pour tout démocrate libéral mais pas totalement dénuée de vérité si l’on admet que la démocratie, avant même d’être un processus électoral, est une culture de la liberté et de la sécularisation : « les élections, en Egypte comme ailleurs dans le monde, ne sont pas toujours le meilleur moyen d’asseoir la démocratie, mais souvent celui de mettre un terme à la dynamique des avancées démocratiques » (15)…

(1) Voir Fethi Benslama, Soudain la révolution, de la Tunisie au monde arabe : la signification d’un soulèvement, Denoël, 2011.

(2) Ouvrage publié par le Centre d’études de l’unité arabe, Beyrouth, 1993, p. 48.

(3) Interview réalisée par Ala Iddin Al-Rachi, le 5 octobre 2005.

(4) Pour approfondir la pensée de Qardaoui, lire Le Licite et l’Illicite (alhallal wal haram), 1992, réédition 2000, ou encore, L'Eveil Islamique entre le rejet et l'extrémisme (As-Sahwah al-islâmiyyah bayna al-djuhûd wa At-Tatarruf, 1984.

(5) En 1975, Benkirane, né en 1954, à Rabat, est membre de l’organisation clandestine islamiste Chabiba islamiyya (Jeunesses islamiques), qui pratique le terrorisme à l’encontre des partis d’extrême-gauche. On impute notamment aux Chabiba l’assassinat en 1975 du dirigeant de l’Union socialiste des forces populaires (USFP), Omar Benjelloun. En 1981, Benkirane fonde la Jamaa al-islamiyya, puis en 1996, le mouvement tout aussi radical, Le Mur « Unicité et réforme  », ensemble d’associations qui l’aide à chapeauter les réseaux de bienfaisance, reçoit les dons et inspire la ligne idéologique du mouvement. Il s’allie alors au MPDC d’Abdelkrim Khatib, proche du Roi Hassan-II. En 1998, le MPDC devient le PJD actuel, dont il est élu Secrétaire général en 2008 ; cf Isabelle Mandraud, « L’islamiste Abdelilal Benkirane, chargé de former un gouvernement au Maroc  », Le Monde, 1er décembre 2011).

(6) Voir Isabelle Mandraud, « L’islamiste Abdelilal Benkirane, chargé de former un gouvernement au Maroc  », Le Monde, 1er décembre 2011.

(7) Le « Makhzen  » désigne le pouvoir royal dans son ensemble et son acception à la fois politique et religieuse.

(8) Ses activités vont des boissons et du papier de soie aux armements en passant par la distribution.

(9) Voir à ce propos les déclarations de l’ancien ambassadeur de Tunisie à l’UNESCO et philosophe franco-tunisien Mezri Haddad, exprimées dans une interview à France Soir réalisée par nos soins, 17 novembre 2011, puis dans un article paru dans le numéro de décembre 2011 d’Afrique Asie)

(10) L’opposition interne est représentée notamment par le Forum du dialogue national, favorable à un changement démocratique et pacifique en Syrie ; le Rassemblement national démocratique, qui regroupe des opposants au Baas, la tendance conservatrice sociale-islamiste, représentée par Haytham  al-Maleh, ex-président d’une association de défense des droits de l’homme. À l’extérieur, l’opposition est représentée par Abdel Halim Khaddam, ex-ministre des Affaires étrangères et vice-président de Hafez al-Assad, lui aussi allié aux Frères musulmans syriens et à la Turquie. Il dirige depuis Paris le Front de salut national (FSN), créé en 2006, avec l’appui de la richissime famille saoudo-libanaise sunnite Hariri.

(11) Intitulé « To hell with syrian (identity) ! We do not recognize Syria  », 4 décembre 2011.

(12) « Mes frères, vous vivez un moment historique, un moment divin, une nouvelle étape civilisationnelle, si Dieu le veut, dans le sixième Califat, une grande responsabilité nous attend  », cité par Valentin Mbougueng, « On attendait Montesquieu, voici le sixième califat  »,Afrique-Asie, décembre 2011.

(13) Voir l’ouvrage remarquable de Mezri Haddad, La face cachée de la révolution tunisienne, Islamisme et Occident, une alliance à haut risque, Apopsix Editions, 420 p.

(14) Voir à ce propos Alexandre Adler, « Que signifie l’islamisme modéré  », Le Figaro, samedi 3 et dimanche 4 décembre 2011 ; voir aussi Alexandre del Valle, Le totalitarisme islamiste à l’assaut des démocraties, Les Syrtes, 2002.

(15) Samir Amin, Le Monde arabe dans la longue durée : un printemps des peuples ?, Éditions Le Temps des Cerises, Paris, 2011.

© Alexandre del Valle

L'article original peut être consulté sur le blog d'Alexandre del Valle

Géopolitologue. Auteur, entre autres publications, du Totalitarisme islamiste à l’assaut des démocraties (les Syrtes, 2002) ; La Turquie dans l’Europe, un cheval de Troie islamiste, Les Syrtes, 2004 ; Le Dilemme turc, Les Syrtes, 2005; et Pourquoi tue-t-on les chrétiens dans le monde aujourd’hui, La nouvelle christianophobie, Editions Maxima, 2011.

 

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