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Publié par Raphaël Draï le 2 avril 2012

Les assassinats  froidement commis à Montauban et à Toulouse par Mohamed Merah avant qu’il ne soit abattu par les hommes du Raid, contre lesquels il avait livré in fine un assaut d’une virulence sans précédent, appellent à un effort de lucidité également sans précédent. S’ils ne relèvent pas encore du "fait social  total" cher à Mauss ils sollicitent l’analyse sur plusieurs plans dont le lien n’est pas toujours patent. Encore faut–il s’interdire les pseudos-explications qui en disent plus sur l’état d’esprit de leurs auteurs que sur la situation en cause. Ainsi en va-t-il de l’ "explication" fournie entre autres par le journal algérien de langue française "L’Expression" pour lequel la dite situation s’explique de la manière suivante (1). Bien sûr les tueries de Montauban et de Toulouse sont injustifiables mais en la matière la France en fait trop. Pourquoi dépasse-t-elle la mesure ? Parce que ces actes insensés sont imputables à une personnalité essentiellement délinquante dont les motivations relèvent surtout de la criminologie courante. Or, plutôt que d’en rester là, la France joue des grandes orgues surtout à propos des assassinats de Toulouse parce qu’elle cède en période électorale au lobby juif français qui lui-même sert la propagande de l’Etat d’Israël. En forçant la note à Toulouse l’on fait ainsi passer au second plan les enfants palestiniens victimes de l’armée israélienne à Gaza et ailleurs. D’où l’outrance des réactions sélectives qui ont suivi ces meurtres.

En d’autres mots Catherine Ashton s’était engagée sur ce même terrain que n’évite pas non plus Henri Guaino lorsqu’à son tour il compare sur Radio J (2) Gaza à une "prison à ciel ouvert où l’on n’a même pas le droit de se baigner" tout en récusant qu’une telle situation justifie les assassinats en question. En somme, s’il ne faut surtout pas établir de lien entre le proche Orient et la France on l’établit tout de même car il faut gravement méconnaître la situation réelle dans ce territoire sous l’emprise du Hamas ainsi que la géopolitique du terrorisme dans la région pour user de la comparaison douteuse à laquelle recourt le conseiller spécial de l’Elysée. On l’imaginait un peu mieux informé à son niveau de responsabilité (3). Il faut rappeler en effet que dès l’annonce de la tuerie de Toulouse les dirigeants palestiniens tant à Ramallah qu’à Paris se sont rapidement et nettement dissociés des motivations invoquées par Mohamed Mérah relativement à la "cause palestinienne" ainsi entendue. Il reste alors de retourner la question : pourquoi le journaliste précité d’ "Expression" se livre-t-il à cette incrimination digne des "Protocoles des Sages de Sion" sinon parce que l’image qu’il s’est forgée des Juifs ne diffère pas sensiblement de celle qui s’était formée dans le psychisme de Mohamed Merah : les Juifs sont tout-puissants et sans scrupules ; ils  savent comme personne travestir les bourreaux en victimes et font bénéfice du malheur lui-même. On n’insistera pas sur le racisme inavouable qui s’investit dans de pareilles représentations.

Pourtant ces considérations-là ne sauraient empêcher que l’on s’interroge sur la "production" en terre de France d’un tueur comme Mohamed Merah dont il faut craindre qu’il ne soit pas le seul de son espèce en mesure de sévir à nouveau si les circonstances incitaient l’un de ses clones à un autre passage à l’acte. Car il ne faut pas croire que la minute de silence demandée dans les établissements scolaires de France ait été partout observée et qu’elle l’ait été partout de grand cœur.


Quoi qu’il en soit, dès l’annonce de la tuerie de Toulouse, et une fois révélé le nom du tueur présumé, les représentants du Conseil Français du Culte Musulman rejoints en ce sens par les représentants officiels de la communauté juive  puis par les représentants de l’Etat se sont empressés d’enjoindre : "surtout pas d’amalgame" entre l’islamisme sanguinaire de Mohamed Mérah et l’islam de France , convivial, humaniste et 'civilisationnel'.

La demande – sinon l’injonction – en ce sens s’explique sans doute par la brutalité du choc ayant suivi la révélation de l’identité du tueur et qui fermait l’hypothèse d’un acte imputable à un néo-nazi, sans parler d’un éventuel suppôt du FN. Mais, et à moins de céder à la psychopathologie primaire et désensibilisée du tueur lui-même, qui donc aurait souscrit à un tel amalgame ?  La France compte actuellement plusieurs millions d’arabo– musulmans, sans omettre des arabes chrétiens aussi, dont il serait presque désobligeant de rappeler qu’ils sont intégrés, comme l’on dit, dans la société civile et à la citoyenneté françaises, et cela dans toutes les professions qui s’y exercent. Il n’en demeure pas moins que dans cette même France sont à l’œuvre des mouvances se réclament d’un Islam d’une tout autre tonalité dont les adeptes considèrent que leur mission est d’islamiser complètement le pays où ils s’implantent en y investissant corporellement et  linguistiquement l’espace public, en le "marquant" en emprises successives et cumulatives  par des signes vestimentaires ostensibles, en y propageant leur idéologie sans alternative, en y instituant leurs propres pratiques cultuelles et rituelles, et en y faisant finalement régner par cercles qui se veulent de plus en plus larges de jure ou de facto leur propre loi. Les mesures annoncées par le Président de la République après la mort de Mohamed Merah le prennent en compte. N’est-ce pas déjà trop tard ?

Un tueur comme Mohamed Mérah ne s’engendre pas du jour au lendemain. Pour ne parler que du maniement d’armes, et d’armes de gros calibres, l’apprentissage ne peut s’en parfaire que dans des camps d’entraînement et dans des champs de tirs conçus à cet usage. L’on en sait alors un peu plus sur l’itinéraire de l’assassin. Evoquer son origine "algérienne" n’a rien de stigmatisant mais renvoie à la constitution psychique et aux clivages mentaux de groupes humains déracinés, physiquement et mentalement, aux identités bloquées, sans pères ni repères, et qui deviennent ainsi accessibles à tous les endoctrinements narcotiques qui leur promettent souveraineté absolue et extase permanente (4).  Il est inévitable de s’interroger sur les sources scripturaires d’un pareil endoctrinement dont la fanatisation théologique à laquelle il aboutit prédispose par la dénaturation et la déshumanisation des ennemis qu’il se désigne aux tueries que l’on  sait. Déshumanisation préalable de la victime désignée mais aussi du tueur car il faut avoir fait taire en soi la moindre résonance humaine pour achever sans sourciller un homme que l’on a déjà abattu et, quelques jours après, du même sang- froid, pour pénétrer dans une école, y  massacrer un jeune père et ses deux enfants, puis, mis en verve, poursuivre une fillette de quelques années et être sourd à ses supplications avant de lui faire éclater la tête d’une balle à bout touchant, en déclarant enfin qu’on y a pris "un plaisir infini". Le tout filmé en direct aux fins d’itération de la jouissance. Ce que Serge July qualifie de "fait divers" (5) désormais clos.

Si pour des tueurs de cet acabit, rien ni personne ne peut inhiber leur orgie sacrificielle, et s’il n’est pas question d’incriminer collectivement un ensemble humain du fait d’un individu qui se réclame de références coraniques et de l’application stricte de la charia version Al Qaida, il est non moins indispensable que le "désamalgame", si l’on osait ce néologisme, prenne des formes qui ne prêtent  à aucune équivoque. Les crimes de Mohamed Merah et de son complice présumé relèvent de la loi et des juridictions de la France. Il importe également, au regard de leurs possibles émules, qu’ils aient des suites au regard du droit pénal coranique, car il y a un bien droit pénal coranique comme  l’éprouvent hélas à leur corps défendant Salman Rushdie ou Robert Redéker. Est-ce le cas lorsque d’un côté le CFCM condamne ces tueries mais que de l’autre l’UOIF invite à son congrès l’un des prédicateurs les plus anti-juifs qui soient : Youssef El Karadawi, jusqu’à ce que la France lui interdise de ce fait l’accès de son territoire ? Bien sûr Mohamed Merah a fini comme il l’avait souhaité, dans le défi ultime et le mépris de la mort qui est surtout un mépris de la vie. L’on aurait tort d’imaginer que  ce qu’il représente soit mort avec lui. Même si l’identification morbide avec son personnage demeure  discrète ou retenue, il est probable qu’elle s’exprime en  incurable ressentiment dans maints quartiers ou autres barres d’immeubles HLM, sans parler de quartiers plus résidentiels où sévit un islamisme "compréhensif" et mondain.


Il est non moins inévitable de mettre en question les politiques de la  ville appliquées dans ces "territoires perdus de la République", comme on les a nommés, depuis trente ans au moins avec plus ou moins de réussite. De ce point de vue une question conclusive vaut également d’être posée : pour avoir quelque chance de succès, une politique d’intégration doit rencontrer le désir de ceux et celles  à qui elle s’adresse. Est –il sûr que tel soit le cas dans ces zones transformées en caïdats ? Comment – et sans parler de la "hot money" qui prolifère et qui transite dans leurs caves et dans leurs caches – la propagation de l’islamisme nihiliste pourrait–il  plus longtemps y progresser et prospérer si la République intégrative s’avisait réellement d’y recouvrer ses valeurs effectives avec son langage, son droit et ses procédures ?

© Raphaël Draï

L'article original peut être consulté ici : http://www.magistro.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=1278&Itemid=274

(1) Cf L’Expression – Le quotidien, 22 Mars 2012
(2) Emission du 25 mars 2012 
(3) Cf la mise au point de Shmuel Trigano, Le Figaro, 8 août 2010. L’on doit aussi s’interroger sur les montages psychiques qui déterminent les représentations politiques de la communauté juive française. Comme en donne l’idée le lapsus commis par Claude Guéant
s’adressant le 26 mars à la communauté ….israélienne (sic) de France, épithète vite corrigée en "israélite". Le Figaro, 26 mars, 2012
(4) Cf . Raphaël Draï et Jean- François Mattéi , La République brûle t-elle ? Essai sur les violences urbaines françaises, Michalon, 2006 
(5) RTL, 26 mars 2012.

 

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