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28 avril 2012 Commentaires (49) Guy Millière Election 2012

Elections Présidentielles : une majorité de Français veulent qu’on leur raconte des histoires à dormir debout

J’ai expliqué ici pourquoi le voterai contre François Hollande le 6 mai prochain. Ma décision s’est trouvée renforcée en regardant l’émission ‘Des paroles et des actes’ jeudi soir sur France2. François Hollande ayant refusé plusieurs débats avec Nicolas Sarkozy, ce furent deux interviews successives, et une occasion d’observer les deux prétendants à quelques jours du scrutin. Une semaine avant un débat que François Hollande préférerait sans doute éviter.

Ce qui m’a paru frappant est que François Hollande est resté constamment dans le flou et dans l’esquive. Très peu de questions lui ont été posées sur l’économie, et ses réponses ont été très imprécises, dignes d’un vulgaire bateleur d’estrade, mais pas du tout à la hauteur. Plusieurs fois, il a menti et biaisé ses propos : en particulier lorsqu’il a été question de ce qui pourrait permettre de retrouver la croissance. Hollande a insisté sur le fait que d’autres que lui en Europe refusaient le « pacte de stabilité » tel qu’il est. Il s’est bien gardé de dire que ceux, en Espagne, aux Pays Bas ou à la Banque centrale européenne qui veulent modifier le pacte dans la direction d’une plus grande déréglementation entendent aller dans une direction qui est l’inverse de celle vers laquelle il veut entraîner la France. Quand des journalistes ont pointé du doigt la contradiction, il a occupé le temps en faisant de longs développements qui n’avaient aucune signification, et qui relevaient de l’incantation verbale creuse. Dans un contexte où il y a cinq millions de chômeurs réels, dix millions de pauvres, et où la croissance est nulle, c’est une attitude indigne.

Bien que le mandat de Nicolas Sarkozy ait été très largement nul, la prestation de Nicolas Sarkozy m’a paru très supérieure. Nicolas Sarkozy n’a esquivé aucune question. Ses chiffres étaient précis. Sa connaissance des dossier remarquable. Sur de nombreux points, ses propos étaient ceux d’un homme imprégné des valeurs du conservatisme et d’une compréhension minimale de l’économie. Il a été étatiste, dirigiste, bien sûr. Mais il a fait preuve d’une consistance digne d’un Président. On ne peut, en l’ayant regardé et écouté, que regretter qu’il se soit montré aussi peu pédagogue et aussi erratique depuis 2007. Et, dans la situation actuelle, il m’est apparu, je persiste et je signe, le « moins pire ». Et, en tout cas, le seul des deux à être à la hauteur.

Ce qui a été affligeant a été de voir que nombre de questions posées étaient insignifiantes. Parler de footballeurs dans un pays au bord de la faillite et de l’implosion confirme l’insoutenable frivolité des médias français analysée récemment par le magazine The Economist.

Ce qui a été consternant a été de voir que les journalistes, face aux dérives vides de François Hollande, n’ont fait preuve d’aucune ténacité. J’ai songé que, face à des journalistes anglais ou américains, François Hollande serait sorti en guenilles.

Les médias français considérant que la population est trop bête et pas assez adulte pour tirer ses propres conclusions, ils font appel à des commentateurs pour suggérer aux spectateurs ce qu’ils doivent penser.

Et ‘Des paroles et des actes’ est une émission destinée à prodiguer ce genre de suggestions.

Ont donc suivi aux prestations de François Hollande et Nicolas Sarkozy les propos d’ « experts ».

Les explications ont été anecdotiques et ont relevé de la politique politicienne la plus myope. Il fut question de glissement à droite de Nicolas Sarkozy : comment les journalistes définissent la droite ? Mystère. Le Front National fut présenté comme une pathologie sans que, là encore, la moindre explication soit fournie. François Hollande a été couvert de louanges. Il a été « présidentiel », a dit l’un. Son art de l’esquive a été mitterrandien, a dit un autre, qui trouve apparemment admirable qu’on réponde à côté de la question. Nicolas Sarkozy a été défini comme incisif, voire agressif, ce qui, a ajouté un troisième, est « normal », puisqu’il a « perdu ».

Le désir de voir Hollande gagner imprégnait l’atmosphère. On pouvait se demander si ceux qui parlaient sur le plateau n’attendaient pas le générique pour aller se prosterner aux pieds de leur nouveau maître.

Parce que ce désir m’a paru obscène, j’ai ressenti une forme de sympathie pour Nicolas Sarkozy. Je déteste les meutes et les comportements grégaires. Je hais la myopie volontaire et la servilité.

J’ai vu, en fin d’émission, un étalage de tout ce que je déteste et de tout ce que je hais.

J’ai vu que François Hollande était un imposteur entouré de courtisans.

Nombre de téléspectateurs ont avalé les commentaires prédigérés, je sais. Nombre de téléspectateurs n’ont pas perçu l’art hollandien du subterfuge et de l’escamotage. Si une majorité de Français comprenaient quoi que ce soit à l’économie et à la géopolitique, François Hollande serait un marginal.

Une majorité de Français veulent, semble-t-il, qu’on leur raconte des histoires à dormir debout, qu’on leur dise qu’ils auront le beurre, l’argent du beurre et le pantalon des banquiers. Ils préfèrent le vide souriant. Ils s’apprêtent à tomber dans le vide sans vouloir songer à ce qu’il y aura au bout de la chute. Ils ont des « opinions », paraît-il, et ils s’imaginent que les « opinions » remplacent la connaissance. Ils ne voient même pas que leurs « opinions » ont été insérées dans leur crâne par des gens pensant que les Français sont bêtes à manger du foin, et qui se trouvent confortés dans leurs pensées par le fait que tant de Français mangent le foin qu’on leur donne.

Triste situation. Et cela va, je le crains, durer des années….

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© Guy Millière pour www.Dreuz.info