Le dimanche à Bamako, c’est un jour de grand naufrage
Cela commence à se dire, mais je l’écris ici depuis longtemps. Les armes des arsenaux de la Libye de Kadhafi se sont disséminées dans de multiples directions, les principales étant le Sinaï et l’Afrique subsaharienne. Des gens qui étaient rémunérés par Kadhafi, qui jouait ainsi un rôle de stabilisateur régional, se tournent aujourd’hui vers d’autres objectifs.
Le Mali, dont on parle beaucoup ces derniers jours, est désormais coupé en deux, et la situation pourrait fort bien s’aggraver. Dans toute la région Nord, une offensive a été menée par des groupes touaregs : ceux-ci ont pris les principales villes, Gao, Tombouctou, Kidal, et proclamé l’indépendance de la région, l'Azawad. Les touaregs, cela dit, ne sont pas seuls : diverses factions islamistes sont aussi de la partie, et organisent des pillages, des kidnappings, la chasse aux chrétiens et autres infidèles.
L’objectif des touaregs est le maintien de l’indépendance de fait de l’Azawad et la transformation de celle-ci en une indépendance de jure, reconnue par le gouvernement de Bamako, par le reste de l’Afrique et par le reste du monde, mais ce doit être dit : il semble quasiment certain que ni le gouvernement de Bamako, ni quiconque ailleurs, ne reconnaîtra l’indépendance de l’Azawad. Cette reconnaissance, en effet, équivaudrait à remettre en cause les frontières héritées de la décolonisation, et si celles-ci sont arbitraires, leur remise en cause créerait une situation plus explosive qu’elle ne l’est déjà, et fertile en conflits inter-tribaux multiples sur tout le continent.
L’objectif des factions islamistes est une prise de pouvoir plus vaste qui ne s’arrêterait pas à Bamako où l’atmosphère est au naufrage. Le président a été déposé par un coup d’Etat de l’armée, le pays s’est trouvé asphyxié aussitôt par des sanctions et embargos, un Président de transition a été nommé après que le Président déposé ait officiellement démissionné, dimanche 8 avril. Le Président de transition n’est autre que le président de l’Assemblée nationale, et il n’aura quasiment aucune prise sur les événements, tout comme l’armée n’a aucune prise sur eux.
Tandis qu’on joue aux chaises musicales dans la capitale, tandis qu’Africains et Occidentaux palabrent, les islamistes agissent. Des hommes venus de Mauritanie, du Niger et du Nigeria ont rejoint les factions agissant en Azawad.
La suite la plus vraisemblable de tout cela est la poursuite du naufrage à Bamako, la submersion des touaregs par les islamistes et une dissémination poursuivie de l’islamisme dans toute la zone.
Les forces islamistes en présence sont Al Qaida au Maghreb islamique (AQMI), qui se renforce et peut poursuivre et amplifier ses activités dans tout le Sahel, le Mouvement pour l'Unicité et le Jihad en Afrique de l'Ouest ancré en Mauritanie, le groupe Boko Haram, qui s’est spécialisé dans les massacres dans les zones chrétiennes du Nigeria, et le Groupement salafiste pour la prédication et le combat, qui reprend des forces sur la frontière entre l’Algérie et le Mali. Des contacts ont été établis avec les Shebab de Somalie : si ceux-ci sont séparés du Niger par l’Ethiopie, le Soudan et le Tchad, on doit noter que l’Ethiopie est un territoire poreux, comme le Tchad, et que le Soudan est un pays islamiste, donc bienveillant vis-à-vis des autres islamistes.
Le pays dont on parle beaucoup aujourd’hui est le Mali : mais les pays directement menacés sont, au-delà du Mali, dont l’importance stratégique est relativement mineure (en dehors du fait que l’Azawad peut devenir une base arrière islamiste de plus de huit cent mille kilomètres carrés) le Nigeria, pays producteur de pétrole, le Niger, pays producteur d’uranium, l’Algérie où une recrudescence d’actions salafistes pourrait montrer qu’il y a pire que le gouvernement actuel et la très relative stabilité qu’il fait régner, la Mauritanie qui, si elle devait glisser vers l’islam radical, pourrait bien entraîner un basculement plus net du Maroc, où le Parti de la justice et du développement, islamiste, proche des Frères musulmans est arrivé récemment au pouvoir.
Non seulement le renversement de Kadhafi et la transmission des clés du pays aux islamistes de Benghazi et à des gens venus d’al Qaida a eu des conséquences lourdes pour la Libye, et y a débouché sur des massacres de noirs africains par milliers, mais il en est résulté, pour les raisons énoncées plus haut, une déstabilisation proliférante qui ne fait que commencer.
J’ai traité ici du Mali et de l’Afrique subsaharienne. Je devrai revenir vite sur le Sinaï.
La coalition Sarkozy-Cameron-Obama, au nom de l’Otan, et avec financement du Qatar et bénédiction de la Turquie, a servi les intérêts de ce qu’il y a de pire et de plus criminel dans l’islam. Ce ne sera pas dit dans les journaux télévisés, bien sûr. Dans les salles de rédaction, on ignore les relations de cause à effet. Elles n’en existent pas moins.
Je comprends, cela dit, les difficultés de nombre de commentateurs : comment expliquer rationnellement que, tandis que des Français et d’autres Occidentaux sont otages d’AQMI, on favorise la livraison d’armes à AQMI, et on installe à Tripoli un gouvernement favorable à AQMI ?
Comment expliquer rationnellement que, tandis que les réserves d’uranium du Niger sont considérées comme cruciales pour tout le nucléaire occidental, on place celles-ci à la merci d’adeptes du djihad ?
Comment expliquer, alors que le monde occidental est déjà confronté à une hausse du prix du pétrole, en raison des tensions dans le golfe Persique et de la politique énergétique d’Obama aux Etats-Unis, on contribue à la menace sur les approvisionnements pétroliers nigérians ?
Bernard-Henri Lévy, le stratège de Benghazi et de Saint Germain des Près, a-t-il une explication ? Est-il, au moins, heureux, lui qui se dit ami d’Israël, que des armes soient disséminées aussi dans le Sinaï, à proximité d’Israël ?
Nicolas Sarkozy est en pleine campagne électorale et a mieux à faire que s’occuper de l’Afrique subsaharienne.
David Cameron et Barack Obama parlent d’autre chose.
Tout va bien.
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Vous avez bien sûr raison monsieur Millière.
Mais au delà de la péripétie récente et pathétique de la guerre humanitaire (sic) de Libye, ces conflits : Nigéria, Mali, Soudan, Tchad, etc. sont aussi ceux de la décolonisation. Ces conflits ne sont pas générés par la période coloniale mais bien par celle de « l’après colonial ». Cela ne sera – également – jamais dit. Dans aucun de nos médias ni dans aucune de nos écoles.
C’est un tabou absolu et donc impossible à voir et à dire. Sauf sous risque pris de se voir traiter de négationniste.
Nota : Je ne fais pas ici le panégyrique de la colonisation de l’Afrique (ou d’autres contrées). Mais je pense que la façon dont on présente cette période est centrale de nos maux actuels et je crois qu’il faudrait rendre à cette période ses mérites, sans honte, et de dire aussi tout ce qu’elle a pu apporter. Ce fut pour l’Occident comme pour le Monde une époque très féconde malgré les maux qu’elle a pu engendrer et révéler. On est toujours plus intelligents après, bien sûr… Mais surtout pas une raison pour devenir plus cons !
Toute la dialectique communiste se nourrit de ce pêché – jugé capital (mortel)- fait au capitalisme occidental et sert de prétexte aujourd’hui à toutes les attaques que l’Occident judéo-chrétien subit. Il n’est pas fortuit que l’effort principal fait contre Israël est de l’habiller par des discours « antisioniste » (vocable qui est l’essence même de ce dont je parle ici) de la tunique coloniale.
Tant que nous n’assumerons pas cette période pour ce qu’elle a été – les progrès comme les errances – avec fierté !, nous jouons perdant face aux discours de la coalition marxistes-communistes avec tous les fascismes du Tiers-Monde, le fascisme islamique en tête. Nous leur avons donné avec nos culpabilités idiotes la corde pour nous pendre et en prime, le poignard pour nous égorger.
100% vrai.
« ce doit être dit : il semble quasiment certain que ni le gouvernement de Bamako, ni quiconque ailleurs, ne reconnaîtra l’indépendance de l’Azawad. Cette reconnaissance, en effet, équivaudrait à remettre en cause les frontières héritées de la décolonisation, et si celles-ci sont arbitraires, leur remise en cause créerait une situation plus explosive qu’elle ne l’est déjà, et fertile en conflits inter-tribaux multiples sur tout le continent. » : cela se fera de toute façon, tôt ou tard
Excellent article, M. Millière, mais il y a une petite coquille: le Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC) n’est que l’ancien nom d’Al Qaïda au Maghreb Islamique, il ne faut donc pas les différencier dans la liste des forces en présence.
Autre petite remarque, certaines remises en cause des frontières africaines issues de la décolonisation ont été entérinées par la communauté internationale: c’est le cas des indépendances de l’Erythrée et du Soudan du Sud (en grande partie grâce aux efforts de l’administration Bush).
Deux petites remarques:
1°) le GSPC est l’ancien nom d’AQMI, donc il ne faut pas les citer conjointement dans l’énumération des forces en présence
2°) des modifications des frontières africaines issues de la décolonisation ont déjà été entérinées grâce à la communauté internationale (Erythrée et Soudan du Sud, grâce à l’administration Bush dans le second cas).
Ce n’est pas une coquille, il y a une renaissance du GSPC , qui se sépare d’AQMI (ces gens ont l’art de créer et de recréer des groupuscules conflictuels). Il y a eu effectivement des modifications de frontières, celles que vous citez, à juste titre, mais elles sont l’exception, pas la règle, et je vois difficilement une acceptation de l’indépendance d l’Azawad par les pays africains et les puissances occidentales. La région représente les deux tiers du Mali, et il en découlerait des revendications en chaine au Niger et au Nigeria.
Ce qui se passe au Mali est extrêmement grave pour l’Afrique subsaharienne puisque nous pourrions peut-être assisté à une grande -et ô combien catastrophique- victoire militaire islamiste. Ne comptons surtout pas sur Obama pour s’opposer vigoureusement au péril vert. Franchement, W. Bush me manque.
il est certain que notre président et son stratège en chef : bhl, suivi par leurs alliés ont ouvert la boîte à pandore…comme cela avait été fait pour l’ex yougoslavie avec toujours le même prétexte : la soi-disant sécurité des civils…
On remarquera que l’apprenti sorcier, bhl du bvd st Germain, bien loin de se soucier de stopper les allers et retours du balai ensorcelé qui apporte de l’eau aux moulins des islamistes, n’a qu’une seule obsession: se mettre a en faire de même!
La Bible dit bien que dans les temps de la fin, « .. ils seront comme fous, au milieu du glaive que j’enverrais parmi eux. »
La guerre, l’incohérence des raisonnements, la chute s’accélère et pas le moindre espoir à l’horizon.
Seulement la route qui poudroie,(comme sur la photo) et les politicards qui merdoient..
Pour ceux qui le peuvent, prenez votre retraite dès à présent, c’est plus sûr…