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Publié par Shmuel Trigano le 4 mai 2012

– par Shmuel Trigano

 C’était pathétique de constater, au lendemain du premier tour, combien les commentateurs, même ceux qui font profession de politologues, ne comprenaient toujours rien à la situation de la France. Ceux qui, hier, expliquaient – et expliquent toujours – que le fondamentalisme et l’antisémitisme islamiques – jusqu’à Mérah – sont le produit du chômage, de la misère sociale ou de l’« humiliation » nous expliquent aujourd’hui que le vote FN ou  (beaucoup moins) le vote Mélenchon sont le fruit amer de la « souffrance ». C’est étonnant de voir combien la sociologie ou la psychologie sont devenues les instruments par excellence de l’occultation de la réalité !

C’est le signe que nous sommes dans un univers où il n’y a plus de vérité établie ni de réalité objective, comme si tout n’était que le produit d’interactions dans lesquelles plus personne n’est responsable. C’est le même stratagème qui a été utilisé depuis 12 ans pour nier l’antisémitisme derrière de pseudo tensions « inter-communautaires ».

Or, le vote pour les extrêmes du spectre politique n’est rien de tout cela, mais l’indice d’une recomposition à venir du paysage politique. Le FN, en maintenant ses candidats aux futures législatives, pulvérisera l’UMP et favorisera l’avènement d’un inquiétant État-PS.

Quant à Mélenchon, il fera tout pour agiter la rue dans une perspective résolument anarchiste. Cette législature à venir risque fort d’être un coup pour rien, qui verra la situation se dégrader, d’elle même et indépendamment de la victoire de l’un ou de l’autre candidat, jusqu’aux prochaines élections présidentielles.

Le problème français est autant un problème relevant de l’économie que des choix politiques erronés de ces 20 dernières années. L’unification européenne a laminé la France, un État fondamentalement national et centraliste : elle l’a non seulement empêché d’intégrer les immigrés, qui n’ont plus eu devant eux de modèle d’identification culturelle clair, de choix impératif, mais elle l’a aussi profondément vidé de son contenu et de son économie.

Les gens qui réclament de la France qu’elle reste un État providence et qui exigent en même temps le multiculturalisme et l’affaiblissement de l’État-nation sont tout simplement des irresponsables. L’État social (la sécurité sociale) ne marche que lorsque des citoyens ont suffisamment de choses en commun pour se serrer les coudes et s’entraider les uns, les autres, en cas de coup dur. Mais, là où il n’y a pas de communauté d’identité, de valeurs, de projet, de mémoire, il n’y a aucune raison pour qu’il y ait de la solidarité. Dans ce sens-là, le projet du PS est profondément irréaliste et voué à l’échec. Il n’y a pas de solidarité sans identité nationale, sans un minimum commun dans l’ordre des valeurs et de l’imaginaire. Le problème national de la France est ainsi central et il n’y a que des journalistes négligents pour se scandaliser que la campagne n’ait parlé que de cela au lieu de parler de la dette. Il n’y aura pas de solution à la crise économique, sans solution du problème national.

Le slogan rabâché sans cesse du « vivre ensemble » est l’exemple même de cette mystification idéologique. Le problème n’est pas de « vivre ensemble », côte à côte, comme des étrangers, dans un supermarché de droits à géométrie variable. Cette idée fausse a englouti des sommes considérables, des budgets municipaux et régionaux. Le problème est d’«être ensemble »: être, c’est à dire partager, à la base, une même vision des choses, quitte à ce que chacune communauté lui donne sa variation spécifique. Dans tout État-nation démocratique, il y a une identité culturelle dominante qui doit être la référence déterminante de toute la société dans toutes ses différences. Sans nation, pas d’État-providence ni de solidarité universelle…

 © Shmuel Trigano
A partir d’une chronique sur Radio J, le vendredi 4 mai 2012.

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