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Publié par Michel Garroté le 10 mai 2012

Michel Garroté – J’observe, avec un peu d’amusement, un peu seulement, les propos tenus en France, par les dirigeants de l’UMP, dans le cadre de la campagne des législatives. Et comme je suis moi-même un homme de droite, libéral et conservateur, j’observe tout cela avec scepticisme aussi, et non pas, seulement, avec un peu d’amusement. Car en effet, je continue de penser qu’au plan économique, l’UMP n’est pas un parti de droite, libéral et conservateur. Je continue de penser que l’UMP est un parti centriste et étatiste. Or, sur quoi porte actuellement le « débat » ? Il porte sur la « stratégie » que l’UMP devrait développer face au Front National. Autrement dit, face à un parti qui, au plan économique, n’est pas non plus un parti de droite, libéral et conservateur. J’entends par-là qu’au plan économique, l’UMP et le FN ne sont pas très différents. Disons qu’au plan économique, le FN est encore plus étatiste que l’UMP. Mais de toute évidence, la « stratégie » que l’UMP développe face au Front National ne se situe nullement sur le terrain économique.

Non. Le « débat » de l’UMP et la « stratégie » de l’UMP portent sur les différences de « valeurs » avec le FN. Et si j’ai bien compris ce « débat », l’UMP défend les mêmes « valeurs » que le FN tout en affirmant que le FN et l’UMP n’ont pas les mêmes « valeurs ». J’en conclus que pour les législatives, l’UMP veut gagner des sièges avec les « valeurs » du FN, mais sur le dos de celui-ci, et, tout en condamnant les « valeurs » du FN… Personnellement, je m’en moque, puisque selon moi, l’urgence est économique et non pas idéologique. Et je m’en moque, puisque sur le plan économique, le FN est, simplement, encore plus étatiste que l’UMP. En clair et en résumé, sur le plan économique, l’UMP et le FN pourraient très bien s’accorder sur un « programme commun » de nature étatiste. Mais, encore une fois, le « débat » porte sur les « valeurs ». Et comme chacun peut le constater en lisant les textes reproduits ci-dessous, le « débat » sur les « valeurs » est dépourvu de « stratégie » ; le « débat » est très hypocrite ; et, surtout, le « débat » est totalement à côté de la plaque, pour changer…

L’UMP a décidé et donc Jean-François Copé  a décidé  de ne pas changer (extraits adaptés) : « La ligne de Nicolas Sarkozy était de s’adresser à tous les Français, sur tous les sujets sans tabou. C’est la même que la nôtre. Nous avons trois piliers: sur le plan régalien, il nous faut être à la fois ferme et rassembleur. Sur le plan économique, il nous faut être courageux et pragmatique. Sur le plan social, il nous faut être à la fois généreux et responsable. Au bureau politique, beaucoup de députés sont venus de leur terroir exprimer leur impression à la suite du vote des Français. Il en ressort que les Français n’ont pas rejeté les valeurs et les idées que Nicolas Sarkozy a portées avec tant de force et de conviction. Il n’y a donc pas de raison d’abandonner des orientations politiques que nous avons soutenues en très grande majorité et qui ont d’ailleurs été approuvées par plus de 95% de nos adhérents lors que le projet de l’UMP leur a été soumis ». On peut se demander si ce virage à droite va aboutir à des accords de désistements réciproques  au second tour avec le Front national

A ce propos, la revue de presse ‘le salon beige’ signale (extraits adaptés) : « Dans un entretien au Figaro Magazine à paraître samedi 12 mai, le secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé, prévient que tout accord local entre un candidat UMP aux législatives et le Front national serait « contraire à la ligne de l’UMP » et qu’il en tirerait « toutes les conséquences au niveau national ». La ligne de l’UMP « est très claire, il n’y aura pas d’alliance électorale ni de discussion avec les dirigeants du Front national » et si localement, certains engagent de telles démarches, « on en tirera toutes les conséquences au niveau national, car ce sera contraire à la ligne de l’UMP », affirme Coppé. « Il ne peut y avoir d’accord qu’avec les partis issus de la majorité présidentielle sortante », insiste Coppé. Quelle position l’UMP adoptera-t-elle en cas de duel FN-PS au second tour des législatives de juin ? « Il n’y a pas de raison de penser que cette hypothèse arrivera » car « nous allons à une élection dans la seule perspective de la victoire », répond Coppé. « L’UMP peut gagner les législatives, car nous avons fait tous ensemble le choix de l’union », selon Coppé (fin des extraits du texte publié par ‘le salon beige’).

Dans ce contexte, des chroniqueurs et intervenants de  Valeurs actuelles  répondent à la question  « Pensez-vous, comme Gérard Longuet, que l’on puisse désormais ‘discuter’ avec Marine Le Pen ? ». Extraits. S. Denis : « discuter de quoi ? Le moment est mal choisi pour se lancer dans une nouvelle discussion sur le sexe des anges, à savoir si le Front national est ou n’est pas un parti comme les autres. Ce qui devrait être l’objectif immédiat de la droite parlementaire, c’est de limiter les dégâts aux législatives. Il y aura peut-être, sans doute, des arrangements locaux bricolés par quelques candidats UMP. Et alors ? C’est une affaire d’électeurs, pas de grandes déclarations. Ce n’est pas pour cela qu’il y aura un accord entre les partis. Simplement, ‘pas d’ennemis à droite’ devrait être la devise de l’UMP, comme ‘pas d’ennemis à gauche’ est celle du Parti socialiste. Il serait temps que la droite sorte du piège où l’a placée François Mitterrand, au lieu d’y sauter à pieds joints à chaque occasion ».

D. Tillinac : « on peut, on doit ‘discuter’ avec tout mouvement politique qui le souhaite, et le trop fameux ‘cordon sanitaire’ censé isoler le FN des Français ‘normaux’ est à la fois une infamie morale et une imbécillité politique. Le FN est un parti légal qui a toujours participé au débat public en présentant ses candidats, en acceptant le verdict des urnes et en s’abstenant de semer la pagaille dans la rue. Sa diabolisation, entretenue par le PS, les communistes et les Verts avec un mélange de cynisme grossier et de crédulité quasiment médiévale, doit être dénoncée sans relâche. Elle discrimine et humilie les classes populaires. À cet égard, il serait judicieux que telle ou telle éminence de l’UMP cessât de proclamer urbi et orbi qu’entre PS et FN, elle choisirait le PS »…

Encore Dans  Valeurs actuelles, Eric Branca estime que, au-delà des conflits de personnes, entre Alain Juppé, François Fillon et Jean-François Copé, l’UMP souffre d’une crise sur le plan idéologique (extraits adaptés) : « Qui ne voit, cependant, qu’au-delà des questions d’hommes, c’est sur la question des idées que la droite, et singulièrement l’UMP, va désormais jouer son avenir ? En créant l’Union pour un mouvement populaire, en 2002, Jacques Chirac n’avait fait que transposer juridiquement ce qui avait été sa politique comme ‘animal dominant’ de la droite depuis 1981 : écarter toute confrontation d’idées avec ses partenaires afin d’obtenir d’eux qu’ils acceptent de se fondre dans une structure unitaire autour du plus petit dénominateur commun. L’histoire politique des années 1980 aurait pourtant dû servir de leçon : oublié depuis 1965, Jean-Marie Le Pen a ressurgi pour la première fois dans le paysage quand, en 1983, la droite parlementaire s’est déchirée ouvertement sur l’immigration, ‘une chance pour la France’ selon feu Bernard Stasi, et, qu’aux élections européennes de l’année suivante, le RPR a formellement abandonné la doctrine de l’Europe des États pour se rallier à la supranationalité défendue par Simone Veil. En 1995, le retour de la droite à l’Élysée, incarnée par Chirac puis, à partir de 2007, par Sarkozy, n’aura donc rien résolu de la crise d’identité de celle-ci : tandis que le RPR puis l’UMP rivalisaient d’anathèmes avec le Front national, les socialistes commençaient, dès 1998, à prendre méthodiquement le contrôle des pouvoirs locaux. Ce serait chose faite en 2004 avec la conquête, confirmée en 2010, de 20 régions métropolitaines sur 22 et, aux cantonales de 2011, de 61 départements sur 101. D’où, en septembre suivant, la perte du Sénat par la droite, ce qui ne s’était jamais vu depuis la création de la Haute Assemblée par la Constitution de l’an III (1795) ».

Eric Branca dans Valeurs actuelles : « Sous l’influence de conseillers conscients de cette révolte (Patrick Buisson et Henri Guaino, venus d’horizons politiques différents mais attachés à l’enracinement démocratique), le président sortant n’a pas ménagé sa peine pour réintroduire dans la campagne des thèmes qui “parlaient” à l’électorat de droite. Mais ce n’était guère là que la moitié du chemin. Car à tant faire de réintroduire des idées absentes du débat depuis trop longtemps, Nicolas Sarkozy n’aura finalement réussi qu’à souligner la distance entre ses paroles et ses actes. À quoi sert d’évoquer les “frontières” quand on a dit oui aux traités qui les démantelaient ? À quoi rime d’évoquer la croissance et l’emploi en Europe quand on a apposé sa signature au bas d’un traité, celui du 2 mars 2012, signé à l’initiative de l’Allemagne, transférant peu ou prou le contrôle budgétaire des États – apanage originel des Parlements – à des instances non élues, en l’espèce la Commission de Bruxelles et, pour les sanctions, la Cour de justice de Luxembourg ? Convaincre des électeurs, ce n’est pas seulement envoyer des signaux à des catégories bien ciblées, la veille d’une échéance cruciale : c’est incarner une politique inscrite dans les faits. C’est-à-dire, s’agissant du contrôle des flux migratoires et des mécanismes de décision internationaux, dans les traités que l’on signe et dans les ratifications qu’on consent. Comme jamais depuis 1981, la droite se trouve donc confrontée à ce choix crucial : non plus seulement se “refonder”, mais savoir si oui ou non elle accepte d’être la droite. Bref, de défendre la Nation contre ce qui la menace : les forces centrifuges communautaristes à l’intérieur ; et, à l’extérieur, la volonté de puissance d’instances non élues. Tant que la droite ne s’assumera comme telle qu’à la veille des élections, il est fort à craindre qu’elle suive le même chemin que les curés de gauche postconciliaires qui ne savaient plus où ils habitaient », conclut Eric Branca dans Valeurs actuelles.

Toujours dans  Valeurs actuelles  Olivier Dassault écrit : « ‘Moi président de la République, je ne serai pas le chef de la majorité’, a dit François Hollande. Exauçons-le ! Que ceux qui sont hostiles aux solutions collectivistes et attachés aux valeurs qui ont fait la France s’unissent pour envoyer à l’Assemblée une majorité d’élus de droite »…

La fronde UMP /FN dans le cadre des élections législatives de juin ne fait que commencer…

Michel Garroté

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