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Publié par Jean-Patrick Grumberg le 22 mai 2012

Emmanuel Navon, nous avons eu l’occasion de vous interviewer à deux reprises sur Dreuz (« Un français pas comme les autres parle de la Burqa, des musulmans et d’Israël » et « Un spécialiste en droit international fait le point sur le futur État palestinien »).

Nous revenons vers vous du fait des échéances politiques en Israël et en France.

Alors que les élections présidentielles se déroulaient en France, des élections anticipées se dessinaient en Israël. Puis il y a eu le coup-de-théâtre de Netanyahu qui a formé un gouvernement d’union nationale avec Kadima. Étant vous-même à la fois professeur de sciences politiques et candidat à la Knesset, nous faisons appel à vous pour essayer de décrypter la politique israélienne.

Jean-Patrick Grumberg : Première question. Pourquoi les élections devaient-elles être avancées en Israël et pourquoi ont-elles été finalement annulées ?

Emmanuel Navon: Selon la loi israélienne, les élections législatives doivent se tenir tous les quatre ans. Donc les prochaines élections doivent avoir lieu en novembre 2013. Or, depuis le début des années 1990, aucun gouvernent israélien n’a tenu pendant quatre ans, et ce pour deux raisons.

La première raison est que les députés à la Knesset sont élus à la proportionnelle intégrale, ce qui génère un grand nombre de partis et donc ne permet pas la formation de gouvernements sans coalitions hétéroclites et souvent bancales.

La deuxième raison est que depuis deux décennies, les deux grands partis traditionnels (le Likoud et le Parti travailliste) ont perdu de leur assise à cause de l’émergence de nouveaux partis concurrents et souvent sectoriels, qui ont glané l’électorat du Likoud et du Parti travailliste : le Parti Shas (orthodoxes séfarades) et le Parti Israel Beiteinou (Russophones) ont récupéré ainsi une grande partie de l’électorat du Likoud, tandis que les partis Meretz (gauche pacifiste), et Shinouï puis Kadima (bourgeoisie laïque et libérale) ont pris de nombreux votes aux travaillistes.

Résultat, les coalitions gouvernementales en Israël sont devenues chroniquement hétérogènes et instables. Elles sont à la merci du chantage de petits partis qui n’hésitent pas à faire tomber les gouvernements pour préserver le soutien de leurs électorats respectifs.

Au début du mois de mai dernier, le Gouvernement Netanyahu était sur le point de tomber, à cause du désaccord entre les membres de la coalition sur la législation ordonnée par la Cour Suprême pour mettre fin aux exemptions du service militaire. La coalition ne fonctionnait plus et des élections anticipées étaient devenues inévitables.

Finalement, Kadima a décidé de se joindre au gouvernement, qui repose maintenant sur une coalition large et stable.

Dreuz: Tout de même, cette instabilité politique semble chronique en Israël. Comment y remédier selon vous ?

EN: En passant du système proportionnel au système majoritaire. Les propositions de réforme électorale en Israël se limitent en général à l’élévation du « taux d’entrée » des partis à la Knesset ou à l’adoption d’un système présidentiel.

Personnellement, je suis en faveur du système majoritaire pour deux raisons.

La première raison est que le système majoritaire permet une véritable stabilité gouvernementale ainsi qu’un choix clair et tranché entre des programmes politiques concurrents.

La deuxième raison et que seul le système majoritaire permet de responsabiliser les élus vis-à-vis de leurs électeurs. Pour se faire réélire dans une circonscription il faut rendre des comptes à ses électeurs, résultats à l’appui. Dans le système proportionnel, en revanche, on maintient sa place sur la liste en étant populaire auprès de l’appareil du Parti. Cette popularité n’est pas nécessairement liée à la qualité du travail accompli en tant que parlementaire. Elle est trop souvent le fait de lobbying et d’alliances d’intérêts. Ce n’est pas sain pour la démocratie.

Dreuz: Pensez-vous que cette réforme ait des chances d’être adoptée ?

EN: Les petits partis s’y opposent pour des raisons évidentes : le système majoritaire les écartera de la Knesset au profit des grands partis. Les différentes minorités qui composent la société israélienne pourront être représentées au sein des grands partis, mais cela se fera au détriment du pouvoir des petits partis. Ce qui est étonnant c’est l’opposition au système majoritaire qui est souvent exprimée par les grands partis, alors qu’ils en seront les principaux bénéficiaires. Cette opposition découle souvent d’un manque de compréhension du système majoritaire.

Je me bats pour expliquer ce système dans les médias israéliens et au sein du Comité central du Likoud, dont je suis membre.

Le fait que nous ayons une coalition qui comprend le Likoud, Kadima, et Israel Beitenu offre une opportunité unique de réformer le système électoral, en dépit de l’opposition des petits partis. Je ne suis pas sûr que la réforme électorale promise par la nouvelle coalition inclura l’adoption du système majoritaire. C’est entre autres pour pousser à l’adoption d’une telle réforme que je me présente à la Knesset.

Dreuz: Vous-vous présentez à la Knesset uniquement pour réformer le système électoral ?

EN: Non, pas seulement.

Je veux que l’Aliyah de France ait un représentant à la Knesset pour défendre ses intérêts et pour aider à son intégration. L’Aliyah de France est une Aliyah de qualité, composée de gens motivés. Cette Aliyah va sans aucun doute augmenter du fait de la dégradation de la situation économique en France, de l’insécurité dont les communautés juives sont victimes (je pense entre autres à la tuerie de Toulouse), et de l’atmosphère peu rassurante répandue par certains alliés politiques de François Hollande.

Or nous savons tous les difficultés d’insertion que connaît l’Aliyah de France, en particulier dans le domaine des équivalences professionnelles. Ces difficultés ne sont pas résolues parce que les Francophones d’Israël n’ont pas de pouvoir politique, et donc les hommes politiques israéliens n’ont pas besoin de s’intéresser aux Francophones pour se faire réélire. C’est triste, mais c’est vrai.

Tant que les Francophones d’Israël n’auront pas de pouvoir politique, ils continueront de galérer, et leur sort n’intéressera personne. Pire : il y a en Israël un cliché très répandu, selon lequel tous les Olim (JPG: immigrants) de France sont des millionnaires qui s’achètent des villas à Raanana et à Herzliyah, donc ils n’ont pas besoin que le gouvernement les aide. Au contraire, disent de nombreux Israéliens : on se passerait volontiers de ces richards bruyants qui viennent faire flamber les prix de l’immobilier.

Comme nous le savons, bien entendu, la réalité est toute autre : les Olim de France sont dans leur grande majorité des gens modestes, de jeunes professionnels avec des enfants. Ils ont souvent du mal à se réintégrer professionnellement, et sont réduits à accepter des emplois sous-qualifiés et à puiser dans leurs économies.

Non seulement les Olim de France sont victimes d’un cliché injuste, mais leur manque de pouvoir politique fait que le gouvernement ne s’intéresse pas à eux.

Le Ministère de l’Immigration et de l’Absorption est contrôlé par le parti russophone « Israel Beitenu » qui canalise les ressources de l’État pour favoriser les immigrants de l’Ancienne union soviétique au détriment des autres. Il est impératif de mettre fin à cet état de fait en créant un pouvoir politique francophone.

Dreuz: Comment ?

EN: Avec plus de 300,000 Israéliens issus de l’Aliyah francophone, créer un tel pouvoir politique est possible. Je ne parle pas de créer un parti de Francophones – c’est irréaliste et je m’y oppose par principe. Mais il n’y a aucune raison -aucune- qu’avec une population aussi importante, nous n’ayons pas au moins un siège à la Knesset. La liste du Likoud à la Knesset, par exemple, réserve deux sièges aux immigrants. Or ces deux sièges sont toujours pris par des Russes et par des Éthiopiens, non pas parce qu’ils sont plus nombreux mais parce qu’ils se mobilisent.

En s’encartant au Likoud, on peut voter aux élections primaires et choisir ses représentants sur la liste du Parti à la Knesset. Si deux-mille Francophones s’encartent et votent aux prochaines élections primaires, les premier siège des immigrants est à nous.

Dreuz: Les intérêts des Francophones d’Israël ne seront-ils pas défendus pas le nouveau député de la 8e circonscription ?

EN: Je suis candidat à la Knesset, pas à l’Assemblée nationale. Par ailleurs, j’ai fait mon Aliyah et ne me considère pas comme un Français de l’étranger –je ne vote pas aux élections françaises. Mais il faut bien comprendre que le futur député de la 8e circonscription ne légiférera pas à la Knesset. Il ne pourra pas exiger des comptes du Ministère israélien de l’Immigration et de l’Intégration, ou faire voter une loi en Israël pour que les Olim de France puissent passer leurs équivalences professionnelles en Français.

Le député de la 8e circonscription pourra défendre les intérêts des Franco-Israéliens en France mais pas en Israël. Ce qui est bien entendu important, mais il ne faut pas confondre ce que l’ont peut attendre d’un député à la Knesset, et d’un député à l’Assemblée nationale. Ceci dit je me félicite de la création de cette nouvelle circonscription, et j’espère que pourra se créer une complémentarité entre mon rôle de député à la Knesset représentant les Olim de France, et le rôle du député de la 8e circonscription. Je collaborerai avec le nouveau député de la 8e circonscription quel qu’il soit.

Dreuz: Alors parlons de votre candidature à la Knesset. Où en êtes-vous, et quelles sont vos chances d’être élu ?

EN: J’ai annoncé ma candidature aux primaires du Likoud il y a deux ans. Depuis, un long chemin a été parcouru. J’ai encarté des centaines de Francophones au Likoud, me suis fait élire au Comité central du Parti, et ai tissé des liens étroits avec tous les Ministres et députés du Likoud. J’ai le soutien de nombreux leaders de factions du Likoud pour ma candidature sur le poste des immigrants. Il y a deux ans, les cadres du Likoud étaient sceptiques, parce que dans le passé, seuls les immigrants russes et éthiopiens ont été élus sur le poste des immigrants dans la liste du Likoud. Aujourd’hui, ces mêmes cadres me disent que je suis devenu incontournable, voire favori.

À titre d’exemple, j’organise le 18 juin prochain (date symbolique !) un grand événement politique à Jérusalem (à « Mishkenot Shaananim »). Le fait que Gideon Saar (Ministre de l’Éducation et, de l’avis de tous, futur Premier Ministre) ait accepté de venir à cette soirée pour soutenir ma campagne en dit long sur le statut que j’ai acquis au sein du Likoud. Le travail que j’ai accompli ces deux dernières années a donc porté ses fruits, mais si les Olim de France veulent que je les représente à la Knesset pour défendre leurs intérêts et leurs idées, il y a encore un long chemin à parcourir et il faut redoubler d’efforts.

Dreuz: Par exemple ?

EN: Pour entrer dans la liste du Likoud sur le poste des immigrants, il faut se faire élire dans des élections primaires (qui auront lieu deux mois environ avant les élections législatives).

Cela signifie faire campagne auprès des quelques cent-trente-mille membres du Likoud. C’est un travail énorme, et c’est une campagne qui coûte cher. Je sillonne le pays pour rencontrer les militants, j’apparais régulièrement dans les médias, et j’ai une équipe qui gère mes rendez-vous, appelle les militants au téléphone, et travaille sur les réseaux sociaux.

La loi israélienne m’autorise à lever jusqu’à quatre-cent mille shekels pour financer la campagne –et croyez-moi une telle somme couvre à peine les frais de la campagne. Je me bats sur le front, mais j’ai besoin que ceux qui veulent que je gagne se joignent à mes efforts en contribuant au financement de ma campagne. Les donations peuvent être faites sur mon site Internet (www.navon.com) soit par chèque, soit par PayPal, soit par virement bancaire. Même si chacun donne cent shekels (ou vingt Euros), nous pourrons réunir les fonds nécessaires au financement de la campagne et nous pourrons gagner ensemble.

Dreuz: Emmanuel Navon, nous espérons que les lecteurs de Dreuz qui résident en Israël se mobiliseront pour vous et nous vous souhaitons bonne chance.

EN : Merci.

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© Jean-Patrick Grumberg pour www.Dreuz.info

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