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Publié par Ftouh Souhail le 27 mai 2012

Le terrorisme a éclaté en fin de semaine dans différentes régions de Tunisie. Des attaques contre des établissements publics ont été commises par les salafistes, en dépit de l’état d’urgence en vigueur dans le pays. Après le Kef, Jendouba, Sousse, les salafistes ont sorti leurs muscles, samedi, et semé la terreur dans la région du nord-ouest et du centre.

Plusieurs centaines de salafistes ont attaqué des bars et des commerces à Jendouba, dans le nord-ouest, et ils se sont ensuite opposé aux forces de l’ordre, a-t-on appris auprès des autorités et de témoins.

Ces salafistes, qui prônent une interprétation stricte des préceptes de l’islam, entendaient protester contre l’arrestation de quatre hommes impliqués dans de précédentes attaques contre des commerces d’alcool.

Selon un témoin, qui n’a pas voulu décliner son identité de crainte de représailles salafistes, les manifestants étaient au nombre d’un demi millier et armés d’engins incendiaires, semant la terreur dans la localité située vers la frontière algérienne.

« Des salafistes au visage masqué et armés de sabres, de cocktails Molotov et de cailloux ont attaqué des boutiques en ville et détruit les biens qui y étaient stockés. Ils ont ensuite incendié le commissariat de police » a précisé ce témoin à Reuters.

Selon l’agence TAP, les salafistes étaient armés de sabres et de bâtons et appelaient au Jihad. Il se sont dirigés au centre-ville de Jendouba, mettant le feu et pillant des bars et des points de vente de boissons alcoolisées, a ajouté la même source.

Les groupes de salafistes ont également attaqué le siège du district de la sécurité nationale de Jendouba avec des pierres et des cocktails molotov. Les terroristes sont allés ensuite chercher refuge dans la mosquée de la ville.

Ils se sont aussi attaqués à un hôtel qui abrite des touristes polonais, et l’armée nationale n’a pas bougé pour protéger les bâtiments publics et les magasins.

Samedi, un second poste de police de la Cité Habib Thameur à Ghardimaou (gouvernorat de Jendouba) a été incendié à son tour par des barbus. Après l’avoir totalement saccagé, les islamistes ont mis le feu au poste de police.

Un autre groupe s’est ensuite attaqué à une maison close à Ghardimaou. Ils ont agressé les filles qui y travaillent et ont annoncé que les locaux devaient fermer. Un peu plus tard, ils sont revenus et ont incendié les bâtiments, qu’ils ont promis de raser au bulldozer.

D’autres salafistes se sont attaqué à un bar, dans la localité de Dahmani, dans le gouvernorat du Kef, les clients ont été agressés et le bar a été fermé.

Les assaillants ont ensuite incendié un poste de police de Dahmani ainsi que la fourrière municipale. Les forces de l’ordre ont été obligées de quitter les lieux.

Devant une population terrorisée, le gouvernement semble laisser faire les choses et refuse de réagir concrètement pour stopper le phénomène salafiste. Ces groupes se sont auto-proclamés porte-parole de la religion.

Il y a une semaine, des salafistes avaient déjà attaqué des propriétaires de débits d’alcool à Sidi Bouzid, ville du Centre qui est le berceau de la « révolution de jasmin » à l’origine de la chute Ben Ali. Le 19 mai dernier, des bars de Sidi Bouzid (centre-ouest) avaient été vandalisés et un dépôt d’alcool incendié.

La ville a été le théâtre d’échauffourées entre des terroristes salafistes et des vendeurs de boissons alcoolisées, qui ont dégénéré en violences et actes de destruction.

Les radicaux ces derniers temps en Tunisie exigent « l’application de la loi islamique ».

Le 20 mai, des salafistes avaient mené une démonstration de force à Kairouan, une ville sainte du centre du pays, lors d’un rassemblement de partisans venus de diverses régions de Tunisie. Habillés à l’afghane, sabre au poing, les uns effectuaient des chevauchées à cheval, d’autres s’adonnant à des exercices d’arts martiaux, sous l’oeil de leur chef, Abou Yadh (de son vrai nom Seifallah ben Hassine), un ancien « Afghan » condamné à 42 ans de prison avant d’être amnistié après la chute du régime de l’ancien président Ben Ali.

Au regard de l’opinion publique locale, les autorités tunisiennes sont pour le moins permissives face à ce phénomène qui prend une ampleur inquiétante. Cette recrudescence de violence a été par ailleurs soulevée à l’Assemblée constituante par les groupes parlementaires qui ont mis en garde contre les retombées de cette dégradation sécuritaire sur la stabilité du pays appelant le gouvernement à enquêter sur « les financements internes et externes » des mouvements salafistes et extrémistes en Tunisie.

Les agressions des groupes salafistes en Tunisie ont suscité l’indignation des formations politiques qui ont appelé à « faire face » aux agissements des extrémistes qui « portent atteinte » aux libertés fondamentales individuelles et collectives.

« Des groupes violents et hors la loi propagent la terreur et agressent physiquement et moralement des femmes, des intellectuels, des journalistes, des créateurs, des syndicalistes, des politiciens ainsi que des militants des droits de l’Homme », avait déploré Abdessatar Ben Moussa le président de la Ligue Tunisienne de Défense des Droits de l’Homme (Ltdh).

Des partis politiques tunisiens ont en outre dénoncé « l’ingérence » des extrémistes salafistes dans la vie des citoyens, et appelé la société civile et les parties concernés à « faire preuve de vigilance » pour faire face aux violations des libertés qui « menacent » l’équilibre de la société et la stabilité du pays.

Suite à ces troubles, le secrétaire d’Etat auprès du ministère de l’Intérieur, Saïd Mechichi, a condamné ces actes tout en précisant que les responsables seront sévèrement sanctionnés.

Depuis la chute du régime modéré du président Ben Ali, les islamistes radicaux se manifestent à tout bout de champ : dans les universités pour imposer le port du niqab, ou devant les tribunaux pour fustiger une chaîne de télé accusée d’avoir diffusé un film blasphématoire.

Selon des observateurs, ce climat risque aussi de pénaliser le tourisme, vital pour le pays, et qui éprouve des difficultés. L’image de la Tunisie en tant que destination touristique est dangereusement malmenée, alors même que la reprise venait tout juste d’être annoncée.

Les observateurs ont, par ailleurs, « exprimé leur crainte de voir ces agissements se reproduire » dans les autres villes touristiques à l’instar de Sousse, Hammamet, Djerba, Monastir, Nabeul et Taberka au moment où le gouvernement tunisien provisoire s’attelle à mettre en place les plans visant à sauver la saison touristique.

Le département fédéral des Affaires Etrangères suisse a évoqué des « risques d’attentats terroristes ». La diplomatie helvétique met en garde ceux de ses ressortissants qui comptent visiter la Tunisie, dans une note publiée sur son site le 22 mai 2012.

Le quotidien américain « The Washington Post » a mentionné, dans son édition du samedi 26 mai, les « exploits » des extrémistes religieux à Jendouba,. Il évoque même au passage la démonstration de force effectuée dimanche 20 mai, à Kairouan en parlant de « quelques centaines de salafistes habillés comme des Afghans ».

L’hebdomadaire français «L’Express» a également dressé un portrait  particulièrement angoissant de la situation dans le nord-ouest du pays.

Les tunisiens observent avec inquiétude la recrudescence des actes criminels de ces fanatiques. Les reculades à répétition des autorités offrent l’occasion à ces illuminés de mettre en œuvre leurs plans diaboliques. Du laxisme, rien que du laxisme, voila le message véhiculé par le pouvoir.

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© Ftouh Souhail pour www.Dreuz.info

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