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Publié par Misha Uzan le 18 juin 2012

Le 16 et le 17 juin 2012, les égyptiens élisaient un Président dont les fonctions n’existent pas encore.

Mohammed Morsi, le candidat des Frères musulmans et des islamistes, affirme avoir réuni plus de 52% des voix, ce que dément le camp adverse. Par ailleurs, dimanche soir, l’armée a publié une déclaration constitutionnelle qui limite les pouvoirs du futur chef de l’Etat.

Egypte : le bout de la blague

On peut dire que l’Egypte a accompli des progrès depuis les révoltes de 2011.

Elle a renversé son dictateur depuis 30 ans, elle a mis en place des élections, et a même réussi des élections législatives à peu près normales. Mais les progrès s’arrêtent là. L’Egypte, en dehors de ces quelques points, démontre qu’elle reste un pays archaïque, dictatorial, raciste et fascisant, balancée entre une armée, qui représente le camp non religieux et qui tente de maintenir le pouvoir en son sein, tandis que le peuple, dans sa majorité, démontre sa volonté de placer au pouvoir des islamistes : intégristes, racistes et intolérants, un mélange de fascisme moderne et d’archaïsme moyenâgeux.

L’armée voyant la victoire des islamistes se profiler, elle a dissout le parlement deux jours plus tôt, et les élections présidentielles semblent s’être assez mal passées, les deux camps dénonçant des irrégularités.

Egypte : victoire des Frères musulmans ?

Ce matin, vers quatre heures du matin, alors que le décompte des bulletins de vote se poursuivait au Caire, le candidat de la confrérie des Frères musulmans d’Egypte, Mohammed Morsi, a annoncé sa victoire à l’élection présidentielle. Selon des résultats partiels communiqués par son entourage, il obtiendrait plus de 52% des voix. Une annonce que les partisans du général Ahmed Chafiq ont aussitôt contestée, dénonçant une « manipulation pathétique » et affirmant que leur candidat fait pour l’heure la course en tête. 52% c’est toutefois moins que les 70% annoncés dans les sondages. Mais peut-on encore y voir clair en Egypte?

Prochain coup de force en Egypte ?

En communiquant les résultats sans attendre leur proclamation officielle, prévue jeudi, les Frères musulmans cherchent visiblement à prendre leurs adversaires de cours ainsi qu’à décourager un éventuel coup de force.

Ce lundi matin, plusieurs centaines de ses partisans ont convergé vers l’emblématique place Tahrir pour y fêter leur champion. L’élection présidentielle ne devrait pas mettre un terme au bras de fer engagé entre l’armée égyptienne et les Frères musulmans. Dimanche soir, alors que les 13.000 bureaux de vote venaient de fermer, le Conseil suprême des forces armées (CSFA) a annoncé la publication d’une « déclaration constitutionnelle » limitant étroitement les prérogatives du futur président.

Les égyptiens ont donc voté pour un président sans connaître ses prérogatives, avant de les voir limitées par l’armée le soir même. En vertu de ce texte, qui repousse une fois encore de plusieurs mois la remise des pleins pouvoirs aux civils, l’armée devrait avoir la haute main sur le pouvoir législatif et les finances publiques jusqu’à l’élection d’un nouveau parlement, prévue dans les prochains mois. Le CSFA contrôlera en outre la composition du comité chargé de rédiger la constitution et disposera d’un droit de veto sur ce texte. Enfin, contrairement à son prédécesseur, le prochain président ne devrait pas pouvoir déclarer la guerre sans l’accord de l’armée. Et évidemment, cette déclaration a été rejetée par les Frères musulmans, qui y voient un instrument destiné à contenir leur ascension politique. On comprend pourquoi l’armée fait ce qu’elle fait, mais il faut bien le dire, l’Egypte aujourd’hui : c’est n’importe quoi !

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