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Publié par Guy Millière le 22 juin 2012

Pascal Hillout, de Riposte laïque, dont je partage certains combats et que je considère, sur divers points, comme un allié, a publié récemment une critique du livre que j’ai récemment signé avec Daniel Pipes, Face à l’islam radical*. Cette critique me fournit l’occasion de répondre et de définir ce qui nous sépare.

Tout en reconnaissant que nous connaissons l’histoire de l’islam, dont acte, Hillout nous reproche de ne pas rejeter l’islam en sa globalité et de persister à parler d’une démarcation entre islam radical et islam modéré. Il nous reproche ensuite de citer Nonie Darwich et Wafa Sultan qui, laisse-t-il entendre, seraient plus lucides que nous.

Ma réponse sur le premier point sera simple :

Parce que Daniel Pipes et moi connaissons effectivement l’histoire de l’islam, nous savons que cette histoire est plus complexe. L’islam a été porteur de dimensions totalisantes dès sa naissance. Mohamed a été chef de guerre et chef politique. Dieu, dans l’islam, est César. C’est exact.

Il n’en a pas moins existé le courant mutazilite à partir de 827 dans le califat abbasside. Celui-ci a été peu à peu écarté par les turcs seldjoukides, puis totalement éliminé à partir du douzième siècle et de la fermeture des portes de l’interprétation (itjihad). Il n’en a pas moins offert une lecture aristotélicienne du Coran encore disponible aujourd’hui, permettant de tracer une démarcation entre société civile et religieuse.

Ceux qui se penchent à nouveau sur les textes mutazilite, aussi minoritaires sont-ils, méritent mieux qu’un regard dédaigneux. Ils posent la question des blocages de l’islam, des conséquences de la fermeture des portes de l’itjihad.

Il a existé et existe toujours, par ailleurs, le courant soufi, mystique de la contemplation et de la sagesse, un courant quiétiste dans le shiisme, incarné par Ali Al Sistani et hostile au Velayat-e-Fakhih qui a constitué la base sur laquelle Khomeyni a édifié sa république islamique. Il existe les nazarites au sein du shiisme. Et cela ne peut être ignoré.

L’islam, au fil du temps, s’est fracturé, il a changé, il s’est crispé parfois, relâché d’autres fois.

Le corps global de l’islam à la fin du dix-huitième siècle était déliquescent après huit cent années de sommeil dogmatique. Il était confronté au risque de disparaître et à la colonisation.

Des penseurs musulmans ont tenté de répondre à la situation.

Certains ont dit que le problème, c’était l’islam lui-même et qu’il fallait s’en débarrasser. Démarche suivie par les occidentalistes (jeunes turcs qui ont donné Atatürk, dynastie Pahlavi en Iran), puis par les adeptes du national socialisme arabe, lui-même vite teinté de socialisme et de nazisme.

D’autres ont dit que le problème avait été une lecture trop floue de l’islam et qu’il fallait revenir à la lettre de celui-ci. Ils ont été les fondamentalistes, puis, parmi les fondamentalistes, sont apparus les tenants de l’islam radical.

L’islam radical est un totalitarisme qui a lui-même plusieurs visages, chiite avec les mollahs iraniens et le Hezbollah, sunnite avec Al Qaida, les Frères Musulmans et divers mouvements salafistes. Ce totalitarisme, comme nous l’expliquons très précisément dans Face à l’islam radical, est dangereux. Il prolifère, se répand et trouve de nombreux compagnons de route. Il peut embraser des populations entières. Il doit impérativement être combattu et mis hors d’état de nuire. Il n’est pas tout l’islam.

Dire qu’il est tout l’islam est rejeter a priori, sans le moindre examen, l’intégralité des musulmans de la planète et les pousser à être compagnons de route de l’islam radical. C’est une attitude analytiquement et stratégiquement inepte.

Dire qu’un islam modéré a existé et est possible permet de ne pas rejeter a priori et de rester ouvert à ceux qui oeuvrent pour cette modération, aussi minoritaires soient-ils. Rester ouvert n’est pas être complaisant. Ce n’est pas glisser béatement vers les propos ambiants parlant de l’ « islam religion de paix ». C’est tout l’inverse. Cela implique un examen strict et scrupuleux du discours de ceux qui oeuvrent pour la modération.

Nous disons dans le livre que les propos ambiants, en niant les problèmes, font le lit des rejets a priori et sans examen. Nous disons que nous comprenons les rejets a priori et sans examen, mais que nous poussons ceux qui en sont les adeptes à être meilleurs analystes et meilleurs stratèges.

Ma réponse sur le deuxième point sera plus brève :

Nous citons effectivement Nonie Darwish et Wafa Sultan, qui ont quitté l’islam et sont très critiques à son sujet. Nous disons que leurs propos sont utiles et salubres, et qu’ils contribuent utilement au débat. Ce sont l’une et l’autre des femmes courageuses et intègres à qui on devrait donner bien davantage la parole. Elles n’en parlent pas moins depuis leur expérience, et sont des grands témoins plutôt que des analystes ou des stratèges.

Le fait que, comme Pascal Hillout, elles aient quitté l’islam, les empêche d’avoir une influence au sein de l’islam lui-même. C’est pour cela que nous citons aussi des hommes tels que Zuhdi Jasser ou Mudar Zahran. Si une évolution doit avoir lieu dans l’islam, elle viendra d’hommes tels Zuhdi Jasser ou Mudar Zahran. Je pourrais citer aussi en Europe Abdul Hadi Palazzi, directeur de l’Institut Culturel Italien de la Communauté Musulmane.

Nonie Darwish et Wafa Sultan ont toute notre estime. Elles ne sont pas plus courageuses que nous, même si elles sont très courageuses. Elles ne font pas le même travail que Daniel Pipes, Bernard Lewis, Bat Ye’or, ou moi-même, c’est tout.

Et que Pascal Hillout se rassure : nous ne sommes ni sourds ni aveugles, bien au contraire.

Plus loin, Pascal Hillout parle d’ « évitement du cœur de cible » pour qualifier la façon dont nous parlons de l’Arabie Saoudite, que nous disons wahhabite, pas révolutionnaire, et tentant de faire exister un bloc du statu quo. Nous n’évitons rien. Nous analysons.

L’Arabie Saoudite est effectivement wahhabite, donc fondamentaliste. Mais elle n’est pas révolutionnaire : elle est ennemie d’al Qaida, réservée vis-à-vis des Frères musulmans, résolument hostile à l’Iran révolutionnaire chiite, partisane d’un statu quo régional qui la laisserai gérer ses propres affaires comme elle l’entend (sur un mode féodal) et disséminer l’islam wahhabite, et lui permettrait d’être l’allié tactique de l’Occident.

Dans le combat contre l’islam radical, elle est notre alliée. Quand l’islam radical tombera, les problèmes que pose le wahhabisme, qui est un fondamentalisme, mais pas un radicalisme, devront être pris en considération. Ceux qui œuvrent pour que réémerge un islam modéré peuvent d’ors et déjà s’intéresser aux problèmes que pose le wahhabisme.

Pascal Hillout se trompe en partie lorsqu’il écrit que l’Arabie Saoudite est le « foyer historique de tout islam ». L’Arabie inclut les villes saintes de l’islam. L’Arabie n’est devenue Saoudite, et wahhabite, qu’avec la fusion des provinces du Nejd et du Hedjaz sous l’égide d’Abdelaziz ben Abderrahmane Al Saoud en 1932.

Quand Pascal Hillout parle de l’Arabie Saoudite en tant que « protégé historique et contractuel des Etats-Unis », il désigne l’alliance qui lie effectivement les Etats Unis aux Saoud. Cette alliance est très explicable en termes géopolitiques : les Etats-Unis, en tant que puissance planétaire et garants (jusqu’à Obama) de l’ordre du monde doivent avoir des alliés face aux dangers principaux. Le danger principal pendant les années où l’Union Soviétique existait était l’expansion de cette dernière, et l’alliance avec les Saoud était d’une importance stratégique, en termes d’approvisionnements pétroliers, mais aussi en termes de stabilité régionale. Depuis l’effondrement de l’Union Soviétique, l’alliance avec les Saoud est tout aussi importante face à l’Iran, la Chine et la Russie. Les Etats-Unis (jusqu’à Obama) ont eu une préférence pour la démocratie, mais quand le choix a été entre un régime féodal ou dictatorial allié des Etats-Unis et ne finançant pas la guerre et le terrorisme, et un régime féodal ou dictatorial ennemi des Etats-Unis et finançant la guerre et le terrorisme, les Etats-Unis ont choisi le premier, pas le second. C’est de la stratégie très explicable. C’est même de la logique élémentaire.

Ni moi-même ni Daniel Pipes n’oublions l’Arabie Saoudite ou les émirats. Nous raisonnons de façon stratégique et logique. Il existe des dangers principaux et des dangers secondaires. Il existe des alliances. Il existe des explications à ces alliances.

Que les auteurs des attentats du onze septembre aient été en majorité saoudiens s’explique par le fait qu’Oussama Ben Laden était lui-même saoudien d’origine. La dérive radicale d’Oussama Ben Laden et de ceux qu’il a entraîné à sa suite ne peut être attribuée au gouvernement saoudien. On ne peut amalgamer la responsabilité d’un pays et de ses dirigeants et la responsabilité d’individus glissant vers des comportements fanatiques et criminels, sauf si ce pays et ces dirigeants se solidarisent avec les individus glissant vers des comportements fanatiques et criminels. Cette solidarisation, dans le cas concerné, n’existe pas.

L’alliance entre les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite n’est pas « contre nature », comme l’écrit Pascal Hillout : je l’ai expliqué un peu plus haut. L’Arabie Saoudite n’est pas « la plus rétrograde des monarchies islamiques » : touts les monarchies islamiques sont rétrogrades, sauf, peut-être, la monarchie marocaine. Et les régimes politiques non monarchiques du monde musulman sont ou bien des dictatures sanglantes, ou bien des pays autoritaires, ou encore des pays glissant vers le chaos. Ce qui est très difficile dans le monde musulman est de trouver un régime non rétrograde.

Ce qu’écrit Pascal Hillout sur le régime du Shah est très hâtif et caricatural, et je renverrai sur ce point le lecteur au livre que j’ai écrit sur la base d’entretiens avec Ferydoun Hoveyda, Mille et une vies. La révolution islamique iranienne a fait passer le pays d’un régime autoritaire à un régime totalitaire meurtrier et a renversé un allié des Etats-Unis, un modéré, pour le remplacer par un ennemi des Etats-Unis et du monde occidental, très radical.

Nous n’oublions pas, contrairement à ce que dit Pascal Hillout, le conflit entre Arabes et Persans (en fait le conflit entre sunnites et chiites), nous l’évoquons dans le livre. Nous disons très explicitement que ce n’est, dans la phase actuelle d’offensive de l’islam radical, pas le clivage majeur. Il ne s’agit donc pas d’un oubli, mais d’une analyse, encore une fois.

Quand Pascal Hillout parle d’Israël, je ne peux m’empêcher de penser qu’il commence à dire un peu n’importe quoi. Parler de « roquettes mal ajustées » dirigées vers Israël est vraiment très léger. Les roquettes en question sont des instruments de haine et de terrorisme aveugle. Elles se substituent aux attentats suicides parce qu’Israël fait preuve d’une grande vigilance.

Parler de civils livrés aux raids d’Israël ressemble presque à un tract d’Europalestine. Israël ne s’en prend pas aux civils, et si des ripostes israéliennes à des attaques atteignent des civils c’est parce que ceux-ci sont utilisés en tant que boucliers humains par des terroristes qui eux-mêmes ne sont pas des civils.

Dire que l’Iran ne peut rien contre Israël est sous estimer très gravement le danger iranien non seulement pour Israël, mais pour le monde occidental en général. Et cela constitue un aveuglement absolu face au fanatisme islamiste iranien. Nous sommes là en dessous du degré zéro de l‘analyse géopolitique et de l’approche du danger constitué par l’islam radical.

Ce qui se passe au Moyen Orient n’est pas un « affligeant et lamentable spectacle », mais l’incendie qui se situe à l’épicentre de l’offensive de l’islam radical.

Comme Pascal Hillout, Riposte laïque, en critiquant l’islam et en dénonçant l’islamisation de la France, fait œuvre utile.

Comme Pascal Hillout, Riposte laïque, le plus souvent, en procédant à une analyse insuffisamment approfondie de l’islam ne discerne pas ce qu’est l’islam radical, et s’empêche dès lors de cibler celui-ci efficacement.

Comme Pascal Hillout, Riposte laïque en refusant la distinction islam radical islam modéré commet une erreur stratégique qui est l’envers symétrique de l’aveuglement généralisé sur le danger islamique.

Comme Pascal Hillout, Riposte laïque, le plus souvent, présente des lacunes dans l’analyse géopolitique qui font que, dès lors qu’il s’agit de la politique étrangère américaine, d’Israël, de l’Iran, du monde musulman, Pascal Hillout et Riposte laïque se trompent et s’aventurent sur des terrains qu’ils connaissent mal.

Une relecture attentive de Face à l’islam radical serait un premier remède.

Je conseillerai, amicalement, à Pascal Hillout de procéder à cette relecture.

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