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Publié par Michel Garroté le 12 juillet 2012

Michel Garroté – Je tombe sur cette intéressante analyse critique – du journalisme français – faite par Robert Ménard à propos de la diffusion par TF1 des échanges entre Merah et les policiers : « Droit à l’information », « liberté de la presse », « règles déontologiques » : les journalistes n’auront pas lésiné sur les grands mots pour justifier la diffusion sur TF1 – et quelques autres chaînes de la TNT – d’extraits des échanges entre Mohamed Merah et les policiers qui encerclaient son appartement de Toulouse. Sans vouloir jouer les donneurs de leçons – tous les médias auraient fait la même chose s’ils avaient été en possession de ces enregistrements – je dois vous avouer mon agacement, pour ne pas dire plus, à l’endroit de ces Tartuffe qui nous parlent morale quand il ne s’agit que de scoops et parts de marché. Les journalistes sont des dealers et la came était bonne. Je ne suis d’ailleurs pas choqué. Les machines à produire de l’info que sont les médias n’ont pas d’états d’âme. Que pèsent secret de l’instruction et douleur des familles face à cette course à l’audience ? Rien. Les PV d’auditions sont publiés le jour même dans les colonnes des journaux.

Robert Ménard ajoute : Avocats, magistrats, journalistes s’associent dans ce petit commerce au plus grand profit de chacun. Le journalisme d’investigation tant vanté par la profession n’est, le plus souvent, qu’un journalisme de recel, pour ne pas dire de délation. La diffusion des conversations de Merah aura au moins eu un mérite : tordre le coup à ces « analyses » qui, au moment des assassinats de Toulouse et de Montauban, ont fleuri dans la presse, nous présentant l’homme comme un pauvre garçon des cités un peu perdu, sans repères familiaux, une sorte de victime d’une société qui n’aura pas su l’écouter, le comprendre et le remettre à temps dans le droit chemin. Le cynisme de Merah, sa froideur, son arrogance, sa haine de la France, sa détestation des Juifs, cette « ruse » dont il se prévaut : peut-être les plus obtus, les plus inconscients vont-ils enfin ouvrir les yeux sur ce qu’ils ne veulent pas voir, sur cette haine de l’Occident et des Juifs qui habite une partie de la jeunesse musulmane de nos banlieues. Un aveuglement qui explique, peut-être, comment, pourtant entendu par les services de renseignement, Merah a pu passer entre les mailles du filet, conclut Robert Ménard.

Par ailleurs, je redécouvre une chose que je savais déjà – à savoir que la majorité des journalistes français sont de gauche et d’extrême-gauche – en lisant cette étude publiée par Valeurs actuelles : Fondateur de Reporters sans frontières (dont il a été secrétaire général jusqu’en 2008) et de la revue Médias, journaliste sur iTélé et Sud Radio, Robert Ménard a pris soin de commander à l’institut Harris Interactive une enquête sur le vote de ses confrères – et des nôtres. Cent cinq journalistes ont répondu à l’intégralité de cette enquête, publiée dans le dernier numéro de Médias. Ses résultats sont éloquents. « Les journalistes ayant pris part à la consultation déclarent un vote beaucoup plus marqué à gauche que le corps électoral français », constate Jean-Daniel Lévy. En tête, François Hollande – comme au premier tour, mais avec 10 points de plus que les Français ne lui en ont accordé. Le deuxième ? Jean-Luc Mélenchon (+8 points), devant Nicolas Sarkozy (- 9 points). Marine Le Pen n’arrive qu’en sixième position, avec 3 %, soit six fois moins que le 22 avril.

Valeurs actuelles : Hollande recueille 74 % des suffrages au second tour. Cent cinq journalistes ne forment qu’un mince échantillon et l’on pourrait contester ces résultats si d’autres enquêtes, plus anciennes, n’allaient dans le même sens. Par exemple, le sondage réalisé par l’Ifop pour l’hebdomadaire Marianne en avril 2001, avant une autre élection présidentielle. À l’époque, 63 % des journalistes consultés avaient l’intention de voter à gauche (dont 32 % pour Lionel Jospin, qui fut éliminé dès le premier tour). La droite ne recueillait que 6 % des voix, les autres ne se prononçant pas. « Il faudrait être quelque peu naïf, après cela, pour s’étonner du fossé abyssal qui se creuse entre la caste journalistique et la population », concluait l’auteur de l’article, Philippe Cohen. Les simulations électorales réalisées cette année dans plusieurs écoles de journalisme sont elles aussi intéressantes.

Valeurs actuelles : Au Centre de formation des journalistes (CFJ), les étudiants de première année ont choisi, dans l’ordre : Hollande, Mélenchon, Bayrou. À l’École supérieure de journalisme (ESJ) de Lille : Hollande, Mélenchon, Joly. Au Celsa : Hollande, Mélenchon, Sarkozy et Bayrou (troisièmes ex æquo). La droite est éliminée dès le premier tour. La droite ferait bien de méditer cette réflexion : « Les valeurs défendues par l’intelligentsia exercent un ascendant sur toute la société. L’enseignement, la culture ou l’information ne sont jamais neutres », rappelle Jean Sévillia, écrivain et journaliste. À l’inverse, « la gauche valorise le combat politique et la controverse intellectuelle – donc le journalisme – tandis que la droite a déserté le champ des idées pour les métiers de la finance. Les valeurs d’argent l’ont emporté sur le bien commun, l’esprit bourgeois a eu raison des idéaux », analyse le journaliste Marc Baudriller, auteur des Réseaux cathos (Robert Laffont). Où l’on voit qu’il est nécessaire à la droite, pour reconquérir le terrain des idées, non seulement de ferrailler contre la gauche mais de batailler aussi contre la tentation de sérieux qui l’a gagnée, conclut Valeurs actuelles.

Intéressant également, ce billet paru sur ‘Le Salon Beige’ : On se souvient du commentaire d’Alexis Brezet, alors rédacteur en chef du Figaro Magazine (et ancien du Spectacle du Monde et de Valeurs Actuelles), lors de la réédition du Camp des Saints de Jean Raspail : « Cette histoire a été écrite en 1973. Elle ne pourrait plus être publiée aujourd’hui. Dans sa préface, Jean Raspail, qui a soumis son livre à des avocats, note que, si les lois anti-racistes Pleven, Gayssot, Lellouche ou Perben avaient un effet rétroactif, ce qui n’est pas le cas, son livre serait susceptible de poursuites judiciaires pour un minimum de 87 motifs différents. Voilà pourquoi il faut lire le Camp des Saints, ce roman prophétique, qui a et qui fera grincer les dents des tenants de la France multiculturelle et du métissage universel. Il faut le lire ne serait-ce que pour mesurer combien la liberté d’expression a reculé dans notre pays depuis quarante ans ». ‘Le Salon Beige’ ajoute : Nous souhaitons à Alexis Brézet de faire du Figaro un espace de liberté d’expression, à l’heure où la grande majorité des médias sont fortement ancrés à gauche.

Michel Garroté

Rédacteur en chef

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